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CHAPITRE I Le problème

Jean Bodin, qui était de son temps un libéral, disait que tout était perdu parce qu'on avait enlevé au père le droit de vie et de mort sur l'enfant. Que penserait-il aujourd'hui, en entendant réclamer pour l'enfant des droits qui semblent effacer ceux, du père ? Idée nouvelle et paradoxale, - scandaleuse pour quelques-uns, suspecte au moins et inquiétante pour beaucoup d'autres, plus libéraux que Jean Bodin. Qu'on attribue des droits, et les plus imprescriptibles, à l'être qui jusqu'ici n'avait, par définition, que des devoirs, n'est-ce pas renverser l'ordre du monde, du monde moral tout au moins ?

Pourtant qui réfléchira verra bien que cette idée « moderne » n'est point si neuve, et n'est qu'en apparence paradoxale. Plus précisément, on y peut distinguer un fond qui est éternel, une forme dont la définition actuelle est discuta-

Je me suis placé au point de vue des droits de l'enfant. C'est la question centrale, puisque c'est au nom même de ces droits qu'on envisape l'abdication ou le remplacement de la famille. Quels en sont les vrais défenseurs? A les confier à d'autres que les parents ne ruinera-ton pas, avec la famille, la race ellemême qiie personne ne s'intéressera à perpétuer ? Cette soi-disant défense de l'enfant n'aboutit-elle pas à supprimer les enfants?

Et sans doute c'est souvent contre la famille qu'il faut les protéger. La civilisation moderne, en appelant, pour le travail ou pour le plaisir, tout le monde hors du foyer, accroît chaque jour le nombre des ménages stériles, incapables d'éducation, insouciants ou dénaturés. Mais précisément, nous sommes, au lendemain de la grande épreuve, au point critique. La Société va-t-elle se substituer à la famille au risque de se ruiner elle-même, ou doit-elle, pour son propre salut, et pour sauver les droits de l'enfant, rendre son rôle à la famille? A ■quoi l'enfant a-t-il droit ? Au bienfait d'une éducation taylorisée, anonyme, dominée par

une raison impersonnelle dans une Cité comme celle que Platon a rêvée ? Ou bien au lait et à l'amour de sa mère, à l'autorité affectueuse de son père, aux joies et aux solidarités du foyer? Il faut choisir. De ce choix dépend le principe de la pédagogie. C'est donc toute une théorie pédagogique que j'ai voulu proposer dans les pages (^ui suivent.

ble. A cette définition nous opposons par tradition le régime antique, celui sans doute de la famille primitive, disons mieux, celui de la loî romaine qui était aussi bien celui de Sparte et même d'Athènes et qui attribuait, semble-t-il, au pater-famitias à la fois prêtre, magistrat, admini<^trateur, un pouvoir absolu sur la personne et les biens de l'enfant. Le père a droit de vie et de mort sur les enfants en sa puissance : il peut les faire travailler, les punir, louer leurs services, les aliéner même, exposer les nouveau-nés, etc. ; bref, il a, et pour toute la vie de l'enfant, les droits du propriétaire sur la chose. Mais ne nous y trompons pas : le principe, quels que soient les démentis des faits, est l'intérêt, non du père lui-même, mais de la famille, de son unité dans l'espafce, de sa perpétuité dans le ^ temps. Et il faut songer, on l'oublie trop souvent, que les mœurs, la religion, l'action de la mère, adoucissaient en fait cette rigueur : de plus, le censeur, c'est-à-clire l'État, en pouvait réprimer les abus. C'est la loi même qui s'adoucit à la fin de la République ; ou plutôt, sous l'influence- du relâchement des mœurs et de la désorganisation de la famille, elle consacre l'émancipation de l'individu, supprime le droit de vie et de mort, le droit d'aliéner l'enfant, libère dans certains cas l'enfant de la

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puissance paternelle par une véritable déchéance

du père indigne.

Au Moyen-Age les pays' de droit écnt conservent la loi romaine, dont le principe, sauf pour le droit de^iejet. de mort, est encore affirme iusqu'at> XVy siècle ;Joutelois j3^jmiS^ paternelle^^^gjirnilfîfi. non s£HlÊIïHlLJiâlJÊS

. dSTmgsrHTTnrqi^in^lË^^

rnkF^fiir^irfS^^ un « pouvoir de direction

--^irHn^IÇferdij^e)^ et cessant, offîciellc- ,;;;;,rdT^oins sinon en fait à sa majon e^ Ainsi le droit du père, qu'une .dee superficielle présente comme absolu, est toujours restrein, plus ou moins précisément mais, positivement, ■par des obligations qui impliquent un droit de ïenfant. Et la première de ces obligations est celle de l'entretien et de l'éducation, premier droit et vraiment naturel, de l'enfant. Toute théorie en effet, et la plus simple réflexion sur, ' l'éducation réclame pour lui une attention, utie sollicitude, un dévouement dont elle impose le devoir aux parents ou au maître. Debeiar paero reverentia. A Port-Royal, sous une autre mspiration, on a traduit la même idée avec un acen qui 1- ^onne un relief singuher.

