CHAPITRE III
La fondation de la nouvelle patrie des fils des Huns, qui prenait date à l'élection d' Arpad, se trouvait consacrée par la reconnaissance qu'en faisaient les cours étrangères, et par l'entrée des Hongrois dans la vie sociale des autres peuples de l'Europe ; mais il restait encore de grandes difficultés d'administration intérieure à surmonter pour constituer une grande nation de cet assemblage de vainqueurs et de vaincus; car la Hongrie se composait, au point de vue du droit public :
D'une part, des Hongrois proprement dits, dans le sens étroit du mot, et des peuplades indépendantes qui étaient seulement liées à la personne du duc, soit par leur annexion ou soumission volontaire avec adoption du pacte fondamental (1), soit par
(1) Les Sicules (Székely) en Transylvanie, par exemple, gravèrent les lois fondamentales sur le marbre.
droit de possession privée de la famille Arpad (1).
D'autre part : des tribus qui possédaient des tei> rains séparés et commandés par des chefs héréditaires; ce qui divisait la patrie commune en autant de provinces qu'il y avait de tribus, dont les chefs formaient encore un danger pour l'Etat, parce que les forces militaires des tribus étaient réunies dans leurs mains. Les chefs des tribus, en effet, se livraient isolément à des excursions sur les territoires voisins, et se mettaient en rapport direct avec les chefs des Etats étrangers (2).
Etienne avait donc à résoudre le problème d'une véritable unité nationale, et à réunir les diverses tribus sous l'empire d'une loi commune, en un mot, à constituer un véritable gouvernement unitaire.
Après avoir apaisé la révolte de Kupa, il chercha à s'entourer d'un apparat plus majestueux et plus imposant que ne l'avaient fait ses pères, rehaussant son autorité par la splendeur de sa cour.
En l'an 1000, il députa l'archevêque de Kalocsa à la Cour de Rome et reçut du pape Sylvestre II, en signe de bonne alliance et d'amitié, la Sainte
(1) La principauté Bihar, héritée par Zoîtaa du chef de son épouse, née Men-Marot; laquelle principauté avait trois cents lieues de superficie.
(2) Voir Const. Porphyrog. De Cerimon. Aul. Byzant. Lipsiae, MDCCÏI, pag. 3W :
« Ad Archontes Turcoram mittitur bulla aurea bizoldia cura hoc » titulo : Literae Constantini et hDrnani, Gkristum amantium Imp. » Romanorum ad Archontes Turcorum*
— ira — Couronne surmontée de la Croix, avec la qualification de Roi apostolique (1).
Au retour de l'archevêque de Kalocsa, Etienne convoqua une assemblée générale de la nation à Gran (Strigonium, Esztergam) où il fut couronné le 15 août, renouvelant en même temps le Contrat fondamental (2) qui garantissait le pouvoir perpétuel dans la famille d'Arpad, proclamant une constitution nouvelle, et donnant à son gouvernement une forme et une dénomination nouvelles.
Dans cette assemblée solennelle, le royaume fut divisé en comtés [comitatus) et le pouvoir souverain déposé dans les mains du roi.
C'est à cette fondation de l'unité du pouvoir et de la dignité royale que commence pour la Hongrie la brillante période des rois de la Maison d'Arpad.