‹ Les Droits des Arpad:Chapitre 17 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La mort soudaine du roi (2) causa une confusion terrible dans la Hongrie ; le roi ayait laissé des petits-

(1) Boofin. Décades. Basiliœ 1568, page 337 : « Ne aviti regni posi» tioni defraudetur, post Ladislai régis interitum, omnium suffragiis » populorum rex declaratur, etc. » Ismèt àltalànos sszavazeti.

(2) Un historien célèbre de \o Hongrie, le docteur Erdy, membre V Académie hongroise et gardien de la section des antiquités du musée

— us — fils, mais ils étaient encore enfants, et sous la sur— veillance, ainsi que je l'ai dit, des princes de la maison d'Anjou ; ces enfants habitaient dans le Dauphiné, appartenant à la Provence possédée par la maison d'Anjou; ils étaient retirés dans les montagnes d'Ailevard, dans les biens acquis par le prince Etienne, père d'André m. En outre, les communications enfre cette partie des Alpes et la Hongrie étaient difficiles et rares ; l'usurpation devint toute-puissante ; la nation agit donc sous l'empire de la contrainte, et, aux termes du pacte fondamental et du II e volume du Code de saint Etienne, considérant les circonstances comme extraordinaires, elle élutun roi pris dans les branches féminines.

La prétendante la plus proche du trône eût pu être Elisabeth, fille d'André III; on dut même craindre qu'elle ne réclamât en faveur de ses petits— neveux ; le duc d'Autriche, Albert, l'enleva : elle se vit renfermée dans le couvent deSœss, en Suisse, où elle ne tarda pas à finir ses jours.

national hongrois, a tracé un tableau très-émouvant des derniers jours de cette race royale de la Hongrie: « Il y avait, dit-il, » dans ces temps de guerre civile, il y avait à Naples et à Rome un » conseil secret, dirigé par les deux rois, Charles 1 er et Charles II, » qui poursuivaient avec acharnement l'anéantissement de la race » des Arpad; c'est par le fait de ce conseil que le frère cadet de La- » dislas fat étouffé; que Ladislas fut assassiné; que Félix, le fils » d'André III, périt de mort subite; que Thomassina Morosini, » mère d'André III mourut parle môme poison, et qu'André III » lui-même succomba, par la même fatalité, ainsi que plusieurs » patriotes connus par leur fidélité à leur souverain. »

Parmi les nombreux descendants d'Arpad par les femmes, quatre concurrents se présentèrent aux suffrages de la nation :

1* Charobert, fils de Charles I er dit Charles Martel, roi deNapIes, petit-fils de Marie, fils d'Etienne V (f ) ;

2* Le prince de la Serbie, descendant d'Anna, seconde fille d'Etienne V;

3* Vencel ou Venceslas, roi de Bohême, fils de Kunégonde, fille d'Anne, dont le père était Bêla IV (2) ;

4° Othon, roi de Bavière, fils d'Elisabeth, fille de Bêla IV (3).

(i) Etienne V.

Marie épousa Charles II de NapJes.

Charles Marte!. Jean.

Charles Robert (Charobert), foi

| de Hongrie* Louis,

Louis le Grand, roi de Hongrie. Charles le Petit, roi de Hongrie.

Maria, épouse de Sigiamond, Ladisla5 r prétendant. reine de Hongrie.

(2) Bêla IlL Bêla IV.

I (Ottokar) l

Constance épouse Otoacre I er , Anna, mariée à Ros-

l rai de Bohème. | tisiaw, prince

[ | de Galicie.

Venceslas I er . Runégonde, qui épouse

| Otoacre II.

Otoacre IF. f

Venceslas IL

Venceslas III, qui devint roi de Hongrie.

(3) Bêla IV.

Elisabeth épouse Henry de Bavière.

Othon (Otto), qui fut roi de Hongrie.

La nation se prononça en faveur de Vencel; et son fils fut proclamé roi.