« L'enfance est chose terrible », disait Saint- Cyran, dont « la bonté allait jusqu'à une sorte de respect ». Nous devons trembler de notre responsabilité. Il faut, sous le mystère, constamment veiller et travailler pour elle. « Ces messieurs devenaient, pour ainsi dire, enfants pour gagner les enfants à Jésus-Christ. Ils le considéraient comme un dépôt précieux que Dieu avait confié à leurs soins. » En somme, l'enfant a droit au salut ou à tout notre effort pour le sauver. Tout système pédagogique est un exposé des droits de l'enfant.

Mais d'autre part, sous sa forme nouvelle, celte idée fait partie du programme des réformes qui passent progressivement à l'acte depuis un siècle. Ce programme est celui de la Révolulion, et c'est à la philosophie pédagogique de la Révolution qu'il faut'demander les principes de cette revendication moderne des droits de l'enfant. Mais 'cette philosophie même n'était que l'aboutissant du mouvement de pensée des siècles précédents. On en a bien souvent analysé les causes ; on les discute encore et nous ne reprendrons pas ici ce débat d'historiens ou de philosophes. Mais on peut s'accorder à démêler dans ce mouvement si complexe deux directions, l'une morale et sentimentale, l'autre intellectuelle. La première, chrétienne sans doute en ses

origines, mais compliquée ou détournée par le paganisme de la Renaissance, était par là môme incertaine entre deux tendances : l'une, où s'affirmait la valeur de la conscience et de la personne morale destinée surtout aux joies de la Cité céleste, l'autre toute attachée à la recherche d'un bonheur positif dans une vie tout humaine. Les concilier, et assurer à l'individu comme à l'humanité tous les biens de l'une et l'autre vies fut certainement, du moins à l'origine, un article du Credo révolutionnaire : la Déclaration est mise sous le patronage de l'Être suprême. Et personne n'a plus exactement représenté, plus éloquemment traduit cet optimisme hasardeux que Rousseau. Si bien que son système, car c'est un système, inspira le naturalisme le plus complaisant et le moralisme le plus sévère. Puisqu'il s'agit de l'enfant et de ses droits, on ne saurait trouver ailleurs que chez l'auteur de VÉmile une affirmation plus nette de son droit au bonheur et à la liberté bien réglée. C'est vraiment de là qu'il faut partjr^et ce sont les formules de VÉmile que reprennent ou commentent, aujourd'hui encore, les défenseurs de cette cause. En les rapprochant on constituerait toute ^ l'argumentation. Voici du moins l'essentiel. « Que faut-il donc ^penser de cette éducation barbare qui sacrifie le présent à un avenir incertain, qui

charge un enfant de chaînes de toute..c9P(iCil>et . commence par le rendre misérahle pour lui pré^ pa-rer au loin je ne sais quel prétendu bonheur ^. 3ont il est à croire qu'il riè jouira jamais ?..... ■, "TIo m m es , "sôye?. humains, c'est votre premier \ devoir... Aimez l'enfance : fayorisez ses^jeux, •ses plaisirs, son aimable instinct... l^ourquoi /j* voulez-vous ùter à ces petits innocents la jouis- Ir/ I sancé d un temps "si court qui leur échappe el ^^^'dTîn bien si précieux dont ijf J}^sauj^a^enJ.abuH ^\ séF?r.. Per^T^âvez-vous le moment oiî la mort "âïlënd vos enfantsT Ne vous préparez pas des ( y / r5gTCts~ên leûr~c)tânr le peu d'instants que la nature leur donne : aussitôt qu'ils pëiivent sentir le plaisir d'être, faites qu'ils en jouissentj fâTles qu'à quelque heure que Dieu les appelle, ils ne meurent pofni~sans^ avoir goûté la vie... Malheureuse pi-évoyance, qui rend un être acfuelieraent misérable sur l'espoir, bien ou mal onde,~dè lé rendre heureux un jour ! « (i) Et" relisez aussi le témoignage que Rousseau rend à saméthode en mettant sur la montre à la fin de ce livre II « l'enfant fait ». « Il est parvenu à la maturité de l'enfance ; il a vécu de la vie d'un enfant, il n'a point acheté sa perfection aux dépens de son bonheur : au contraire ils ont

(i) Emile, livre II.

