EFPETS DE LA SUPPRESSION DU TIMBRE SUR LES JOURNAUX
Les journaux existants augmenteraient leur format ou baisseraient le prix de leur abonnement; car les souscripteurs, qui calculent parfaitement, ne souffriraient point qu'on ne les fît pas profiter de tout ou partie du dégrèvement. L'abaissement du prix étendrait le nombre des abonnés, sans pour cela accroître sensiblement celui des lecteurs; car, ainsi que nous l'avons dit, il est rare dans les villes de province que l'abonnement d'un journal de 80 francs ne soit pas au moins partagé par quatre personnes, en raison de l'élévation du prix, qui se trouve ainsi réduit, dans le fait, à 20 francs seulement.
L'augmentation du format aurait de grands avantages politiques : elle améliorerait forcément l'esprit des journaux ; elle leur permettrait de rendre compte avec plus d'étendue et de fidélité des débats parlementaires et judiciaires, que le défaut d'espace les oblige de tronquer. Les Chambres législatives, sous ce point de vue, seraient les premières intéressées à l'agrandissement du format des journaux. C'est ce qu'avait parfaitement compris M. le duc de Broglie, dans le rapport qu'il fit à la Chambre des pairs le 4 décembre 1830. Voici en quels termes il insistait sur les avantages d'un çrand format : « Les débats des Chambres, les débats » judiciaires, au lieu d'être tronqués et mutilés par l'esprit » de parti, y sont reproduits dans toute leur étendue. Ap- » pelés, par la diversité des objets dont ils traitent, à s'a- » dresser h des lecteurs de toutes les classes, et plus ou » moins à des lecteurs de toutes les opinions, les journa- » listes ont intérêt à garder une certaine mesure, à s'ex- » primer avec une certaine modération, à ne pas dépasser » certaines bornes. Quiconque comparera les journaux an- » glais et américains avec les journaux français s'assurera » de la vérité de ces assertions ; quiconque comparera les » journaux français à grand format avec les petits journaux » en sera plus convaincu encore. »
Ajoutons que le haut prix des feuilles quotidiennes, qui est le résultat des taxes qui les grèvent, a pour objet de restreindre les classes intermédiaires au choix d'un seul journal, de les priver des éléments de conviction qu'une discussion contradictoire présenterait à leur jugement, de les faire esclaves aveugles des doctrines exclusives d'un seul parti, et de rendre impossible en France l'impartialité.
Enfin, on ne verrait plus, au mépris des termes formels de l'article 3 de la loi du 14 décembre 1830, le Moniteur universel publier, avec exemption de timbre, deux, trois, quatre et souvent cinq suppléments^ lorsqu'un seul devrait exclusivement jouir de cette franchise.
Un terme serait également mis à un autre abus grave, qui ferait supposer que notre comptabilité financière n'est pas aussi rigoureuse qu'on le prétend. Le Trésor restitue au Moniteur les sommes qu'il perçoit de lui pour droit de timbre : c'est là un fait qui a été constaté judiciairement. La même main qui verse dans le Trésor public les sommes demandées à l'impôt peut donc y puiser impunément pour les restituer au journal qu'elle favorise.
En résumé, l'impôt du timbre, en matière de presse pé-
riodique, ne saurait être trop tel supprimé, car il est à la fois un fâcheux contre-sens politique et une mauvaise opération fiscale.
EFFETS DB LA SUPPRESSION DU TtMBBE SUR LES REVUES.
Les revues et les recueils spéciaux, dès qu'ils seraient affranchis du timbre, rapprocheraient les époques de leur publication et feraient ainsi profiter le Trésor d'une nouvelle augmentation sur les droits de poste. La science politique, difficile à traiter avec étendue, élévation, profondeur et impartialité dans les motions et productions de la presse
auotidienne, pourrait alors — * et cela est à désirer — se évelopper dans des recueils périodiques. Les revues qui. en Angleterre, reçoivent les communications des publicistes les plus distingués et des hommes d'État les plus éminents, qui élaborent d'une manière approfondie toutes les grandes questions de la science politique, sont pour la France un exemple à suivre et que les entraves de la fiscalité ont pu seules jusqu'à présent l'empêcher d'imiter.