‹ Les Droits des Arpad:Chapitre 14 sur 22 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Toutefois, à la mort d' Arpad, la Hongrie se trouva dans une situation très-périlleuse; en opposition avec toute l'Europe, et principalement l'Europe occidentale, par leurs coutumes, leur langue, leur origine, leurs mœurs et leur religion, qui n'était autre

(1) Anonyme. Scrip. rer. Hung., cap. XL : « Et in illo loco dux et » sui nobiles ordinaverunt omnes consuetudinarias leges regni, et » omnia jura ejus , qaaliter servirent duci et primatibus suis, etc. »

qu'un assemblage de diverses formules du paganisme asiatique, les Hongrois se trouvaient d'autant plus isolés qu'ils avaientrompu toute communication avec leur patrie originelle, sans trouver aucune compensation dans leur situation nouvelle.

La Hongrie représentait une masse entourée de tous côtés par des ennemis, protégée, il est vrai, au nord, à Test et au sud par des chaînes de montagnes, mais ouverte à l'ouest aux agressions de ses plus acharnés adversaires, les Allemands, et en outre mal protégée par les chaînes de montagnes du nord, de l'est et du sud, ses enfants passant la plus grande partie de leur existence à cheval. Remarquons, en outre, que la nouvelle patrie formait une agglomération des éléments les plus divers. — La Hongrie actuelle constituait, avant son organisation sociale par Arpad et avant ses conquêtes, environ dix Etats divers (1), ce qui, il est vrai, avait facilité la conquête, mais augmentait les difficultés de maintenir cette nouvelle agglomération sous une législation commune et dans un ensemble unitaire.

La Bulgarie, la Moravie, la Russie, F Allemagne et l'empereur de Byzance, à la succession desquels ces divers petits Etats avaient été soustraits, crurent

(1) La partie du Danube avoisinant l'Allemagne était comprise dans les Etats allemands; une partie de la haute Hongrie appartenait à la Moravie, l'autre partie à la Pologne-Russie (Russie rouge) ; le pays situé entre le Danube et la Theiss (Tisza) appartenait à la Bulgarie, ainsi que la Ban an. La Transylvanie était un fief féodal de l'empereur de Byzance, ainsi que la Székelység et la Kazarie.

l'occasion favorable pour venger l'outrage qu'ils avaient reçu; la guerre devenait donc imminente de toutes parts; les Magyars comprirent la difficulté de leur situation; ils renouvelèrent le serment de fidélité au pacte national dans les mains du jeune Zoltan, et, préférant l'offensive à la défensive, ils portèrent au dehors le théâtre de la guerre.

Ces terribles campagnes sont écrites en caractères de sang dans les fastes de notre patrie. En même temps que l'Allemagne entière tremble sous les pas de nos pères, la bannière ducale ornée du faucon franchit les Alpes et vient flotter sous les murs de Capoue, pendant que Botond, le hardi et vigoureux capitaine, brise avec sa masse d'armes la porte d'or de Constantinople. Toutefois, cette série de succès épuise les forces vives de la patrie, et les malheureuses journées de Mersebourg et d'Augsbourg (955) jettent l'alarme dans l'esprit de nos plus vaillants soldats. Dans ces douloureuses circonstances le génie d'Arpad ne leur fit point défaut; ils firent face aux grandes pertes des grandes guerres par des colonies appelées de l'étranger; ils organisèrent la défense de la patrie, cherchant par une politique sage et médiatrice à réconcilier avec les Hongrois les peuples primitivement conquis et annexés, leur accordant les droits nationaux , tout en les laissant s'administrer eux-mêmes, conformément à leurs lois et à leurs coutumes (1), constituant , en un mot, en

(1) ANONYMUS, Cap. XXXIU-XXXVII. Cap. XL1II : « Eumque Lehel, » Bulsu et Botond , caeterique milites sani et in col urnes , cum

politiques habiles, cette puissante confédération danubienne que la postérité connaît seulement sous le nom de Y antique Royaume Hongrois.

Mais tous les efforts de Zoltan et de Taksony (Toxun ou Toxis) étaient vains, tant que l'Europe chrétienne n'avait point accepté et reconnu l'institution de cette nouvelle nation dans son sein et établi des relations régulières et amicales avec ses chefs ; et il ne paraissait point possible d'atteindre ce but en dehors de la conversion à la foi chrétienne, seul moyen efficace à une époque où la Cour papale disposait du privilège, en quelque sorte exclusif, de représenter le droit international. Taksony comprit cette pensée, et, dans les dernières années du x e siècle (772-997), son fils Geyza était initié au christianisme par le baptême.

En 985, l'empereur d'Allemagne s'engageait contractuellement à donner pour épouse une fille de sa famille à Vaïk, fils de Geyza, lorsque celui-ci aurait adopté la foi chrétienne. Vaïk se fit instruire dans les

» magnà Victoria in secundo anno ad ducera Arpad reversi fuissent, » factum est gaudium magnum per totam curiam ducis, et fecerunt » convivium magnum , et epulebant cottidie splendide Hungari, » una cum diversis nationibus. Et vicinae nation es audientes faci- » nora facta eorum, confluebant ad ducem Arpad, et pure fide sub- » diti serviebant ei sub magna cura, et plurimi hospites facti sunt » domestici. »

TUROCZI : Cap. XXII, s. a. t. — I re loi de saint Etienne. Lib. I, Cap. 6, § 2. — Bulle d'or d'André II, art. 19, § I : « Similiter et hos- » pites cujuscunque nationis, secundum libertatem ab initio eis » concessam, teneantur. »

h© — dogmes du catholicisme et reçut le baptême, en 994, sous le nom d'EnENXE. Deux ans plus tard, il épousa Gizella, fille de Henri de Bavière; dès lors la famille des Arpad était reconnue en Europe, et l'autonomie de la Hongrie acceptée par les cours étrangères.

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