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concouru l'un à l'autre. En acquérant toute la raison de son âge, il a été heureux et libre autant que sa constitution lui permettait de l'être. Si la fatale faux vient moissonner en lui la fleur de nos espérances, nous n'aurons point à pleurer à la fois sa vie et sa mort, nous n'aigrirons point nos douleurs du souvenir de celles que nous lui aurons causées- nous nous dirons : Au moins il a joui ide son enfance ; nous ne lui avons rien fait perdre de ce que la ndture lui avait donné. » N'entendez pas, toutefois, que Rousseau se <lésintéresse de l'aVenir, et le sacrifie de gaîlé de cœur au présent, ni renonce à l'au-delà. T.'enfnntVest heureux dajis__sa^condition.actuelle quël^ârîrjeu d'uniejiberté bienréglé^e^ Assujelf à la seule dépendancedés choses et de Ja ^nécessité ^.assist^en^tous^^

«eux que la nature a plMés3--eôté d£jui£0ur suppléer à sa faiblesse, il. apprend pour-tout le rèsirTsTs^re yûi:môme en^égalaiv^^^ ^^çf:^Z\^J,^u^^j^^ 11 s'assure pour l'âge adulte, dans"une cité"qui serait ce\le du^ÇmJxgiJocialr ioute laliberté et tout le bonhem- dont une vie <rhomme e"srsuscept|ble. D'autre part, cédant de ■^êlï^êT l'instinct"Siô^ qui est aussi dans sa nature, obéissant à la voix de sa conscience, l'élève du Vicaire savoyard pourra « prétendre, comme dit Descartés, autant qu'aucun autre à

gagner le ciel ». Ici encore s'affirme, avec le droit au bonheur, la' souveraineté de la nature qui en fournit le principe ; mais c'est d'un bonheur moral qu'il s'agit, et l'apôtre de la religion naturelle en est aussi jaloux que personne. Robespierre ne le sera pas moins que lui.

Mais il y avait autre chose que ce moralisme et ce sensualisme dans l'esprit de la Révolution, et d'autres raisons de proclamer la liberté de chaque individu et l'égalité des libertés. L'influence de l'intellectualisme cartésien, s'ajoutant à l'individualisme de la Réforme, n'y est pas moins manifeste. En déclarant que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée, en entreprenant de refaire seul tout l'édifice de ses pensées. Descartes a posé le principe de ce droit souverain de toute intelligence à discerner seule le vrai dans le domaine des vérités positives, et de cette égalité des raisons individuelles. Sans doute il refusait de se donner en exemple ; sans doute il reconnaissait entrejes esprits-dea inégalités naturelles jle mémoire, d'imagination, etc., et au-dessus de sa raison même, l'ordre des choses de la foi ; surtout il donnait à cette raison comme premier objet des vérités métaphysiques. Il a donc fallu laisser Descartes en chemin pour pousser l'intellectualisme jusqu'au bout, ju.squ'à cette philosophie de l'autonomie

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\ qui détache chaque individu des autres, sans 1 qu'on dise comment il devra relier commerce et

/ solidarité avec eux. Mais c'est bien ce principe de libre examen et d'autonomie intellectuelle qui devait conduire à attribuer à tout homme un droit égal de penser par soi-même, et de ne croire qu'à fce qu'il reconnaîtrait évident, de ne croire qu'à soi-même.

^ Et pourquoi retarder l'exercice de ce droit j usdu'à rage acTirite ? L'homme n'est-il pas, bien "avant vingt ans, capable__de. connaître,, de. com^ prendre, de distinguer__le vrai du faux ? Le5 enfants n'ont-ils pas déjà une raison, et n'est^lle pas en face clg. l'évidence égale à celle des adultcs ? Un enfant sent-il moins la nécessité des principes et des yérijdsjaéçessaires ? Quand il a reconnu que deux et deux font quatre, en sait-il là-dessus moms qu'un adulte? Pascal a dit :

^ (< Je ne voudrais la compter [la vie de l'homme] que depuis la naissance de la raison, et depuis qu'on commence à être ébranlé par la raison, ce qui n'arrive pas ordinairement avant vingt ans. Devant ce temps on est un enfant, et un enfant n'est pas un homme « {Discours sur les passions de l'amour). Et Descartes avait affirmé dans les Principes que dans l'enfance a on fait semblant de jugei- avant d'avoir possédé la raison. Mais Malebranche dit expressément : « Les plus petits

