‹ Les droits de la pensée; questions de presse: 1830-1864Chapitre 106 sur 156 · L'ACQUITTEMENT DE LA GAZETTE DE FRANCE · texte numérisé non relu

L'ACQUITTEMENT DE LA GAZETTE DE FRANCE

36 Janvier 4860.

Le 9 septembre 1849, la Gazette de France a publié un article excessivement dangereux, car il provoquait à l'insurrection 1

Heureusement cet article a été saisi , ce qui a empêché l'insurrection d'éclater.

Mais cet article, la Gazette de France , le Droit, le Constitutionnel, le Journal des Débats, la Presse, qui le reproduisent aujourd'hui tout entier, vont le propager à plus de deux cent mille exemplaires ! Les gens qui ne l'avaient pas lu vont le lire et le commenter I Avis à tous les préfets, à tous les généraux commandant une division militaire; avis au général Changaraier ; avis à H. Carlier, préfet de police ; avis à M. Ferdinand Bar rot, ministre de l'intérieur 1 Si le danger était grave le 9 septembre 1849, quand la Gazette de France était seule à publier son fulminant article, bien plus imminent doit être aujourd'hui le péril ! Insurrection, guerre civile, barricades, il faut s'attendre à tout! Prenez vos passeports! Vendez vos rentes! Courez chez le changeur! Prenez de l'or et des bank-notes! Partez, partez au plus vite pour Londres, Bruxelles ou New-York !

Mais, après ce surcroît de publicité donné au dangereux article de la Gazette de France, comment expliquer qu'aujourd'hui le cours de la rente n'ait pas baissé (25 centimes de hausse) et que le prix de l'or n'ait pas monté? — Demandezle à M. le procureur général Baroche.

La Gazette de France avait à se défendre contre les accusations du parquet. Elle a été acquittée par le jury, malgré les efforts opiniâtres de M. Suin, avocat général, qui a pris

deux fois la parole, et deux fois comme pour faire ressortir avec éclat la justesse des principes que nous soutenons.

Que reprochait-on à la Gazette de France? On lui reprochait d'avoir attaqué l'origine du gouvernement républicain, et d'avoir provoqué à l'insurrection en demandant que la Constitution votée par l'Assemblée constituante fût soumise à la sanction nationale. Nous reproduisons ce dangereux article ; à la rigueur, nous aurions pu le reproduire deux fois, car, après avoir été lu par M. Suin, avocat général, il en a été donné une seconde lecture par M. de Thorigny, avocat de la Gazette de France ; mais nous ne voulons pas abuser de nos avantages, et nous nous contenterons de citer une seule fois l'article de la Gazette de France dénoncé par le parquet à toutes les rigueurs du jury. Nos lecteurs n'auront qu'à juger par eux-mêmes entre le jury qui a acquitté et le parquet qui voulait que l'on condamnât ; nous ne voulons pas les influencer; mais ce que nous devons leur dire, c'est qu'à moins qu'ils n'aient assisté à l'audience, ils ne se feront qu'une idée imparfaite de tous les lourds pavés lancés à la Constitution , à qui mieux mieux , par l'avocat

Général et par le défenseur de la Gazette de France! Pauvre institution et pauvre république ! Si c'est ainsi que vous êtes défendues, souhaitez plutôt d'être attaquées. Qui fût entré à l'audience de la cour d'assises sans avoir entendu l'interrogatoire des prévenus, ne se fût certes pas douté qu'il s'agissait d'un procès intenté à la Gazette de France; il eût dit : Quel procès on fait à la Constitution et à la république 1

L'article de la Gazette de France du 9 septembre 1849 avait passé inaperçu , il était oublié ; demain , vingt journaux le reproduiront; donc, s'il était dangereux, il va l'être vingt fois plus. A qui sera-ce la faute ? Au ministère public qui l'a fait saisir, au lieu de le laisser passer tranquillement.

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