‹ Les drapeaux français: étude historiqueChapitre 11 sur 29 · GENS D ARMES · texte numérisé non relu

GENS D ARMES

Le 2 novembre 1439 fut publiée la grande ordonnance qui consacrait les deux principes destinés à servir de fondements à l'ordre monarchique, la permanence de l'impôt et celle de l'armée.

Les Etats-Généraux (réunis à Orléans au mois d'octobre) votèrent l'établissement d'une taxe de 1,200,000 livres, dite taxe Royale ou taxe des gens d'armes, appliquée à la solde d'une troupe régulière toujours aux ordres du Roi et commandée par des officiers qui tiendraient de lui leur commission (1). Telle fut l'origine des Compagnies d'ordonnance de gens d'armes (2). L'essai de 1439 ne réussit pas et le nouveau corps dut, en 1445, être réformé et réorganisé; cette fois sa composition fut meilleure et l'institution de la cavalerie permanente fut dès lors définitive. En 1635 eut lieu une nouvelle modification par la création des régiments. Mais il continua d'exister quelques compagnies de gens d'armes, sorte de troupe intermédiaire entre la maison du roi et les régiments de cavalerie jusqu'en 1787.

Quelques années après la création des compagnies de gens d'armes, cavalerie pesamment armée, la même organisation fut appliquée à la cavalerie légère sous le nom de compagnies de chevau- légers qui suivirent le sort de leurs aînées. Les étendards des gendarmes eurent successivement les noms de

(1) Histoire de France, A. Trognon, 5 vol., 4863, t. 2, p. 469.

(2) Voir ci-dessus, p. 44.

pennon, guidon, enseigne, puis étendard; ceux des chevau-légers furent appelés cornettes, puis étendards (1). « La lance de la cornette est plus courte et le drapeau plus petit que l'enseigne des gens d'armes; la cornette s'attache en écharpe derrière le bras gauche (2), l'enseigne se porte croisée devant l'estomac, attachée avec une chaîne de fer. Les gens d'armes portent des casaques de couleur de renseigne; les chevau-légers s'arment à cru (c'est-à-dire qu'ils ne couvrent leurs armes de rien); les carabins ont des mandilles de couleur de leur cornette. » (La Guerre, par R. François, 1644, | 31 et 33 ; à la suite du vol. R. 3? Bibl. nat.).

Nous allons donner les étendards des gens d'armes et chevau-légers en suivant l'ordre d'ancienneté des compagnies dont nous avons pu trouver les couleurs.

Gens d'armes écossais, formés en 1445 par moditi-

(1) Voir intr., p. vin.

(2) Cette manière de porter la cornette est semblable à celle dont de nos jours les lanciers portent la lance, en ayant Le bras droit libre pour se servir du sabre ou d'une arme à feu. La cornette de chevau-légers n'avait pas la même importance que renseigne, si on en juge par le passage suivant d'un auteur anglais du MU1' siècle, qui dit que le porte-cornette chargeait à gauche du capitaine et s'efforçait de briser son étendard sur l'ennemi, et que la lance une t'ois brisée il ne devait plus s'en occuper. « In fighl the coi ne! of lances used to mardi even with the captain upon his let't hand, and charging with him, strove to break the standart upon hi> enneiny, which being so broken and falling to the ground, he was not to regard to get il. up again, especially not to alight for it. » (Militarisé instructions for the cavaUery, Cambridge, 1682, p. 12, Bibl. nat., H. *»*.)

cation d'une compagnie existant depuis 1422. Blanc, un lévrier courant, devise : In omni modo ftdelis, broderie d'or (1740-1753, date de l'étendard décrit), supprimés le 1er avril 1788.

Compagnie de gens d'armes du maréchal de Gié,

Pierre de Rohan, de à 1513, vert, semé de P et

R et de bourdons de pèlerin en or, bordure blanche et jaune. (Collection Gaignières, Bibl. nat., t. VII, p. 99.)

Compagnie de gens d'armes de La Trémoille, de 15... h 15..., jaune, une roue, devise : Sans sortir de l'ornière, bordure noire à deux lisérés blancs (1534).

Compagnie de gens d'armes de Lauzun de 15... à 15..., noir, à croix jaune (1562).

Compagnie de gens d'armes de Chabot de Saint- Gelais, blanc à l'écu d'or chargé de 3 chabots de gueules, timbré d'un cercle de baron, entouré du collier de saint Michel (1566). Etait à Coutras dans l'armée protestante (1587).

Compagnie de gens d'armes de Ponsenac, fond

de à l'image d'un ange tenant une épée

Aux funérailles de François de Montmorency, maréchal de France, on portait son pennon du corps, la cornette de ses chevau-légers. le guidon de sa compagnie de gens d'armes, la cornette marque de son commandement (1579).