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enfants ont de la raison aussi bien que les hommes faits, quoiqu'ils n'aient pas d'expérience... ÏUTaut donc les accoutumer à se conduire par la raison puisqu'ils en ont (i). n Mais Montaigne avant lui, et. avant Descartes, avait affirmé cette valeur souveraine du jugement personnel et appliqué cette idée à l'éducation. C'est à la Renaissance et à ses origines qu'il faut reporter le point de départ de ce mouvement intellectualiste qui aboutit à la Déclaration des droits. Et c'est à Montaigne qu'il faut demander^cetfe affirmation du droit de l'enfant à être traité en homme, à philosopher « dès le partir de la nourrice ». Il faut tout de suite « fairegoûter__les choses à cette jeune âme, les choisir et discerner d'ëIT?rnême », la déhvTeFdes cordes et lui rendre ses franch^allures et sa~TfBërle77( 'Que le précepteur lui fasse tout passer par l'étamine et ne loge rien en sa tête par simple autorité et à crédit... Qu'on propose à l'élève la diversité des jugements [des philosophes] : il choisira s'il ' peut : sinon il en demeurera en doute. La vérité et la raison, sont communes à un chacun... Je voudrais qu'on commençât à le promener dès sa tendre enfance » pour lui apprendre à juger les ■choses et les hommes. « Il n'est engagé à aucune

{i) Recherche de la vérité, II.

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cause que parce qu'il l'approuve. « On lui mettra « en fantaisie une honnête curiosité de s enquérir de toxites choses » et de prendre pour livre « le grand monde » (i).

Ainsi,en revendiquant pour l'homme l'autonomie intellectuelle et l'autonomie morale, l esprit moderne en devait venir, d'accord avec Montaigne et Rousseau, à les réclamer pour l'enfant et a concevoir une Déclaration des Droits de 1 enfant que le XX' siècle semble vouloir entreprendre d'analyser et de traduire en un code. Ayant émancipé l'homme et défini le souverain bieu comme l'égalité dans la liberté, on devait eti-e conduit à émanciper, non seulement la femme, mais l'enfant, en qui la nature et la raison ne semblaient pas a priori moins respectables.^ La - eomme ailleurs, la Révolution, par nécessite ou par besoin de logique un peu simpliste, commença par faire table rase. Le droit nouveau fut la négation radicale de la tradition, la proclamation de l'ordre « naturel ». Au père le devoir de protection avec contrôle rigoureux de 1 Etat l'enfant tous les droits. C'est le principe des décrets du 28 août 1792 et du i" février 1793. Mieux encore, la loi du 16-2/i août 1790 -inappliquée du reste - établissait, comme un con-

(i) Essais, I. XXV.

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seil auprès du roi, un tribunal domestique auquel le père devait soumettre toutes les mesures de correction. Et plus décidément le projet de Code civil de Cambacérès faisait du père un simple tuteur sous la souveraineté de l'État. C'est bien le sens du droit jacobin qui succède à l'individualisme pur quand on songe à réorganiser. « Le père n'est que le délégué de la nation, n / Le Code Napoléon écarta ces outrances, et \ reconnut au père un droit « fondé sur la nature, X. confirmé par la loi », mais qui doit s'exercer~ ' dans l'intérêt de l'enfant. Traduire en droits ^^éfînis et positifs cet intérêt et revenir au principe révolutionnaire, c'est l'œuvre qui se poursuit depuis un siècle. Il resterait à rechercher comment et sous quelles influences cette' tendance s'est accusée de jour en jour et plus précisément déterminée en projets et formules d'action. Ce serait redire toute l'histoire morale et ^* sociale du XIX" siècle. Nous n'en retiendrons que les traits essentiels.

Et ceci d'abord que la doctrine- nouvelle, par cela seul qu'elle devenait maîtresse de l'ordre social, ébranlait les deux autorités auxquelles l'enfant avait été jusque-là soumis presque sans contrôle : la famille et l'Église. Depuis longtemps^ sans doute les abus de l'une ou de l'autre avaient/ ■i soulevé des protestations accidentelles qui oppo- l

saient à une tutelle despotique le sentiment N d'une justice idéale due à l'enfant. Là aussi l'excès d'autorité appelait d'abord la défense et ~' la protection des faibles, puis je besQJji de dcFi^, nir un.ordre public,légal, où cctte défense ne serait plus laissée aux hasards de. généreuses et 'peut-être imprudentes interventions. La littérature, théâtre ou rornan, des XVll" et XVIII' siècles, pour ne pas remonter plus haut, nous en Offre des témoignages répétés, du moins pour ce qui concerne le mariage des enfants, sinon leur éducation. Mais, par un retour d'action inévitable, ces abus mêmes devenaient d'autant plus sensibles que devenait plus hardie, puis triomphante en théorie, la doctrine d'un^ droit.de nature et de raison pourries .Mbies. Sans doute, c'était ' l'État qui substituait son autorité à celle du père et à celle du prêtre, et qui allait parfois jusqu'à réclamer pour la nation la propriété de l'enfant. ""Mais le plus souvent aussi il se présenta comme ) le protecteur de l'enfant, le défenseur naturel ou j le plus sûr de sa vie, de sa santé, de ses légi- \limes intérêts, de son droit enfin.

