LA FILLE DE SA MÈRE
Justine se mit sur son séant et parut recueillir ses idées :
— Allons vite au fait, reprit-elle en s'adressant à la duchesse. Vous ne voulez pas que j'accuse le fils de la du-
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chesse de Frobental d'avoir voulu m'assassiner ; vous voulez que je dise que c'était moi qui me jetais à plaisir par la fenêtre, et vous voulez que je disparaisse et qu'on n'entende plus parler de moi... Eh bien , tout ce que vous voulez, je le veux; et s'il n'y avait pas quelqu'un qui me tient ici et qui est le maître de me faire arrêter demain matin si je ne pars pas cette nuit ou si je ne lui paye pas ce que je lui dois, jamais déjà quitté la maison sans tambour ni trompette... Mais que faire quand on n'a pas de souliers aux pieds, quand demain matin il faudrait mendier pour manger un morceau de pain? Il faut rester où l'on est, et se servir de tous les moyens qu'on a en son pouvoir pour se tirer d'un mauvais pas. C'est pour cela que je me suis adressée à vous, monsieur Meylan, pas pour autre chose, entendez-vous; car, quoique j'eusse peut-être le droit de demander des secours au fils de votre père, je ne me fusse jamais adressée à vous ni à personne, si je n'en étais réduite à ce point... 11 faut que je sois partie d'ici demain, ou bien que je sois perdue.
— Perdue ! répéta la duchesse avec un accent cruel. C'est donc un mensonge que l'histoire infâme que l'on a rapportée à madame de Frobental, et c'est pour échapper au châtiment qu'attirerait sur votre indigne complicité avec le fils de la duchesse ou peut-être avec un autie, que vous voulez pai'tir?
— Oh ! reprit Justine, vous connaissez madame de Frobental, et c'est de sa part que vous venez? eh bien, diteslui qu'il n'y a pas de mensonge dans l'histoire qu'on a pu hii rapportei' : que m.oi, Justine, "je suis bien sa fille et celle du comte de Sainte-Mars, que ce n'est ni par pitié ni par respect pour elle que je ne veux pas perdre son fils et que je 1 e la déshonore pas... Elle le mériterait pouitant! m'entendez-vous bien? elle le méritejait ! Mais je suis de son sang, jai aussi ma part de fautes dans ma vie, et c'est
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parce qu'il ne faut pas que ces fautes se révèlent à la justice que je no traîne pas le duc en cour d'assises et la duchesse dans la boue.
— Mademoiselle! s'écria madame de Frobeatalavec une violence mal contenue, prenez garde à ceux dont vous parlez ainsi !
— Qui êtes-vous donc, pour prendi*e si chaudement la défense de ma mère? reprit Justine ; vous a-t-elle envoyée ici pour me sermonner? En ce cas, je vous préviens que c'est inutile. Si c'est pour me sauver, et si pour me sauver il vous faut savoir ce qui me détermine à garderie silence, écoutez-moi donc... Je ne vous dirai de mon histoire que ce qui vous est nécessaire, et puis vous jugerez tous deux si ce n'est pas votre intérêt de me sauver.
— Commence où nous en sommes convenues, dit la vieille, et si quelqu'un n'en a pas assez, je me charge de lui raconter le reste.
— Comme tu voudras, fit Justine; et, se tournant vers la duchesse et vers moi qai m'étais rapproché du lit tandis que la vieille demeurait toujours dans son coin, la jeiuie fille commença ainsi :