CHAPITRE II
Toutefois à la mort d’Arpad la Hongrie se trouva dans une situation très périlleuse ; en opposition avec toute l’Europe et principalement l’Europe occidentale, par leurs coutumes, leur langue, leur origine, leurs mœurs et leur religion, qui n’était autre qu'un assemblage de diverses formules du paganisme asiatique, les Hongrois se trouvaient d’autant plus isolés qu’ils avaient rompu toute communication avec leur patrie originelle, sans trouver aucune compensation dans leur situation nouvelle.
La Hongrie représentait une masse entourée de tous côtés par des ennemis, protégée, il est vrai, au nord, à l’est et au sud par des chaînes de montagnes, mais ouverte à l’ouest aux agressions de ses plus acharnés adversaires, les Allemands, et en outre mal protégée par les chaînes de montagnes du nord, de l’est et du sud, ses enfants passant la plus grande partie de leur existence à cheval.
Remarquons, en outre, que la nouvelle patrie
formait une agglomération des éléments les plus divers. — La Hongrie actuelle constituait, avant son organisation sociale par Àrpad et avant ses conquêtes, dix Etats divers, ce qui, il est vrai, avait facilité la conquête, mais augmentait les difficultés de maintenir cette nouvelle agglomération sous une législation commune et dans un ensemble unitaire.
La Bulgarie, la Moravie, la Russie, l’Allemagne et l’empereur de Bysance, à la suzeraineté desquels ces divers petits Etats avaient été soustraits, crurent l’occasion favorable pour venger l’outrage qu’ils avaient reçu ; la guerre devenait donc imminente de toute part ; les Magyars comprirent la difficulté de leur situation; ils renouvelèrent le serment de fidélité au pacte national dans les mains du jeune Zoltan, et préférant l’offensive à la défensive, ils portèrent au dehors le théâtre de la guerre.
Ces terribles campagnes sont écrites en caractères de sang dans les fastes de notre patrie. En même temps que l’Allemagne entière tremble sous les pas de nos pères, la bannière ducale ornée du faucon franchit les Alpes et vient flotter sous les murs de Capoue, pendant que Botond, le hardi et vigoureux capitaine, brise avec sa masse d’armes les portes de Constantinople. Toutefois cette série de succès épuise les forces vives de la patrie, et
les malheureuses journées de Mersebourg et d’Augsbourg (955) jettent l’alarme dans l’esprit de nos plus vaillants soldats. Dans ces douloureuses circonstances le génie d’Arpad ne leur fit point défaut; ils firent face aux grandes pertes des grandes guerres par des colonies appelées de l’étranger; ils organisèrent la défense de la patrie, cherchant par une politique sage et médiatrice à reconcilier avec les Hongrois les peuples primitivement conquis et annexés, leur accordant les droits nationaux, tout en les laissant s’administrer eux-mêmes, conformément à leurs lois et à leurs coutumes ; constituant, en un mot, en politiques habiles, cette puissante Confédération Danubienne que la postérité connaît seulement sous le nom de V Antique Royaume Hongrois.
Mais tous les efforts de Zoltan et de Taksony (Toxun ou Toxis) étaient vains, tant que l’Europe chrétienne n’avait point accepté et reconnu l’institution de cette nouvelle nation dans son sein et établi des relations régulières et amicales avec ses chefs ; et il ne paraissait point possible d'atteindre ce but en dehors de la conversion à la foi chrétienne, seul moyen efficace à une époque où la Cour papale disposait du privilège, en quelque sorte exclusif, de représenter le droit international. Taksony comprit cette pensée, et dans les dernières
aimées du X e siècle (972-997) son dis Geyza était initié au christianisme par le baptême.
En 985, l’empereur d’Allemagne s’engageait contractuellement à donner pour épouse une fille de sa famille a Vaik, fils de Geyza, lorsque celui-ci aurait adopté la foi chrétienne. Vaïk se fit instruire dans les dogmes du catholicisme et reçut le baptême, en 994, sous le nom d’ETiENNE. Deux ans plus tard, il épousa Lizella, fille de Henri de Bavière ; dès lors la famille des Arpad était reconnue en Europe et l’autonomie de la Hongrie acceptée par les cours étrangères.