Parallèlement à ce besoin de tutelle ou de justice se développait, dansle prolongement de la sensiblerie du XVIIP siècle, en réaction contre la raideur des vieux âges, une tendresse caressante, une attention amusée ou inquiète qui remplaçait

aiii 11 m . ^

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fM

la tyrannie du père par la tyrannie de l'enfant, k « Prenez garde, disait déjà Saint-Lambert, d'ai- .smer dans vos enfants ce qui vous amuse de pré-

. férencé à ce^JunèîïFTst utile. » Rousseau avait dénoncé lui-même le vice des éducations d'enfants gâtés, et Montaigne avant lui, et d'autres avant Montaigne : .cela est de tous les temps. Mais ce qui n'avait été que l'exception, surtout chez les pères, tendit à devenir la règle. Dans les

, familles aisées et cultivées on s'intéressadeplus

! eo pl.u.s.aux enfants. A mesure aussi qu'on en

eut moins et- qu'on trouva plus pénible d'en

avoir et de les élever, on sentit davantage la

crainte de les perdre et le besoin d'en jouir. On

-■ osa moins les rudoyer ou les contrarier; on fut

•plus disposé à les respecter ou même- a leur ■ complaire et à les servir, si tant est que ce soit une manière de les respecter.

Ainsi, d'une pai-t le souci d'une justice nouvelle et d'une législation tutélaire, de l'autre un adoucissement, on dirait mieux un amollissement des mœurs familiales, faisaient de l'enfant, dans la vie publique et privée, un personnage de plus en plus important, plus tôt et plus complètement émancipé. Ce double mouvement n'a fait que s'accentuer à travers tout le XIX" siècle. Nous verrons vers quelle fin il semble tendre de nos jours; mais il faut noter les faits qui ont contri-

bué à l'accélérer et à faire prédominer la justice sur la tendresse. C'est d'abord le développement de la grande industrie et du paupérisme, le régime moderne du travail, puis le régime moderne des ploisirs avec un besoin effréné de bien-être discréditant les résignations du foyer, en un mot la désagrégation de la famille ; c'est, d'autre part, le développement de l'instruction et de l'assistance, surtout de l'assistance et de l'instruction publiques, en un mot l'accroissement du rôle de l'État.

La grande industrie, ouvrière des merveilles de la civilisation et du progrès, a commencé par produire celte merveille : la femme ouvrière, je dis ouvrière d'usine et hors de chez elle, c'est-àdire l'enfant abandonné, et cette autre : l'enfant lui-même ouvrier d'usine. Qu'on lise la description de ces misères dans les écrits de ceux qui ont conduit ou résumé en France les premières enquêtes sur la condition des ouvrières, Audiganne, Villermé, J.Simon, etc. ; on verra combien furent brutales pour les enfants les nécessités du progrès industriel et quels cris de pitoyable indignation suscita ce régime nouveau. La mèj;e ouvrière c'était déjà renjant laias4 à.la garde d'un, frère ou d'une sœur, ou d'une J> ieille-voisine, c'est-àidire mal soigné ou peut-être abandonné, puis plus tard livré aTtôus les risques^à

toutes les dépravations jlela rue : la pitié fit créer les salles d'asile. Et quand l'idée vint de prendre les enfants, les pauvres petits furent enfermés eux aussi toute la journée, esclaves de tâches monotones et sans rémission. On vit des ouvriers de 6 à 7 ans, assis au métier quinze heures par jour pour dévider la trame, ou accroupis dans les verreries devant le moule qu'ils devaient du matin au soir ouvrir et fermer d'un geste mécanique et sans trêve répété. Il n'y avait plus pour eux ni foyer ni éducation. f En même temps, la civilisation moderne appe- Zlait aussi de plus en plus, pour le plaisir comme pour le travail, lë père,. la mère elle-même hors dé laTnaison. Elle leur donnaif les moyens et le goût d'une vie tout extérieure, en mettant à la portée de tous des jouissances réservées autrefois auxjk)isirs, sinon àux'Vicês7~d'îrn'petit nombre. Ce n'est plus dans l'intirmlé familiale~qu'on~se délasse, le soir et le dimanche, des fatigiies du bureau ou de l'atelier. C'est au café-concert, à la brasserie, aux courses, au théâtre, au cinéma, aux fêtes publiques, aux réunions de sociétés de jour en jour multipliées. Et tout cela, comme les visites et réunions mondaines, les soirées de bals ou de dîners, les parties joyeuses et les voyages, les plaisirs du jeu, du sport ou du flirt, le sans-gêne des conversations abandonnées.

