QUE VOS ANCÊTRES EN OCTROYOIENT AUX AUTRES
L'intendant du Dauphiné, M. Du Gué, délégué en 1668 par le roi pour procéder, à la recherche des faux nobles, ne savait pas ce qu'il faisait lorsque, le 25 octobre de la même année, il vérifia et admit, sans réserve, tous les titres produits par Marc-Hector de Crouy-Chanel et lui maintint les armes de Hongrie.
La Chambre des comptes du Dauphiné ne savait pas ce qu'elle disait et faisait lorsque, son procureur général entendu, elle rendit, le 29 mars 1790, l'arrêt suivant :
« Notre dite Chambre déclare que Jean-Claude et François-
)) Nicolas Chanel, ont suffisamment prouvé leur origine et leur » descendance, en ligne directe et masculine, de Félix Crouy- » Chanel, (ils d'André III.... Ordonne que lesdits titres et actes » énoncés en leur requête seront enregistrés au greffe de notre » dite Chambre, sur les originaux, qui resteront audit greffe, » jusqu'après ledit enregistrement, à l'effet de constater l'origine » et la descendance desdits Chanel et de jouir par eux et leurs » descendants en ligne directe des droit s, honneur s et privilèges » de noblesse et armoiries, et autres résultant desdits titres et » actes, suivant et conformément aux lois du royaume. »
L'empereur Napoléon 1 er ne savak pas ce qu'il disait et faisait lorsqu'en 1809 il appelait à sa cour Claude-François de Hongrie (sic), dit de Crouy-Chanel, le nommait son chambellan et l'investissait du titre de comte de l'Empire.
Louis XVIII et son ministre d'Etat, le maréchal Beûrnonville, ne savaient ni ce qu'ils disaient ni ce qu'ils faisaient, lorsque, le 8 septembre 1816, ils admettaient François-Claude Auguste de Hongrie (sic), marquis de Crouy-Chanel, au service avec le grade de Colonel dans l'arme de l'infanterie, à prendre rang du l or janvier 1814. — A cette époque, le jeune officier avait atteint, de la veille, sa vingt et unième année révolue, étant né le 31 décembre 1793. '
Le maréchal duc de Feltre, ministre secrétaire d'État de la guerre, ne savait ni ce qu'il disait ni ce qu'il faisait lorsqu'il conférait le grade de capitaine d'infanterie, pour prendre rang du 31 décembre 1799, à Claude-François de Hongrie, comte de Crouy, tout comme lorsqu'il avait contresigné, le 3 juillet 1816, le brevet de chevalier de l'ordre de Saint-Louis en faveur du jeune colonel F.-C. Auguste de Hongrie, marquis de Crouy-Chanel.
Son Excellence le lieutenant du ministère et du sacré conseil de l'ordre de Malte ne savait pas ce qu'il disait et faisait, lorsque, sur le rapport du généalogiste de l'ordre et la déclaration des membres de la vénérable commission des langues françaises, il avait reconnu le droit de porter la croix de Malte à trois
membres de la famille de Hongrie, les nobles postulants dits comtes ou marquis de Crouy-Chanel.
Le 3 et le23 février 1847,1e pape Pie IX et son princfpal ministre, le cardinal Lambruschini,ne savaient ni ce qu'ils disaient ni ce qu'ils faisaient, lorsqu'ils accordaient des lettres de grande naturalisation aux deux filles de F.-C. Auguste de Hongrie, prince et marquis de Crouy-Chanel, à cause de leur origine noble et ancienne, et qu'ils décoraient ce même Auguste de Hongrie de la croix de commandeur de Tordre de Grégoire le Grand, après enquête préalable : Quum igitur exploratum nobis sit te claro ortum génère.
M. de Broglte, allié très-proche de la famille de Crouy-Chanel, ne savait ce qu'il faisait lorsqu'il donnait son visa ou contreseing à ces diverses balles, pas plus que l'empereur Napoléon III, le duc de Malakoff maréchal Pélissier et le général Eynard, secrétaire général de la Chancellerie , lorsqu'apres nouvelle enquête ils autorisaient le prince (sic) à accepter et à porter ladite décoration (n° 106%).
Enfin, Fhonorable M. J. Langlais, l'une des lumières du Conseil d'Etat, ne sait ce qu'il dit ni ce qu'il fait, lorsqu ! après une enquête minutieuse qui n 9 a pas duré moins d'un an et seize jours, il propose au Conseil du sceau de reconnaître que M. Auguste de CROUY-CHANEL a prouvé qu'il est :
Le descendant direct et légitime des anciens rois de Hongrie;
Et émet l'avis que :
A raison de cette royale origine, il y avait lieu de l'admettre a porter héréditairement le. titre de prince.