La cornette de Rouvray, tué à Vimory, était à

l'image de la sainte Vierge d'un côté et de saint Georges de l'autre (1587).

Le guidon de Saveuse (ligueur) était noir, à la

devise: Moriro mas contento, en lettres rouges (1) (1589).

Gens d'armes et chevaa-légers d'Orléans. 2 compagnies formées, l'une en 1647, l'autre en 1655, chacune un étendard rouge, une bombe d'où sortent des flammes par 4 trous, devise : Aller post fulmina 1error (1741-1753); fondues ensemble en 1763.

Gens d'armes de la Reine, formés en 1660. Rouge ponceau, armes de la reine au centre, devise : Seu pacem, seu bellum. broderies d'or (1740-1753;; supprimés en 1788.

Chevau-légers de la Reine, formés en 1660. Rouge cerise, armes de la reine au centre, chiffres de la reine aux angles, broderies d'or et d'argent (17 40- 1760); fondus en 1763 dans la compagnie précédente.

Gens d'armes du Dauphin, formés en 1666. Rlanc. cartouche bleu, brodé, représentant le ciel et la mer sur laquelle nagent des dauphins, devise : Pericuh Indus, broderies d'or (1741). (Etendard conservé au Musée de l'artillerie); supprimés en 1788.

Chevau-légers du Dauphin, formés en 1663, même étendard que la compagnie précédente dans laquelle ils furent fondus en 1763.

Gens d'armes Anglais, formés en 1667. Blanc, un soleil vers lequel s'élèvent 8 aiglons volant en demicercle, devise : Tuus ad te nos vocat ardor (1753), supprimés en 1776.

Gensd'armes Bourguignons, formés en 1674. Blanc

\) Ihst m. <Ula nim.sn), ,;,• Guise, par Former, part. iv. !;\. r

à la croix de Bourgogne rouge accompagnée de 4 croisettes d'or ; supprimés en 1788.

Gens d'armes de Berry, puis d'Artois (1763), formés en 1690. Bleu, lion d'or, devise : Vestigia magna sequetur, broderie d'or (1753).

Gens d'armes de Bourgogne, puis de Bretagne 1704, puis de Berry, formés en 1690. Bleu à deux arbres, l'un grand, l'autre petit; devise: Triumphali stipite surgit, broderie d'or (1753).

Chevau-légers de Bourgogne, formés en 1690, puis de Bretagne, 1704. Bleu, un oiseau volant, un autre posé à terre, devise : Votis sectatur euntem, broderie d'or (1753).

Gens d'armes de Flandre, formés en 1673. Bleu, fleurdelisé, soleil d'or, devises : Née pluribus impar, et en bas : Priscorum sidère patrum (1753).

Gens d'armes d'Anjou, formés en 1669, devenus Aquitaine, 1753; Provence, 1762; Monsieur, 1775. Bleu, deux arbres, une étoile d'or au ciel, devise : Virtutem auctore refert, broderie d'or (1753).

Chevau-légers de Monsieur, ont eu le même étendard que la compagnie précédente dont ils partagèrent le sort et dans laquelle ils furent fondus en

Chevau-légers de Berry, formés en 1690. Bleu, un aigle volant, devise : Quo non fer et insita virtus, broderie d'or (1753) ; fondus dans les gens d'armes de Berry en 1763.

Outre la gendarmerie des compagnies d'ordonnance, avant la formation des régiments il y eut aussi en France des corps de cavalerie légère; nous mentionnerons ici :

Les 100 arbalétriers de Maugiron qui, en 1515, portaient demi-lances avec pennonceaux blanc, rouge, noir (Conqueste de Milan, par Pasquier le Movne, 1520, f°oi).

Les arbalétriers écossais dont les pennonceaux étaient ronge, jaune, noir (ibid.).

Les estradiots, cavaliers Albanais qui étaient « gens vestus, à pied et à cheval, comme Turcs, « sauf la teste, où ils ne portent cette toile qu'ils « appellent turban » (Philippe de Gommines) et qui avaient « la coustume de porter la teste de leurs ence nemis à l'arçon de leur selle » (Brantôme). Ils avaient des flammes rouges à leurs lances (Révolution de Gênes, Bibl. nat., m s. fr. 5091). Cette troupe existait encore sous Henri III, elle combattit avec bravoure à la bataille de Coutras sous les ordres du duc de Joyeuse. Un guidon à pointe ogivale, rayé de 4 raies rouges et de 3 blanches, portant un croissant vert au centre, un croissant remplaçant le fer de lance, fut pris par Philibert Emmanuel, à la bataille de Saint-Quentin, en 1557; ce pourrait bien être le guidon des estradiots, ou celui des lances moresques, autre troupe de cavaliers étranger^ alors au service de la France (1).

Page 1