SOLIDARITÉ
pas la même idée, quoiqu'on aime à se figurer le contraire, et qu'on y parvienne en ne regardant ni trop au loin ni de trop près. Chacun se fait une certaine idée du bien, mais peu de gens se rendent compte de leur propre sentiment à cet égard, et pourtant il faut avoir du bien une notion claire, distincte et pleinement justifiée, pour en pouvoir tirer les conséquences sans tomber dans l'arbitraire et dans la confusion.
L'idée du bien pour l'homme doit, comme la notion du devoir de l'homme, se trouver comprise dans la conception de l'homme lui-même.
Quand nous assignons un devoir à l'homme, nous parlons, suivant le commun usage, de l'homme individuel, qui seul se perçoit lui-même, qui seul est perçu et qui dans ce sens, est seul réel. Mais cet homme, l'individu, ne subsiste que dans l'humanité, c'està-dire dans la collection et dans la succession des hommes individuels qui peuplent
la terre. Ces hommes individuels, appelés par le devoir à se réaliser eux-mêmes tels qu'ils sout, sont-ils donc en vérité des êtres complets, indépendants, possédant en euxmêmes les conditions de leur existence et de leur développement? Ils ne le sont point.
Corporellement , chacun d'eux est une parcelle de matière organique détachée du corps de ses deux parents, pour grandir et pour se développer en s'assimilant par la respiration et par la nourriture les éléments du monde extérieur. L'humanité collective n'est donc point un amas de grains séparés, mais un tissu de fils continus et croisés en mille manières.
Mentalement, les facultés de l'homme individuel ne se développent que par imitation et par réaction, au contact de ses parents, puis de ses frères et de ses camarades. Le sein maternel est notre premier trésor, le regard maternel allume en nous la pensée, qu'il nous révèle, le baiser ma-