‹ Les droits de la pensée; questions de presse: 1830-1864Chapitre 22 sur 156 · EXPOSÉ · texte numérisé non relu

EXPOSÉ

L'esprit de parti prévaut en France sur le savoir politique et sur l'ex-

Eéricnce des affaires; — à cette funeste prééminence il faut attriuer le malaise moral, conséquence du roal-être matériel, naturellement exprimé par un désir indéfini de changement qui use les institutions sans les fonder, et les hommes sans les instruire.

La civilisation semble avoir desséché la France avant de l'avoir mûrie.

L'ignorance y est présomptueuse et la science stérile.

Les théories y sont des opinions verbeuses, et non point des systèmes médités. x

Les hommes n'y sont pas choisis; des circonstances et des combinaisons, plus souvent que l'habileté, les mettent en possession du pouvoir, sans expérience des affaires, sans conviction des principes. Tel est même le dédain que Ton y professe pour l'étude, que les hommes experts dans une partie sont presque toujours appliqués à une autre qu'ils ignorent.

Les hommes capables et laborieux y sont relégués sans considération dans les emplois obscurs.

Si la France, facile à féconder, végète à demi productive, on ne doit pas hésiter à l'imputer :

Au délaissement de l'instruction primaire, abandonnée sans mesure et sans but à elle-même, état fâcheux qui prive les campagnes de bons agriculteurs, les fabriques de bons contre-maîtres, les arts et métiers de bons ouvriers, et le petit commerce de l'ordre et de l'intelligence nécessaires pour exciter la confiance et développer le crédit ;

Au temps que perdent, en vaines discussions de principes et de mots, les hommes appelés à diriger et représenter le pays ;

A la routine d'un système de crédit qui tfadmet pas de liaison

lesquels eutà lutter le Journaldes Connaissancesutiles — car, lorsqu'il parut, rien n'était encore préparé en France pour le développement d'un journal publié à cent mille exemplaires— motivèrent l'ajournement de la réalisation de cet ensemble de vues.

Pendant ce temps, la Société de Londres pour la diffusion des connaissances utiles, présidée par le lord-chancelier

entre le crédit publié, le crédit commercial et le crédit hypothécaire ;

Au maintien d'une organisation militaire cfui absorbe pendant la paix les ressources que le pays doit réserver pour la guerre ;

A l'excès, et plus encore au mauvais emploi des impôts, qui retirent au sol et à l'industrie des capitaux intelligents et féconds, sans pourvoir convenablement à l'entretien du pays ;

Au nombre insuffisant des routes et autres moyens de communication ; d'où suivent la lenteur et la cherté des transports : deux grave* inconvénients qui ont pour effet d'augmenter démesurément le pris des objets de première consommation, de rendre impossible un grand nombre de débouchés, et de restreindre l'activité des relations de toute nature ;

Aux dispositions vicieuses et prohibitives des tarifs de douanes qui ralentissent les efforts de l'émulation nationale et les progrès de la fabrication ;

A l'ignorance de l'administration des haras, qui laisse tributaire de l'Angleterre et de l'Allemagne la France, lorsqu'elle possède tous les moyens d'améliorer ses races de chevaux ;

A l'erreur dans laquelle persiste le gouvernement, en compliquant les détails de l'administration et en prodiguant in temps précieux à manufacturer et confectionner, à plus haut prix et à qualités inférieures, les poudres, tabacs, armes, habits de soldats et autres objets, au lieu d'en livrer la fabrication à la libre concurrence;

Enfin aux abus d'une centralisation qui est une garantie utile lorsqu'elle se borne à la direction et au contrôle, mais qui devient un obstacle à toutes les améliorations dès qu'elle s'érige en monopole.

Telles sont les causes sommaires d un malaise général dont l'origine est toute matérielle, et que l'ignorance augmente en l'imputant au besoin d'une liberté indéterminée. Cette méprise, en poussant tous ceux qui souffrent aux idées subversives, a pour effets de priver le gouvernement de stabilité, et de le précipiter dans l'anarchie, fatale extrémité que les hommes du pouvoir ne parviendront à conjurer qu'en ne négligeant à l'avenir aucune amélioration, qu'en sacrifiant les opinions vagues aux intérêts positifs, et en cessant de voir exclusivement -les besoins du pays dans les exigences plus ou moins égoïstes des partis qui prétendent le représenter.

Qu'importe quelques concessions faites à ces exigences, et des mutations d'hommes, si le premier devoir d'un ministre n'est pas l'étude et l'examen de chacune des spécialités dont se composent ses attributions, pour en réformer les erreurs et les abus, pour leur approprier les meilleurs systèmes pratiques ; en moins de mots, si la base de la politique n'est pas la science de l'administration 1

C'est cette tâche, longtemps dédaignée, qui consiste à mettre à la place des erreurs systématiques consacrées par l'ignorance toutes les améliorations éprouvées parles gouvernements rivaux, c'est cette tâche que se propose de remplir Y Institut politiqw.. . .

Brougham, portail son attention sur le succès qu'avait en France le Journal des Connaissances utiles, ctémonstratiofe évidente de toute la puissance du bas prix appliquée au grand nombre,-*- elle en modifiait la pensée et le cadre pour se les approprier sous le titre de Penny Magazine (Magasin à deux sousj.

L esprit français qui, à toutes les époques, n'a jamais manqué d'abandonner ses découvertes pour les réimporter ensuite, lorsqu'elles ont dépouillé leur origine nationale et leur forme primitive ; l'esprit français ne manqua pas de reproduire ce que l'esprit britannique n'avait fait qu'imiter de lui.

C'est alors que vinrent en concurrence du Journal des Connaissances utiles la foule des publications par livraisons à deux sous.

De ce jour, la mission de civilisation populaire du Journal des Connaissances utiles fut accomplie.

Son fondateur le comprit.

Ses idées avaient germé et poussé leurs tiges.

Le Journal des Connaissances utiles ne devait plus être qu'un répertoire usuel de technologie agricole et industrielle, à l'usage seulement des hommes positifs et pratiques qui méditent ce qu'ils lisent et étudient ce qu'ils ignorent. En cet état, il peut encore rendre des services à la cause du progrès; mais sa mission de précurseur de la presse utile et populaire, c'est-à-dire des publications à grand nombre et à bas prix, est maintenant accomplie; sa vie jeune, ardente et révolutionnaire est achevée; il entre dans une vie nouvelle, régulière et modeste. Il continuera d'enregistrer tous les procédés utiles, les progrès nouveaux, les idées généreuses; mais il n'aspirera plus, comme le passé, à donner partout l'impulsion par des publications gratuites ou peu coûteuses, par des dotations aux établissements de prévoyance, par des fondations agricoles et toutes nationales, dont peut-être un jour on s'apercevra tardivement qu'il n'a pas été tenu un compte assez juste.

À ce propos, une revue qui a de hautes prétentions littéraires, la Bévue de Paris, a publié contre les recueils à bon marché et contre les journaux pittoresques une suite d'articles signés du faux nom de Gvrardm, lesquels contenaient peu de bonnes raisons et beaucoup de personnalités; c'est le dernier argument d'une littérature étiolée et qui sent qu'elle est frappée de mort par la littérature populaire qui se fait jour.

Ceci, pour le plus grand nombre des lecteurs dé cet article,

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