INTRODUCTION
Le 24 février 1525, à la bataille de Pavie, François I, roi de France, rendait son épée à Charles de Lannoy, vice-roi de Naples. Emmené prisonnier à Madrid, il y signait, après un an de captivité, un traité qui le dépouillait au profit de Charles-Quint de toutes ses possessions de Bourgogne, d'Italie, des Pays-Bas et dune partie de la Picardie.
La conduite de l'empereur en ces circonstances a été sévèrement critiquée par un grand nombre d'historiens, et parmi nos écrivains nationaux même, elle a trouvé des juges rigoureux. « Quand on a lu avec attention, écrit M. J. van Praet (i), les récits et les correspondances du temps, on est amené à concevoir du sentiment de Charles- Quint, dans cette circonstance, une impression peu favorable. Il s'était battu avec François I pour l'Italie. Il aurait pu, tout en réclamant pour lui la reconnaissance d'un droit de possession sur l'Italie du Nord et sur Naples, se donner le mérite d'une grande générosité et gagner par un bienfait le cœur enthousiaste du roi de France. Cette pensée ne se présenta point à son esprit. Il se demanda s'il fallait continuer la guerre avec la France en prolon-
(1) Essai sur V histoire politique des derniers siècles, toms I, page 138.
géant la captivité du roi ou lui imposer, comme condition de sa délivrance, le sacrifice de parties importantes de son territoire. Il eut des idées ambitieuses et vindicatives ; il ne trouva point dans son cœur un sentiment généreux. »
Certes, à ne considérer que le fait brutal de l'étendue des territoires arrachés à François I, il est peut-être permis d'accuser Charles-Quint d'avoir abusé du succès de ses armes ; mais, pour se prononcer avec impartialité, il ne faut point s'arrêter à cette vue matérielle des choses : il faut examiner le droit que l'empereur invoquait pour réclamer les divers domaines, car ce n'était point en vertu du pouvoir du plus fort qu'il prétendait agir.
Le but de cette étude est de rechercher non pas les droits de Charles-Quint sur chacun des Etats qui lui furent donnés par la paix de Madrid, mais sur celui au sujet duquel les reproches les plus véhéments lui furent adressés, nous voulons parler de la Bourgogne.
A la mort de Charles-le-Téméraire, Louis XI tenta de s'emparer de son héritage. Marie de Bourgogne résista; elle fit appel aux armes, elle opposa les arguments juridiques ; mais la force l'emporta : la Bourgogne et ses dépendances, la Franche -Comté et l'Artois restèrent aux mains du roi de France. Plusieurs de ces seigneuries ftirent rendues dans la suite à Philippe-le-Beau, mais le duché, objet de réclamations sans cesse renaissantes, demeura sous le gouvernement de Louis XI et de ses successeurs. Jamais aucun des princes qui régnèrent aux Pays- Bas, depuis la dernière des Valois jusqu'à Charles-Quint, ne consentit à s'incliner devant le fait accompli et à reconnaître les rois de France comme légitimes propriétaires du bien qui leur avait été enlevé. La guerre sévit presque sans relâche et, chaque fois que s'ouvrirent des négociations, Marie, Maximilien, Philippe-le-Beau, Charles-Quint réclamèrent la Bourgogne. C'était une politique traditionnelle. Ces princes demandaient la réparation de ce qu'ils regardaient comme une injustice, et l'on ne peut les accuser
de rapacité et d ambition sans avoir examiné d'abord le bien ou le mal fondé du droit sur lequel ils basaient leur revendication.
Pour juger de la valeur des prétentions de Charles- Quint, il ne faut donc point nous borner à son époque ; nous devons remonter de quarante-huit années en arrière et chercher à la mort du Téméraire le point de départ du long conflit qui aboutit au traité de Madrid et qui, soit accessoirement, soit principalement, eut pour objet la conservation ou la reprise du duché.
Dans les pages qui suivent, nous allons étudier les droits respectifs que la fille du Téméraire et Louis XI prétendaient avoir sur la Bourgogne, nous allons étudier Thistoire de leurs démêlés et de ceux de leurs successeurs, mais en nous arrêtant seulement aux incidents diplomatiques. C'est dans cet examen que nous trouverons la condamnation ou la justification de la conduite de Charles-Quint lors du traité de Madrid.