Ajoutons pour terminer, et sans vouloir être plus explicite qu'il ne convient envers des adversaires si malencontreusement et sans doute contre leur gré, remis en avant aujourd'hui, ajoutons, dis-je, qu'il y a depuis bientôt quarante ans chose jugée par la Cour d'appel de Paris et par la Cour de cassation, qui ont maintenu à M. de Crouy-Chanel de Hongrie les" armoi* ries d* argent et de gueules de huit pièces, les mêmes que celles
QUI ONT TOUJOURS APPARTENU A LA FAMILLE descendant dl-
rectement, légitimement et par les-hommes du glorieux Arpad, l'illustre duc de Hongrie, acclamé par le vote unanime des sept tribus qui ont constitué plus tard, sous Etienne, le royaume de Hongrie.
Disons enfin que tous les hommes politiques de Hongrie savent que la demande de l'indigénat, commet descendant des rois de Hongrie, présentée, en 1844, par N. H» I. F, comte de Crouy, frère d'Auguste, fut admise par les comitata consultés et renvoyée à la Chambre des députés, qui déclara a l'unanimité moins DEUX voix, que la demande devait être agréée, comme elle le fut. officiellement; le comilat de Comorn avait même pris sa décision en ces termes: «'Non-seulement il faut » accorder l'indigénat, mais encore le droit d'avoir voix à la » diète et place parmi les nobles magnats hongrois, si ces titres » prouvent authentiquement sa royale origine; » cette royale origine, qui ne fut point attaquée dans la séance du 27 octobre 1844, lorsque la Chambre des députés se prononça a l'unanimité moins deux voix.
Mais qu'importent ces faits? qu'importent les cent deux titres ou actes qui ont été examinés par l'honorable conseiller d'Etat Langlais, et qu'il a trouvés irréprochables? — la calomnie n'en persistera pas moins à signaler la sbarra del bastardo çke aUraversa il suo blasone!
Que faire à cela, vous demanderai^, si ce n'est abandonner au mépris qu'ils inspirent à tout cœur honnête ces écrivains de peine qui avilissent leur plume par d'aussi honteuses publications?
Cette lettre est déjà trop longue; je coupe court, me réservant d'en appeler de nouveau à votre gracieuse bienveillance pour expliquer ce que sont ces procès dont on réveille le soutenir. J'ai traité ce sujet à fond, il y a plus de vingt ans; je me bornerai donc à puiser tous mes documents dans la Biographie des hommes du jour, ouvrage en 12 vol. in-4°, publié par moi de 1835 à 1843, car je date d'un peu plus loin « que 1849, » et mon nom, mêlé en 1827 aux luttes contre l'envahissement de l'Université par les Jésuite?, et en 1831-32-33-34 et 35 aux
cent quatorze procès de presse intentés au journal La Tribune, dont j'étais le rédacteur en chef, n'est pas si i nconnu que qui que ce puisse être en France, dans le monde politique ou littéraire, ne considère comme une plaisanterie charivarique de me présenter comme un apôtre des Mormons : risum teneatis.
En attendant le deuxième numéro de cette revue rétrospective, laissez-moi réclamer pour elle la publicité de vos colonnes et vous renouveler l'expression de tous mes bons sentiments.
GERMAIN SARRUT
Ancien représentant du peuple, Auteur de VÉtude historique : Les Fils d'ARPAD.
A peine cette lettre était-elle publiée que le prince de Crouy reçut de Êongrie (d'un correspondant particulier, mais non ni de M. Botka ni de la rédaction du journal) un numéro du Budapesti Szemle ; je me hâtai de faire traduire un article qui a pour titre : El-e Arpad fiaga, et protestai immédiatement contre son contenu en ces termes :
t H. Botka Tivadar a consacré quatorze grandes pages à un premier article d'analyse de mon œuvre Les Fils d' Arpad, dans le Budapesti Szemle; je lui ferai une réponse spéciale en acceptant l'épigraphe de son travail : Opinionum commenta delet dies, dès que les articles subséquents qu'il annonce auront paru, c'est-à-dire tout au moins dans deux mois. Mais je me hâte de lui déclarer qu'il prouve, dès la seconde page de ce premier article, ou une révoltante mauvaise foi (ce que je ne voudrais pas supposer de la part d'un homme remplissant une fonction publique, m'affirme-t-on), ou une inqualifiable ignorance des jugements divers qui ont été prononcés en France, et principalement à Paris par la Chambre des requêtes de la Cour de cassation, le 25 février 1823. Pourquoi y fait-il allusion s'il n'a pas les termes de ce dernier arrêt sous les yeux? Et s'il l'a lu,
comment espère-t-il échapper à la seule réplique qu'on puisse lui faire : Vous mentez par insinuation, ce qui est le moins loyal de tous les mensongeb, car vous savez que vous mentez.
» De tous les procès soutenus par la famille de Crouy-Chanel de Hongrie, n'importe en quelle qualité, il est toujours résulté qu'ils ont été seuls maintenus en possession des Armes de Hongrie comme étant leur propriété patrimoniale et héréditaire, et ce à l'exclusion de tous autres.
» Qu'attendre du travail d'un homme qui est ainsi pris, dès les premiers mots, en flagrant délit de mensonge par insinuation ou d'ignorance, et d'ignorance volontaire?
