LIBERTÉ PERSONNELLE INALIÉNABLE
nir, qu'il ne saurait être permis d'aliéner d'une façon permanente. Trop de gens encore, dans la société que nous connaissons, pourraient être tentés d'échanger cette liberté contre du pain ; mais les abus de tels contrats sont si prochains, la contagion si menaçante, que l'Etat doit interdire toute aliénation perpétuelle de la liberté, soit au profit des particuliers, soit au sien propre, et déclarer, pour cause d'intérêt public, tout engagement de travail personnel résiliable à court délai par chaque partie, lors même qu'à ne considérer que les contractants, les raisons d'en user ainsi seraient discutables.
La question de l'esclavage est trop complètement résolue dans la conscience publique pour qu'il soit à propos d'appuyer davantage. Ce qui mériterait peut-être examen encore aujourd'hui, c'est le droit d'un peuple ou d'un groupe de peuples à supprimer cette institution chez ceux où les
mœurs la conservent, qu'il s'agisse d'empêcher la vente des hommes ou d'en punir l'acquisition. Mais ceci n'est plus proprement la question de l'esclavage, c'est celle de la colonisation, et la question de la colonisation conduit droit à celle de la propriété du sol tout esprit qui tient à l'accord dans ses jugements. Le simple fait d'occuper un territoire donne-t-il un droit sur ce territoire ? Faut-il que trois cent millions de blancs, quatre cent millions de jaunes meurent de faim pour laisser quelques milliers de Sioux et de Papous, voire quelques millions de nègres jouir librement des vastes solitudes qu'ils parcourent sans les utiliser, ou dont ils ne cultivent que de faibles parties? Le droit d'occupation le voudrait ainsi, mais à ce compte toute colonisation serait criminelle, car toutes les terres habitables sont habitées, et les cessions attribuées aux chefs sauvages dans des documents qu'ils ne pouvaient pas comprendre