Charobert en appela au pape ; Boniface VIII cita le jeune Venceslas à sa barre (1), Cette citation demeura sans effet ; un synode fut convoqué à Bude par le nonce Nicolas, mais sans succès pour les prétentions de Charobert ; dès lors le pape fulmina une bulle d'excommunication contre la ville de Bude, dont le clergé répondit par une excommunication, en quelque sorte reconventionnelle, contre l'Evêque de Rome (2) ; mais les intrigues incessantes de Rome et de Naples multipliant les difficultés autour de ce jeune monarque, il fuit la Hongrie après un règne de quatre ans, abdiquant en faveur d'Othon, qui, fait prisonnier par Apor, voyode de la Transylvanie, fut contraint de renoncer au trône de Hongrie pour racheter sa liberté.

Lasse de ces troubles incessants, la nation offrit la couronne à Charobert; pendant près de cent ans, la maison d'Anjou règne sur la Hongrie, non sans avoir à lutter contre de vigoureuses résistances. Csack Maté, fidèle aux souvenirs de la loi fondamentale, refusa de reconnaître l'autorité de ces nouveaux maîtres, et ce héros national perpétua l'agitation insurrectionnelle jusqu'à sa mort. Le bourreau devint le puissant auxiliaire des Anjou : bientôt, par ordre du roi, Félicien Zah, l'ami de Csak Maté, fut assassiné,

(i) Georg. Feyer, Codex DipL, T. II, p. 86.

(2) Script. Rer. Uung., TURQCZY, p. 86.

— 12i — et tous ses parents, jusqu'au septième degré, décapités ; — dès lors le parti national était vaincu et l'usurpation consommée.

La période après Louis le Grand nous donne le spectacle d'un puissant empire que l'incapacité de ses gouvernants précipite vers sa ruine, et nous ne rencontrons que les noms de Jean et de Mathias Corvinus qui brillent comme des météores passagers dans cette ténébreuse époque de notre histoire.

D'une part, la Confédération danubienne était en proie à des divisions intestines ; d'autre part, le droit héréditaire, ainsi étendu sur une base trop large, donnait prétexte à des luttes incessantes qui épuisaient les forces nationales, pendant que la Hongrie était placée comme un bastion avancé contre les valeureux et puissants Osmans qui s'avançaient du sudest, menaçant l'Europe entière de la plus meurtrière dévastation.

Après la malheureuse bataille de Nicopolis commencèrent les guerres acharnées et continuelles contre les Turcs; la nation hongroise put se convaincre qu'elle ne pouvait teuir tête à ces redoutables adversaires du christianisme qu'avec l'appui de puissants alliés; mais dans lexiv e et le xv e siècle, c'était seulement dans une union personnelle qu'on pouvait trouver une alliance sincère et durable.

Dans l'élection de ses rois, la Hongrie était donc contrainte de consulter, outre ses lois nationales, les nécessités politiques. C'est-à-dire que , non-seulement elle dut exiger que les prétendants à la couronne fussent des descendants d'Àrpad par ligne

féminine, mais encore qu'ils fussent en possession d'une antre couronne et d'une autre puissance qui, associée à leur propre puissance, la rendît formidable (i).

Dans la longue période qui a suivi, nous ne trouvons que Mathïas Corvinus et Jean Zapolya, élus violemment et sans les formalités prescrites, qui n r aient point satisfait aux exigences de cette politique et de la loi fondamentale ; tous les autres rois ont été simultanément descendants d'Àrpad en Hgne féminine et puissants à l'étranger.

Nous avons déjà vu que les rois Vencel, Othon et Charobert (maison d'Anjouj étaient prétendants à la maison hongroise par droit de succession des lignes féminines de la dynastie d'Arpad, examinons maintenant les titres des rois ou des dynasties qui leur succédèrent :

Sigismond de Luxembourg était l'époux de la fille héritière du roi de Hongrie Louis le Grand, qui descendait en Egne féminine de Bêla IV (2).

Albert de Habsbourg , époux d'Elisabeth , fille unique de Sigismond (5).

Ladislas V, fils d'Albert.

(1) Voir jEnéàS SYLVTUS (Picolomini) , Epistol. LXXVHI. — Cet écrivain célèbre fat pape sons le nom de Pie II, du 27 août 4458 au 46 août 1464. Il était Tan des hommes les plus éradits de son temps. — Il a laissé beaucoup d'écrits.

