‹ Les droits de l'humanitéChapitre 18 sur 74 · DÉFINITION DE LA MORALE ET DU DROIT · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE LA MORALE ET DU DROIT

tenir, s'il en est besoin. Sa conscience lui dit aussi qu'il doit avoir les mêmes égards pour ses semblables, bien plus : qu'il doit leur être agréable par ses procédés, qu'il doit les aider dans leurs entreprises, qu'il doit subvenir à leurs nécessités, qu'il doit les préserver des maux dont il les voit menacés, au risque de se mettre en péril luimême. Est-il en droit d'exiger constamment la pareille et de prendre ce qu'on lui refuse ? Le penser, et disposer sa vie en conséquence de cette opinion serait instituer la guerre en permanence , ce serait aller directement contre le but proposé. Le départ des devoirs exigibles et de ceux dont l'accomplissement doit rester libre, la séparation du droit et de la morale s'impose donc dans la pratique de la vie.

L'Eglise romaine, qui prétend gouverner les consciences et réaliser le bien moral d'autorité, distingue entre les devoirs proprement dits, dont il est nécessaire de s'ac-

quitter pour obtenir le salut, et les œuvres de perfection, qu'elle conseille sans les imposer. Mais la conscience ne s'accommode point de cette doctrine. Elle n'exige pas de nous la perfection , mais elle exige que nous y tendions constamment, et ne connaît d'autre limite à l'obligation du bien que la limite du possible. Cependant la doctrine des œuvres surérogatoires repose sur un fond de vérité : la solidarité du genre humain; mais elle ne l'exprime qu'imparfaitement, sans parler de l'abus qu'en fait la prêtrise dans son intérêt particulier. Il n'y a pas d'œuvres surérogatoires ; la conscience nous impose l'obligation stricte de faire tout le bien possible. Nos semblables, en revanche, n'ont pas qualité pour rien exiger de nous sinon de ne pas leur nuire volontairement ; et encore ce devoir négatif lui-même, ils ne réussiront jamais à l'imposer dans toute son étendue, ils ne pourraient pas même essayer de le faire

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