‹ Les Droits des Arpad:Chapitre 10 sur 22 · TOUT ENTENDRE, TOUT ÉCOUTER · texte numérisé non relu

TOUT ENTENDRE, TOUT ÉCOUTER

Le prince de Crouy a peut-être été l'un des hommes qui ont su le plus et le mieux dire de hautes vérités.

Lors de la fondation du journal Le Capitale (1), il y avait donc identité de vues entre le proscrit d'Arenberg et son visiteur.

Ils étaient l'un et l'autre partisans chaleureux d'un système d'alliance complète entre la France et la Russie,

A cette même époque, M. de Persigny partageait leurs sentiments ; car c'est l Occident français à la main que Tex-maréchal-des-logis du quatrième des hussards avait franchi le seuil de la demeure du futur empereur.

Toutes les pensées, toutes les tendances du jeune

(1) Dans ses RÉVÉLATIONS HISTORIQUES, M. Louis Blanc dit que le Capitole fut établi aux frais du prince Louis: M. Louis Blanc révèle une erreur; le prince Louis fat l'un des actionnaires du Capitule, mais pour une somme relativement peu importante. Le prince de Crouy et son ami le comte d'A..... forent les deux hommes dont la mise de fonds servit le plus à la fondation de cette feuille. Les pertes que subit personnellement M. de Crouy, dans cette circonstance et par suite de sa captivité, furent d'environ 60,000 francs.

écrivais se trouvaient résumées dans cette page de l Occident français :

c À nous donc l'idée napoléonienne, suppliciée et » mise à mort au rocher de Sainte-Hélène, dans la » personne de son glorieux représentant!

» En cette impériale idée résident la tradition » tant cherchée du xvm e siècle, la vraie loi sociale » du monde moderne et tout le symbole des natio- » nalités occidentales.

* On sait, du reste, qu'en,politique comme en re- » ligion l'activité d'un seul homme n'a jamais suffi i à accomplir aucun grand progrès humain, à » dresser seulement quelque grande formule hu* » mani taire.

p Napoléon est mort à la peine , et son œuvre » inachevée.

» Gomme Charlemagne, il a donné sa loi au milieu » des éclairs et du tonnerre des batailles ; puis il Ta » confessée jusqu'à sa dernière heure, à la face de » ses bourreaux, reflétant ainsi le double et divin ca- » ractère de Moïse et de Jésus-Christ.

» Le temps est venu d'annoncer par toute la terre » européenne cet évangile impérial, qui n'a point » encore eu d'apostolat.

» Le temps est venu de relever le vieux drapeau » de l'Empereur, non pas seulement l'étendard de » Marengo et d'ÀusterUtz, mais celui de Burgos et » de la Moskowa.

» L'Enipereur, tout l'Empereur!

» Que les peuples infidèles qui l'ont laissé mourir » écoutent maintenant sa loi : leur salut est à ce

» prix! et que les Juifs qui Tout crucifié apprennent » enfin leur sentence : // ne restera pas pierre sur » pierre de laBabylone britannique.

» Telle est la mission que nous nous sommes don- » née, et à laquelle nous engageons dès à présent » notre* fortune de citoyens et notre existence » d'hommes.

» Ce n'est point ainsi une spéculation, un journal » que nous avons entrepris.

» Ce sera notre tâche, à nous, dans cette œuvre)» » d'unité occidentale qui se fait depuis un demi- *> siècle, et dont la formule incarnée est Napoléon.

» Que si l'en nous imputait à témérité la gran- » deur de l'entreprise, nous avons compté sur la foi » des peuples ! »

Depuis lors, les exigences de la diplomatie, les nécessités de situation ont pu modifier la conduite, peut-être même les sentiments de l'Empereur et du ministre. Le prince de Crouy, au contraire, s'est fortifié dans les siens. 11 croit aujourd'hui, comme il y a vingt-cinq ans, que le grand empire d'Occident doit avoir pour allié sincère et véritable le grand empire d'Orient. Son esprit et ses sentiments n'ont pas subi de transformation.

Les pensées politiques du prince de Crouy,. ses tendances, étaient donc résumées dans la note que j'ai reproduite. Depuis lors, il â développé ses sentiments intimes dans son travail, publié il y a trois ans sous ce titre : De la Noblesse et des Titees nobiliaires dans les sociétés cHRÉTiKNNES, brochure qui est en quelque sorte la préface, le prodrome d'un grand

travail, — L'Idée chrétienne, — que le descendant d'Arpad, de saint Etienne et d'André II léguera aux penseurs, aux moralistes, aux hommes d'Etat, comme son testament politique et social.

Je crois devoir emprunter à la brochure : De la Noblesse et des Titres nobiliaires, quelques lignes saillantes qui permettront d'apprécier la portée des opinions sociales de l'auteur.

« D'abord, dans toute sôdété chrétienne, dit-il, la distinction des hommes en castes privilégiées est et fut toujours une violation du principe religieux : il ne peut donc pas être questiton.de punir tout usurpateur de noblesse, parce que le Christ, en donnant sa vie pour racheter l'humanité entière de la servitude, a restauré l'homme dans sa liberté native et dans sa fraternité primitive, qui sont devenues, ainsi, par ce rachat divin, la base de toutes lessociétéschrétiennes.

