CHAPITRE PREMIER
« Ut quandiu vito duraret tam ipsis quam etiam posteris suis sempcr du— •« ceni haberent deProgeniæ Almi (Arpad) •• ducis. »
Anonyme, cap. VI.
Lu Nation hongroise est la famille la plus remarquable de la grande famille des peuples qui parlent les langues d’Ural- Altaï ; la tradition la dit issue de la partie nord-est de l’Asie, et les vieilles légendes parlent de ce berceau de la nation comme de la terre mystérieuse des dragons et des griffons.
Les annalistes désignent la terre de Evilalh, voisine de la Perse, comme la patrie primitive
des Hongrois ; les écrivains grecs et arméniens les désignent à cette époque sous le nom de Euthalita (1). Ils se rendirent célèbres par des guerres sanglantes contre les Sassanides.
Plus tard, nous les trouvons sous le nom de Iluns, alliés de l’empereur Héraclius contre Kozrues, roi des Perses.
Dans le VII e siècle, pressée probablement par les armes victorieuses de l’Islam, une partie de ce peuple émigre et vient s’établir dans les plaines fertiles au confluent du Terek et de la Kuma, au pied du Caucase, ayant pour voisins les Uz et les Bissenis (Pecsenegers), peuples d’origine commune avec eux.
Les ruines de la ville « Madzar », situées sur la rive gauche de la Kuma, attestent leur séjour dans ces contrées.
Une autre partie de la nation se jeta dans la Bascardie (2), située sur les bords de l’Irtis, du Volga (Àtliel) et de l’Oural, où elle fit alliance avec les Kazars, dont l’origine primitive était commune avec la leur ; mais toujours en lutte avec les divers peuples qui débordaient de l’Asie sur l’Europe, les fils des Huns abandonnèrent cette patrie passagère
(1) Voir Constantinus podpherigenitus: Zabar-theopbalitcs.
(2) Les Baskirs.
et portèrent leurs tentes en Europe dans les pays situés entre le Don, le Dnieper et l’Igul.
Tous ces fils des Huns réunis formaient une espèce de confédération républicaine composée de sept tribus, ayant chacune sa constitution propre et son chef indépendant; toutefois la communauté de religion et d’ origine, comme aussi un passé commun, liait ces sept tribus entre elles.
Les événements démontraient de plus en plus que ces liens étaient impuissants à maintenir l’harmonie entre les tribus. Encore quelques excursions isolées, quelque guerre sanglante, quelque lutte intestine entre les divers chefs de la confédération, et le nom des Magyars disparaissait dans ce cahos de l’émigration des peuples.
En présence de ce péril, le kan des Kazars, uni aux Hongrois par une étroite et sincère alliance, envoya des ambassadeurs aux chefs de ce peuple, les invitant à concentrer l’au- . torité suprême sur un chef commun et leur proposant pour cette dignité Eldod (Leped)
mais Ei.dod déclina cet honneur en
faveur d’ARPAD (selon plusieurs écrivains d’ALMus ou Almos), fils du sage Almos et petit-fils de l’héroïque Ug-ek, chef de la plus nombreuse tribu de la confédération des Magyars et le personnage le plus distingué de
la noble et puissante famille Turul, qui rivalisait de puissance et d’influence avec Eldod.
La nation trouvait en Arpad, outre un excellent guerrier, un capitaine expérimenté et un habile politique. En outre, la tradition le faisait descendre d’Attila (1); des prophéties onirocritiques (2) faites par les prêtres (tatos) à l’occasion de la naissance d’Almos donnaient à ce choix comme un cachet religieux, et chacun reconnaissait qu’ Arpad pouvait seul fonder l’unité et avec elle la grandeur future de la nation.
La proposition d’Eldod fut donc accueillie avec une grande faveur et la plus chaleureuse sympathie. Arpad fut élevé sur le bouclier d’Almos et proclamé chef suprême de la nation entière. Alors les chefs des tribus et les pères ou chefs de famille tirant du sang de leurs
(!) Scriplor. Rer. Hung. Vindobon. 1746. Anonymus Bêla Reg. Notar. cap. V. « Tune elegerunt sibi quaerere • terrain Pannoniae, quam audiveranl fama volante ter- « ram Attilae regis esse, decuius progeniae dux Almus • « pater Arpàd descendent. »
(2) Ugyanott, cap. 111. * Sed al> e venin divin» est no- « minatus Almus, quia malri (Emeso) eius pregnanti per « somnium apparuit divino viso in forma asturis, quae « quasi veniens eam gravidavil. Et innotuit ei quod de « utero eius egrederelur lorrens, et de lumbis eius re- « ges gloriosi propagarentur. »
bras et le mêlant à du vin renfermé dans un calice le vidèrent ensemble, comme symbole de leur unité future et de leur fidélité au serment qu’ils prêtèrent simultanément (1) :
1° De choisir leur Duc de la famille d’Arpad.
2° De partager les terres conquises en commun entre tous les membres de la nation.
Par l’article 3 de ce pacte les chefs de tribus qui avaient élu Arpad ne pouvaient jamais, eux ou leurs descendants, être exclus du conseil du duc et du gouvernement de la nation.
Par les articles 4 et 5, les contractants déclaraient que si jamais l’un de leurs descendants osait rompre le lien de fidélité qui Punissait au duc, provoquait ou aidait à provoquer la discorde parmi les chefs des tribus, son sang devait être versé comme ils versaient leur sang en prêtant serment dans les mains d’Arpad.
Une malédiction suprême et l’exclusion de la nation étaient réservées h celui qui violerait ce serment.
La Hongrie se trouvait ainsi constituée souverainement ; cette constitution nouvelle ne tarda pas à porter ses fruits par la conquête ou l’annexion de l’Atelkôz (constituant aujourd’hui le territoire de la Moldavie et de
(!) Même auteur cité précédemment, cli. VI.
l’Ukraine), et peu après par celles de la patrie actuelle des Hongrois.
Unis par un centre commun, les fils de la même famille cessèrent de se diviser, la nation ne fut plus affaiblie par des émigrations successives, comme il était arrivé jusqu’alors; loin de là, elle ne tarda pas à se renforcer par l’annexion des Kabars (Palocz) et enfin par celle des restes des Huns d’Attila, qui vivaient comme resserrés dans les montag-nes de la Transylvanie.
Ces derniers acceptèrent le pacte fondamental de la constitution de leur nouvelle patrie, les gravèrent sur des tables de pierre, et nommèrent Arpad leur chef suprême (Rabonban).
Alors Arpad, fort de la confiance de toute la nation, ordonna une assemblée générale à Pusztaszer, dans laquelle eut lieu le partage des terres; consolidant ainsi les titres et droits des propriétés individuelles. La nation réunie, officiellement, confirma de nouveau les cinq articles du pacte fondamental, et les proclama une seconde fois loi fondamentale de l’empire.