» Il faut espérer que, dans son prochain article, M. Botka se montrera traducteur fidèle des actes qu'il voudra bien citer en faveur de son système. Jusqu'à présent, il nous paraît plus fort en arguties qu'en histoire, laquelle ne dément pas ce qu'il nomme les visions du 7)ante, qui sont parfaitement d'accord avec l'histoire rimée, mais très-vraiment historique d'Horneck, et les termes de la fondation pieuse de Marguerite de Sicile, que je recommande aux méditations sérieuses de M. Botka. »
A cette première protestation contre la publication de M. Botka, je dois ajouter aujourd'hui quelques mots pour protester encore contre le contresens grammatical qu'il a commis dans son appréciation de l'acte de Brastole. Un écolier de quatrième serait réprimandé sévèrement si, ayant à traduire les passages où il est dit : ipse dominus, ipsum dominum, il disait : le même seigneur. Ici l'ignorance ou la mauvaise foi de M. Botka se révèlent avec une naïveté audacieuse; toute la contexture de l'acte de 1279 indique qu'il faut lire que le seigneur Félix contracte ipse, lui-même; il est venu de sa personne, il n'a pas envoyé un fondé de pouvoirs; il a voulu qu'en ces temps de guerre les engagements , les
pactes, les usages soient écrits, afin 'âge ses successeurs aient à s'y conformer et ne paissent pas les éluder, comme cela pe fait pour è$ qui n'est pas èm%^{Mmime belli tçmporibus [jura, pacta, et qUa non fmpt^Mmf^ugia qwrh<„. mpe delwa fiant). — Ce latin fc'est pèls si barbare qu'on ne puisse le comprendre ^t traduire parfaitement, et il est si peu vrai que ce soit le même Crouy-Chanel que celui de 1260, que le notaire a le soïix de le désigner, indiscutablement, comme nouv«au ; moderne propriétaire ; ip8ç dQminwCrawy-Chanelis, wopprwjs; et plus loin il le fait jurer lui-même, après avoir donné la poignée de main aux représentants des paysans. {Et Juravit, ipse dominus Crouy-Chanelis adsamfa Dei evangelia inde per euv, cqrporàliter, manu taçta) -~- ijui-même, pà& wi-même, corporiel^ment. — En vérité, on a honie de discuter avec un écrivain de la force de M, Botka en fait d'impudence et drmftwajse foi.
Que voulez^vious? l'écrivain Botka est avocat, et il plaide dans l'intérêt det la maison d'Autriche ; — sonaèle le grandit jusqu'à la traduction infidèle et lui fait perdre le soujci de sa propre dignité t
Depuis lors de nouvelles attaques se sont produites avec un cynisme de mauvaise foi et de perfidie à , r donner à regretter de n'avoir pas affaire aux bravi et aux spadassins du moyen âge»-:
Pour moi, je ne cesserai de dire et de redire aux Botka de tout rang, de toute intelligence et de tout étage:
Ou depuis Félix de Hongrie, depuis 1279, tous les membres de la famille sont de» faussaires de père en filas
Ou Jes obits sont faux,
Les donations fausses,
Les contrats de partage et de mariage menteurs ;
En un mot, ou tous les actes produits depuis cinq siècles doivent être argués de faux, ou l'état des fils directs d'André III est absolu.
Or, ces actes que nous invoquons (en dehors des actes privés, actes de partages, de mariage, testaments, donations de famille, jugements d'assises en 1290, etc., etc.) se trouvent conservés dans troi6 registres : i° dans le sixième volume des cartulaires, pages 35, 103, 104, 117, 129, 131, 153; 2° dans le registre nécrologe, coté au dos 35, pages 12, 15, 167, 191, n° xviii, du mois de juin ; 5° dans un registre grand in-folio, en parchemin, étiqueté au dos Necrologium, pages 5, 58, n° xix du mois de juin ; dans le même recueil, page 500, page 5, deuxième partie.
Il faut donc admettre, je le répète, que la famille de Crouy-Chanel a fabriqué les trois actes de 1279 et 1282; il faut aller jusqu'à soutenir qu'elle a aussi falsifié , non pas un registre, mais trois registres d Amiens, en y insérant frauduleusement six pièces.
Il faut aller plus loin encore, il faut soutenir qu'elle Ta f&flT sans motif, une première fois en inventant les actes de 1282, dont elle n'avait pas besoin, puisqu'elle jouissait du bénéfice de l'arrêt du 26 mars 1790; une seconde fois bien plus
inutilement encore, en inventant les six actes contenus dans les registres d'Amiens, puisque ces actes n'ont figuré dans aucune des deux instances de 1790.
Arrêtons-nous devant l'absurde , redirai-je encore.
La fraude eût été trop savammeut organisée;
Elle serait l'œuvre de trop de générations et de trop de complices ;
Elle aurait exigé trop de dépenses pour être même vraisemblable.
Mais si ces actes sont faux? me dira-t-on.
C'est ce mot que la famille de Crouy-Chanel attend depuis soixante-douze ans, et qui ne lui a jamais été officiellement répondu par aucune autorité ayant droit, par aucun écrivain osant signer son œuvre. — Bien loin de là, dans cette période de soixante-douze ans, leurs droits à se dire descendants d'Arpad et a