» Ainsi, de par le Christ, la liberté qui n'était qu'un privilège, d'après la loi païenne, est devenue un droit universel, et l'esclavage, qui était un droit, d'après la même loi païenne, est devenu à la fois un abus, un crime et une violation de la loi divine.

» En un mot, d'après l'Evangile, la liberté, qui était l'exception, est devenue la règle, et l'esclavage, qui était la règle, est devenu l'exception.

» Or, s'il est évident que, sous la loi païenne, la qualification de citoyen fut la désignation de l'homme libre, il est non moins évident que, sous la féodalité, la qualification de noble et de gentilhomme n'avait également d'autre signification que celle d'homme libre.

» Or, comme aujourd'hui tout Français est nonseulement libre, mais encore qu'il est partie intégrante de la souveraineté nationale, il est hors de doute qu'il a droit à la qualification qui désignait l'homme libre quand la liberté* était un privilège et l'esclavage un droit.

* Donc, de par le Christ, tout homme libre , et surtout celui qui a reçu la consécration de sa liberté par le baptême, est de droit noble et gentilhomme dans toute la chrétienté, et surtout en France, comme il était citoyen à Sparte, à Athènes et à Rome ; donc tout Français peut se qualifier de gentilhomme , comme tout Anglais se qualifie de gentleman. *

Ce travail sur la Noblesse et les Titres nobiliaires est, je le répète, la préface d'une œuvre plus capitale, l'Idée chrétienne , au sujet de laquelle M. de Crouy lui-même a écrit ces mots :

« Ce travail, intitulé lldée chrétienne, Dieu, fraternité r liberté, précédé d'un Coup d oeil sur la société, prouvera, du moins nous l'espérons, que le Code des Evangiles est le vrai code social, dont la mise en scène est simple^ juste et facile, et que les lois civiles et politiques déduites de ce code religieux et humanitaire peuvent seules assurer la stabilité actuelle et future de tous les gouvernements, comme la prospérité progressive de tous Jes peuples.

» Au reste, voici, d'après nous; les principales déductions sociales de Vidée chrétienne, développées dans ce travail.

d L'idée chrétienne : Dieu, fraternité, liberté, est le résumé des paroles divines du Christ.

» Pour l'humanité entière,

* C'est la connaissance de Dieu ;

» C'est la connaissance de l'homme et de se$ devoirs envers Dieu et le prochain ;

» C'est le rachat de la servitude et de l'esclavage et l'avènement de la liberté et de tous les droits qui en découlent par le sacrifice et la glorification de l'Homme-Dieu;

» C'est la régénération de la famille par celle de la femme, relevée de son abaissement de servante et d'esclave à sa dignité de compagne et de premier guide de l'homme par les vertus et la divine mission d'une mère couronnée Reine des deux et protectrice de l'humanité ;

*> C'est le commandement du respect à l'autorité paternelle et l'enseignement de ses attributions sociales;

» C'est la conservation du foyer domestique par la constitution de la famille, perpétuant l'union et l'assistance mutuelle entre tous ses membres;

» C'est l'abolition de tous les privilèges et de tout droit à'un homme sur un autre hoinme, et la sauvegarde de tous les souvenirs et de tous les titres glorieux et honorables;

» C'est le triomphe de la vérité sur Terreur par la preuve des faits, la libre discussion, et jamais par la violence;

» C'est la guérison de la misère et la garantie de la propriété par l'assurance de l'existence de chacun par tous et de tous par chacun ;

» C'est la réprobation de la paresse et de l'igno*

rance, l'anoblissement du travail et la vulgarisation de l'instruction et de tous les arts utiles ;

» C'est la flétrissure pour toutes les ingratitudes et la bénédiction pour tous les bienfaits ;

» C'est la condamnation de tous les abus, de tous les vices et de tous les crimes, et la récompense de toutes les vertus ;

» C'est l'extinction des haines, des vengeances, des combats et des guerres d'homme à homme et de peuple à peuple, par le triomphe de la charité sur l'égoisme ;

» C'est la proscription de toutes les réunions de débauche et de prostitution, et la tolérance de tous les cultes, de toutes les associations, corporations ou réunions privées ou publiques, religieuses, morales, littéraires ou politiques ;

» C*est l'interdiction de toute publication athée ou licencieuse et la liberté de la parole et de la presse pour toute opinion, discussion, religieuse, morale, sociale , politique , administrative ou d'intérêts privés;

» C'est la garantie de la liberté individuelle et l'inviolabilité du domicile;

» C'est la suppression de tout monopole, de toutes fonctions, charges ou taxes qui aggravent la misère ou entravent les rapports sociaux ;

* C'est la liberté du commerce, de l'industrie, des transactions, et l'équitable répartition de tout impôt ;

» C'est la déchéance de l'anarchie et du despotisme et la soumission à toute autorité émanant de

la volonté divine par la voix des peuples, qui est la voix de Dieu;

» C'est la suppression de la peine de mort, des tortures physiques et morales et des peines afflictives ou infamantes, et la punition de toutes les fautes et de tous les crimes par la pénitence et leur rachat par le repentir;

» C'est l'abrogation de toutes les lois injustes, fiscales ou corrosives^de l'ordre social, et le règne d'une justice paternelle sans entraves et d'une impartiale et bienveillante équité;

» Enfin c'est la conciliation universelle des hommes et des peuples par la fraternité, qui est I'àkbee

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