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/ "tout cela est impossible ou tout cela est gâté si / on doit emmener ses enfants ou si on les garde ; avec soi. Il y a des choses qu'on ne peut dire / ou faire quand ils sont là; même si on les en rend sans- scrupules, témoins et victimes, leur présence seule est pénible, sans^compTer la nécessité de s'occuper d'eux; ils sont un encombrement, une gêne. On ne goûte pleinement ces joies que sans eux. Il y a donc au moins des heures et des journées où l'on souhaite d'être délivré, « débarrassé » d'eux pour être à soi, « prendre ses vacances », se mettre à l'aise. Et comme chacun ne peut avoir la femme de chambre à qui on les laisse et reprend à volonté, j comme les vestiaires de bébés ne sont pas parj tout organiseras enfants deviennent insupportables à ceux qui veulent du loisir pour jouir I ^^'^J'^.J^i^.' tïe but le'cohfo'rt, d'e^ tout le luxe que j le progrès met àja portée de tous. N'y;a-t-irpa:s" j dés maisons où 1*011 're"fûsë~leslnénages"~âvèc j '"enfants? L'erUantestle fardeau, le poids mort '< quràTôurdit rèxTstë"ncc,Të~Trôïïble-fête, toujourl plus importun e^rritant, qui prend les plus ^jJles annéesjle plaisir, celles qû^ôrTnê retrouve jilus. Aussi y a-t-il de plus en plus d'ès~pèTês et des mères qui « font grève » et sacrifient l'enfant, des femmes et des hommes qui refusent 1 d'être mères ou pères et sacrifient la race.

Plaisir et travail dissocient donc la famille dans le régime moderne, et tendent à la supprimer. Le malthusianisme est la règle, et qu'on laisse prêcher; les avortements sont de tous les jours ; le nombre de ceux qui sont connus a chez nous triplé en ^o ans, la plupart sont ignorés, et la pratique, révélée de temps en temps par quelque scandale vite oublié, est courante, presque toujours impunie. L'infanticide est le plus souvent acquitté ou non poursuivi (loo condamnations pour 800 dénonciations). De même se multiplient les crimes contre enfants (violences on exploitations), les négligences qui en laissent périr plus de 100.000 par an sur 800.000 naissances, les di^T)rces ou les rupturës'ïï^ûnions temporaires qui livrent les enfânfs"'a"Ta~ détresse physique ou morale^

- Petit à petit devait s'imposer l'idée d'une protection, charitable d'abord, puis légale et juridique, puisque la tutelle et la tendresse fami- Jliale manquaient de plus en plus. L'idée ne vint pas ou parut inapplicable de rendre la mère à l'enfant au lieu de donner l'enfant à la charité publique puis à l'État. Nous en sommes là qu'il nous semble impossible d'assurer à chacun la vie de son foyer, et légitime de les parquer tous en d'immenses garderies. En tous cas l'excès du mal et de la 'misère des enfants, matériellement

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et moralement abandonnés, a conduit à,chercher pour eux la définition d'un droit légalement, garanti. D'abord l'initiative privée a multiplié les institutions d'assistance ou de défense : crèches et asiles, maternités et pouponnières, sociétés de sauvetage, d'allaitement maternel, d'enfants trouvés, œuvres de protection de l'enfance abandonnée ou coupable, patronages des enfants pauvres, refuges et ouvroirs, asiles pour enfants de parents en prison ou à l'hôpital ou en chômage, sociétés de protection des enfants martyrs, etc., etc.: la liste couvrirait des pages, et elle s'allonge tous les jours. A cette œuvre immense de l'assistance privée s'ajoute, toujours plus puissante, celle de l'Assistance publique : Etat, Départements, Communes. Limitée d'abord à certaines nécessités urgentes, elle est venue au secours des institutions privées qui ne pouvaient se suffire avec leurs moyens propres : elle les a de plus en plus largement subventionnées, mais en leur imposant son contrôle, son autorité, ses méthodes, si bien qu'elle en a absorbé plusieurs et tend à les absorber toutes dans ses cadres administratifs. Ainsi se dessine le mouvement qui substitue un régime officiel, régime de "droit égal pour tous, aux initiatives incertaines de la charité privée et qui assure à, l'enfant le droit d'être secouru.

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La législation proprement dite est aussi, timi- I dément d'abord puis de plus en plus hardiment, I intervenue pour protéger l'enfant et fixer ses droits (i). Voici, sans parler des lois criminelles concernant les avortements, infanticides, expositions, etc., les principales décisions des parlements français :

Lois du 32 mars iS^i, qui interdit avant 8 ans le travail des enfants dans les manufactures (grande et moyenne industrie).

