NÉCESSITÉ DE L'ÉTAT
sans amener des conflits inextricables et sans empirer la situation.
Enfin ce minimum de justice dont nous avons un besoin rigoureux pour subsister, les individus ne l'obtiendront jamais parleurs efforts isolés. Dans cet état supposé qu'on a désigné sous le nom d'état de nature, chacun aurait toujours tout à craindre de son voisin, et comme l'art de la défense consiste à prévoir le danger, il n'est pas besoin de faire les hommes pires qu'ils ne sont pour comprendre que l'insécurité générale y serait la guerre de tous contre tous. Ce qui nous préserve d'une condition aussi misérable, c'est que chacun sait pertinemment que s'il s'écarte des chemins tracés par la loi, la loi l'atteindra et le punira selon toute vraisemblance. Nous ne pouvons donc pas nous contenter de cette législation
intérieure que nous trouvons écrite aujourd'hui dans notre conscience et dont nous n'avons pas d'ailleurs à rechercher ici l'origine. Il nous faut des lois communes à tous, des lois promulguées et dont l'observation soit imposée par une force supérieure, c'est-à-dire par des chefs auxquels le peuple ait promis d'obéir, auxquels il obéisse effectivement en considération du profit qu'il y trouve, et qui aient le plus grand intérêt eux-mêmes à faire régner Tordre dans la société, pour y conserver l'autorité, les honneurs et les avantages matériels attachés à leur fonction. Quelle que soit l'origine historique des gouvernements, laquelle varie beaucoup d'un pays à l'autre, ils ne sont conservés et ne subsistent qu'en raison du service indispensable qu'ils rendent par la sécurité relative qu'ils procurent aux particuliers. Aussi n'imagine-t-on pas qu'il fût possible de s'en passer, et quand le gouvernement vient à