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qui partent pour la province, c est creuser un abîme entre la province et Paris ; c'est établir une inégalité déplorable entre le paysan du Languedoc ou de la Bretagne , l'ouvrier des villes manufacturières de l'Alsace ou de la Normandie et l'habitant de Paris: c'est réservera celui-ci le bénéfice d'une éducation politique quotidienne, que vous refusez à ceux-là ; c'est mettre la lumière sous le boisseau, au lieu de propager l'enseignement et de faire participer au bienfait aes discussions intelligentes la grande masse des citoyens.
» La presse des départements, qui est l'auxiliaire utile, indispensable de la presse de Paris, est vivace parce qu'elle représente la France, la vraie France, non pas celle qui parle dans les clubs de nos faubourgs et par la voix des rédacteurs de nos feuilles rouges, mais celle qui travaille honnêtement, qui produit, qui pense et ne veut ni de désordre, ni de dictature, ni de licence, ni d oppression. Que son avenir ne vous effraye donc pas, monsieur de Girarain ; elle vivra et vivra bien.
» Le temps est venu où le papier imprimé doit voyager aussi librement que le papier blanc ; que les journaux qui s'adressent à la poste payent 4 centimes, rien de plus juste ; mais que ceux qui trouvent plus commode de s'expédier en ballots, comme des livres, soient libres de le faire. 11 ne faut pas que le papier, } arce qu'il a été noirci par 1 impression, perde sa qualité de marchandise. »
Il y a dans ces lignes presque autant d'erreurs que de mots, ce qui prouve que l'esprit et la verve ne suffisent pas pour plonger au fond des solutions. Us flottent à la surface.
Il ne faut pas scinder la question du transport et de la distribution des journaux de Paris dans les départements. La question doit rester entière.
Entière, la question se pose en ces termes :
Si l'administration des postes n'existait pas, les journaux pourraient-ils se faire distribuer dans les 37,000 communes de France, dans les hameaux aussi bien que dans les villes, moyennant un droit moyen inférieur h 4 centimes?
Non ; on peut l'affirmer, sans crainte d'être contredit.
Sans doute, dans certaines grandes villes où les journaux pourraient s'expédier en ballots, le port et la distribution ne reviendraient pas à 4 centimes ; mais dans les communes où chacun de ces journaux ne compterait qu'un ou deux abonnés, le port et la distribution coûteraient vingt fois, quarante fois le prix du journal.
Que devient, dans ce cas, l'objection tirée d'un prétendu abîme creusé entre l'habitant de Paris et le paysan du Languedoc ou de la Bretagne?
Cette objection est sans valeur, car de ce que les journaux de Paris peuvent s'expédier en ballots à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, à Rouen, il ne s'ensuit nullement qu'ils soient accessibles à moins de frais aux lecteurs de Mérignac, de Salvagny, de Roquevaire, de Darnelal? Que devient donc l'argument tiré d'une pré tendu oanégali té déplorable? Cette
inégalité, c'est le système que nous combattons qui la fait naître. Devant le droit de poste unique, toute inégalité disparaît, car le lecteur de Bordeaux qui veut lire un journal de Paris n'est pas plus favorisé que le lecteur de Mérignac.
C'est l'égalité, c'est l'équité, c'est le droit commun.
Si le système qui consiste à soutenir que les journaux ont le droit de s'expédier par ballots aussi bien que le papier blanc et les livres, pouvait et devait prévaloir, il n'y aurait pas de raison pour que la même prétention ne se produisit également en ce qui concernerait les lettres à destination des grandes villes.
En effet, on ne manquerait pas de faire le raisonnement suivant : Puisque les journaux ont le droit de s'expédier par une autre voie que celle de la poste toutes les fois qu'ils y trouvent un avantage, pourquoi n'en serait-il pas de même des lettres qui intéressent le petit commerce, les familles, l'ouvrier, le pauvre?
Ce jour-là, c'en serait fait du monopole et du service des postes.
Un seul exemple va le montrer :
Une lettre simple de Paris pour Lille coûte 30 centimes.
Un paquet de 10 kilogrammes, renfermant 1,330 lettres, représente donc pour l'administration des postes une recette de 665 francs.
Eh bien, une entreprise de transport pourrait se charger, moyennant 10 centimes, du port et de la distribution des lettres de Paris pour Lille et de Lille pour Paris, et y gagner considérablement encore, car elle recevrait 133 francs, et certes elle n'aurait pas à débourser, pour frais de poste et de distribution, la moitié de cette somme.
Il ne faut rien épargner pour rendre le service des postes de moins en moins imparfait; mais on ne saurait trop se garder de le désorganiser et de lui enlever son caractère d'unité, précisément au moment où la taxe unique va enfin être adoptée pour les lettres.
L'administration des postes se chargeant du transport et de la distribution des journaux dans les communes rurales, il est juste ou qu'elle en reste exclusivement chargée aussi dans les villes, ou bien alors qu'on l'en décharge entièrement.
Un mot maintenant sur la presse dans les départements. Dire qu'elle y est vivace, c'est fermer les yeux à la clarté du jour; la vérité est qu'à quelques exceptions près, les journaux dans les départements n'ont qu'une existence languissante; ils ne se soutiennent qu'à force de sacrifices.