Loi du i5 mai 18-4, qui l'interdit avant la ans et partout, impose un maximum de douze heures, défend le travail de nuit et du dimanche, le travail souterrain.

Loi Roussel (19 mai 1874), assure la surveillance publique des enfants en nourrice et interdit l'emploi des enfants dans certaines industries.

Loi du 24 juillet 1889 prononçant la déchéance paternelle pour les cas d'abandon, d'inconduite notoire, de scandale et en assurant le béiléficé aux enfants naturels. Cf. Décret du la avril 1907.

Loi du 2 novembre 1893, complétée par de nombreux décrets, arrêtés, circulaires, amendée par la loi du 3o mars 1900. Elle interdit le travail de l'enfant dans l'industrie avant iS ans (sauf exception pour ceux qui seront pourvus du certificat d'études primaires et d'un certificat médical). Le maximum

(i) V. en particulier pour tout ceci : Strauss, L'enfance malheureuse : — Bonzon, Législation de l'Enfance ; — P. Pic, Protection légale des TravailUars (A.lcan, 1909).

du temps de travail était fixé à dix heures avant 16 ans, à onze heures avant 18 ans (soixante heures par semaine). Il a été ramené à dix heures par deux réductions successives. Pas de travail de - nuit; entrée, repos, sortie aux mêmes heures que pour les adultes.

Loi du ig avril 1898, fixant de nouveaux cas de déchéance. Les tribunaux règlent le sort de l'enfant au mieux de ses intérêts, et peuvent l'attribuer à une personne ou à une institution charitable si la maison de correction paraît dangereuse et la mère sans énergie. La loi réprime les violences, voies de faits, actes de cruauté et attentats commis contre les enfants.

Loi du 37 juin 1904. portant règlement du service des enfants assistés.

Loi du i3 juillet 1906 sur le repos hebdomadaire.

Consulter l'appendice page 2^1.

C'est un code, ou les premières pages d'un code de jour en jour plus complet et plus précis des droits de l'enfance.

D'autre part,, enfin, dans tous les pays de grande civilisation, sous la poussée du mouvement démocratique et de l'intellectualisme, un nombre d'enfants de plus en plus grand, puis tous les enfants sans exception, ont été appelés, ofifîciellement sinon toujours en fait, au bénéfice de l'instruction. Résultat d'une conception plus claire de ce qui était dû à l'enfant, ce fut aussi,

par une action réciproque, une cause des progrès nouveaux pour cette conception mcme. On comprit de mieux en mieux, dans un siècle où la science transformait la vie, corobien il importait que chaque individu, pour lui-raùme et pour la société, fût mis en état d'en profiter puis d'y collaborer. Obligatoire, ou non, l'instruction devait, selon le vœu de Condorcet, devenir universelle ; en devançant et préparant l'expérience elle émancipait l'esprit de l'enfant et le portait à s'affirmer lui-même plus tôt dans la vie et à y réclamer — au risque de le faire prématurément une situation plus indépendante. Mais en même temps, et nécessairement aussi, l'instruction, plus ou moins confondue avec l'éducation, devenait de plus en plus chose d'État, non seulement légalement contrôlée, mais officiellement organisée. Et par là même s'élevait un conflit qui a passionné tout le XIX° siècle, qui nous ^divise encore. C'est l'intérêt de l'enfant que l'É- J tat défend ainsi en lui créant un droit à l'ins- \ traction dont il assure pratiquement l'exercice. Mais il se substitue,' là encore, à ce qu'il prétendait d'abord aider et soutenir. Pour imposer le respect de ce droit il prend l'enfant sous sa tutelle, s'empare de lui, et l'enlève à ceux qui étaient jusque-là ses tuteurs, naturels ou non, famille ou Eglise. Et c'est aussi l'enfant et son

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droit que ceux-ci entendent sauvegarder en le disputant à l'État. Quoi qu'il en soit, on voit le progrès de cette idée, dont se réclament les partis les plus opposés. Tout le monde s'arme pour la défense des droits de l'enfant.

Pour manifester ce mouvement d'idées et de mœurs, ou pour le provoquer, toute une littérature s'est développée qui imposait de plus en plus l'enfant à l'attention, et où s'exprimait comme une conscience inquiète des injustices qui l'avaient méconnu. Et je ne parle pas seulement des écrits proprement pédagogiques qui se sont , multipliés au XIX' siècle, mais d'œuvres toutes littéraires : celles des romantiques qui ont chanté ' l'enfant ou esquissé dans leurs autobiographies des monographies d'enfants (Hugo, G. Sand, Michelct, l\enan); celles des réalistes prétendant traduire en analyses plus précises des- observa-, tions positives, délicates ou brutales (Daudet, Vallès, Zola, Maupassant, A. France, P. Loti; P. et V. Margueritte, Barrés, Lichtenberger, Gyp, Frapié, J. Renard, E. Le Roy, Romain Rolland, etc.). Et la littérature étrangère n'est sans doute pas moins riche, avec Dickens, G. Eliot, Rudyard Kipling, Tolstoï, Dostoiewski, Gogol ; les comédies pédagogiques allemandes, etc. D'autre part c'est l'effort d'une étude de plus en plus posi-\ tive, scientifique, expérimentale de l'enfance^

