‹ Les droits de l'humanitéChapitre 3 sur 74 · DEVOIR DE SE RENDRE LIBRE · texte numérisé non relu

DEVOIR DE SE RENDRE LIBRE

la liberté, de maintenir avec un soin jaloux la puissance de nous déterminer qui nous inspire un légitime orgueil.

L'ivrogne, le voluptueux, l'ambitieux ne sont pas libres ; ils sont poussés , ils sont entraînés, ils ne se possèdent pas, leur passion les possède, ils sont contraints ; ils ne sont pas d'accord avec eux-mêmes et n'approuvent pas toujours ce qu'ils font.

En cédant à leur vice, ils se rendent toujours moins en état d'y résister; finalement ils deviennent incapables de le juger et de se juger eux-mêmes. Une apparente unité s'établit, momentanément du moins, dans leur être; mais s'ils pratiquent sans résistance et sans scrupule ce qu'ils faisaient d'abord en le condamnant, leur apparente liberté n'est qu'un esclavage, ils se sont réalisés d'une façon contraire à leur primitive essence, ils sont devenus d'autres êtres que ceux qu'ils étaient appelés à devenir, et cette contradiction entre leur nature vraie

et leur nature acquise ne tarde pas à se manifester. Ainsi, l'homme a pour devoir de se constituer comme un être libre.

Il doit réaliser extérieurement cette liberté en élargissant sa sphère d'action, en exerçant, en développant ses facultés, en étendant constamment son pouvoir sur la nature par une connaissance de ses lois toujours plus étendue. Intérieurement, il réalise sa liberté en acquérant une possession toujours plus complète de son propre vouloir, de telle sorte qu'il ne fasse jamais rien sans l'approuver, soit, en termes équivalents , qu'il se détermine toujours par l'idée du bien.

Maintenant, qu'est-ce que le bien? Pour répondre à cette question , il ne suffit pas d'en appeler à la conscience de chacun de nous, ainsi que le ferait volontiers le grand nombre, que l'abstraction et la réflexion fatiguent bientôt. Chacun se fait sans doute une idée du bien, mais chacun ne s'en fait

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