(2) Parée qu'il était fils d'Elisabeth, sœur de Vencel, on Yenceslas,. laquelle épousa Jean de Luxembourg. De ce mariage naquit l'empereur Charles IV, père de Sigismond.

(3) Albert. Décret. , art, 12 : « Quod dispositio pro Serenisaima

Vladislas 1 er , Vladislas II et Louis II (Jagellons), étaient parents, par plusieurs origines, des prince* de la maison de Russie, alliée plusieurs fois avec les Arpad et aussi avec la maison de Luxembourg (1).

» Principe, Domina Elisabeth Regina, et ejus status honoris con- » servatione, ex quo est haeres hujus regni fiât; ubicunque vult in » Regno, etc. »

Confirmation de la loi : « Nos itaque huius-modi peiitionibus » ipsorum, prœlatoram, baronum, nobilinm et regnicolarum nos* » trorum, aures exaudibiles Regio cum favore inclinantes ; supra » scriptos articulos, quoad omnes suas continentias, et clausulas, » mera nostra auctoritate, et potestatis plenitudine, ex certaque » nostrae maiestatis, scientia; nec non de cousensu, et beneplacite » prœfatœ dominae Elisabeth Reginae, consortis nostrae predilectse, » praesentis literis, etc. »

(1) Après la mort de Mathias Corvinus, les ambassade ors d'Albert Jagellon (prétendant à la couronne) s'expriment en ces termes :

ce Vetustissimum suorum cumUngariae regibus necestitudinem , variasque aflinitates et cognationes enarrent, etc. »

Bonfîn. Dec. Ror. Ungariœ. Francforti MDLXXXï, pag, 661, Dec. IV, lib. X.

Loco Dicto. Les ambassadeurs de Ladislas, frère d'Albert, haranguèrent les Hongrois en ces mots :

« Si hœreditario iure dari régna soient, et nemo propria hœredi* » tate sine magno scelere defraudari potest : praefecto Vladislau- » iure suo regnum hocsibi postulabit. Etenim Vladislai régis primu » genius e sorore nepos est : et Alberti Sigismundique pronepos » abneposque; qui quidem omnes Ungariœ Bohemiseque ; partibus » optimis semper auspiciis imperarunt, interdinosque relati sunt. » Quin etiam patrui sui iure idipsum exposcit, etc. »

Alias » Ad haec, si sarcosanctus regum sanguisin regno vestro resti* » tuendus est, aut si prœstancia generis regalibus comitiis nequa- » quam sperni débet : quis iste generosior poterit offerri, etc. »

Alias pag. 664 : « Quare si interceptum sanctorum regum (id est » Arpades) olim sanguinem in Hungaria redintegrare , si assi- » milis et amicœ gentis societate instaurare, si paribus nobiscum » auspiciis, veluti ante hœc maiores nostri sœpissime factitarunt,

C'est aussi de la famille des Jagellons que les Habsbourg lorrains empruntent, par des mariages, la prétention au trône de Hongrie.

» gubernari percupitis, si vestruni dominum, a vestris regibus » editum , agnoscere , et in accitum solium restituere curatis » Vladislaum eligite, etc. »

Les Jagellons descendaient en effet d'Arpad par Geiza II et par Bêla IV.

Geiza 11. Bêla IV.

Elisabeth, mariée à * Frédéric Constance, épouse de Daniel Ro-

| de Bohême. | manow, prince de

| I Galicie.

Maria épouse Vsevolod II, Theodosie, épouse de Jargszlav,

Jaroszlav II.

Alexandre Nevszki.

Jaroszlav III.

de Russie.

fiche

Michel.

Alexandre.

Daniel.

Kalita.

André.

prince de Russie.

Ulina, mariée à Olgierd, prince

| de Lithuanie. |

Jagellon, qui, en embrassant le |

christianisme , reçut j

le nom de Vladislas et |

devint roi de Pologne. |

Il épousa . Sophie

Vladislas I er , roi de Hongrie.

Vladislas II et Louis II descendaient en outre de Sigismond. Sigismond.

Elisabeth, mariée à Albert d'Autriche, roi de Hongrie.

Elisabeth, mariée à Kazimir (Jagellon), roi de Pologne.

Vladislas II, roi de Hongrie.

Louis II, roi de Hongrie.

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