Monographies s'attachant à suivre jour aprèsjour la croissance physique et morale, vastes enquêtes américaines récoltant des réponses à des milliers de questionnaires, observations et descriptions d'enfants anormaux, coupables, arriérés, recherches proprement expérimentales installant les méthodes du laboratoire dans l'école même pour aboutir à une pédagogie de plus en plus précise et comme infaillible : le travail de ces trente dernières années est immense. Et la bibliographie de la Child Stùdy est dès aujourd'hui si riche qu'elle est presque décourageante pour qui veut simplement se tenir au courant.

Il n'est donc point paradoxal de dire, avec Mme EUen Key, j|ue k XX° siècle seraje sièc/e de Cenjant, à moins qu'il ne soit le siècle de la femme, et je voudrais que ce fût la même chose. Quoi^rTîl en soitnrrr'peut'résumer ainsi, pour conclure, les caractères de ce mouvement d'idées, de mœurs, d'institutions. Généreux et sentimental dans ses intentions, il est plutôt encore, ou de plus en plus,, réaliste, juridique, étaliste enfin. C'est d'abord un élan de pitié et d'amour qui vient au secours de l'enfant contre la misère, contre les fautes et les négligences des parents. Mais l'esprit positif s'efforce, par une organisation plus savante de cette protection, de lui

LE PROBLEME

assurer la vie, la santé, le bien-être, les moyens de prendre sa part des avantagcsde la civilisalion. L'esprit intellectualiste, pour lèTnieu-x-étudier et scientifiquement classer, le pose comme un objet à part, une unité indépendante, le délie des solidarités naturelles et le détache de ceux qui se continuent en lui. Grâce, en effet, à toute cette législation qui étend et fixe les droits de l'enfant, sa vie, son éducation dépendent de moins en moins de ceux qui l'ont engendré, de leurs ressources, de leurs talents, de leurs vertus, de leur affection enfin et de leur volonté, jugées trop variables. D'une part s'amoindrit jusqu'à s'évanouir la puissance paternelle, et s'établit, au rebours du droit antique, un droit nouveau d'après lequel le père appartient à l'enfant. Et cette formule équivoque pourrait cependant traduire une doctrine très haute de l'éducation. Mais, d'autre part, pour soustraire l'enfant aux risques des péchés des^pàrents, nous limitons et 'définissons si bien par le code ce qui reste d'action paternelle qu'elle sera bientôt tenue en descadres rigides, assujétie tout entière à des oblitions légales et à des gestes mécaniques. Ou plutôt en lui laissant le soin de fournir, sauf le cas de plus en plus fréquent d'indigence, aux frais de l'entretien, de l'enfant, nous lui retirons petit à petit toute initiative et sa fonction d'é-

ducatioTi pour la remplacer par l'action, administrativcment organisée, de spécialistes officiels. Chaque enfant devient, pour son bien ou pour la rigueur et commodité du système, sous la direction de la Science et aux mains de l'État, un élément, une pièce d'un mécanisme destiné, dit-on, à lui procurer le maximum de bien-être et à tirer de lui le maximum de rendement social. Ainsi s'étendent en apparence dans ce régime de justice savante, impersonnelle et tout objective, les Droits de l'Enfant devant lesquels tous les autres semblent disparaître :

Et lui qui ne se sent aucun droit sur la terre Les a tous (i).

Mais prenons garde de dépasser la mesure ou plutôt de fausser l'idée de ce droit qui est un droit d'enfant. Prenons garde qu'en voulant lui donner des définitions et garanties purement objectives pour le mieux assurer, nous l'enfermons dans un mécanisme rigide et froid, intolérable à l'adulte, mortel pour l'enfant, pour ses droits comme pour son bonheur. Il aura toute la force publique pour le défendre ; mais il n'aura plus de foyer ; il n'aura plus de parents pour l'aimer, le préférer comme il a besoin de

(.) V. Hugo, Le Pape, XIV.

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l'être, jusqu'à l'abnégation et au sacrifice. Et en réalité ses droits ne seraient ainsi solennellement affirmés et proclamés à grand bruit que pour être absorbés dans les droits souverains de l'État. Il importe donc, en ce moment qui est critique, de voir de près comment il les faut comprendre et défendre.

LE PRINCIPE. I

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