CHAPITRE VII
Parcourant donc l’histoire de l’hérédité de la couronne de Hongrie depuis plus de huit siècles et demie, nous voyons qu’à l’exception de deux rois — Mathias Corvinus et Léon Zapolya — tous ont basé leurs prétentions à la couronne sur le droit de descendance d’Arpad, que j’appellerai le sang fondamental.
Nous voyons que les Hong*rois ont constamment exigé de leurs rois cette descendance d’Arpad; que cette exigence est fondée sur les articles 1, 4 et 5 du contrat fondamental ou d’investiture de l’autorité suprême en faveur d’Arpad et de son sang (1); articles confirmés par le suffrage universel sous André I er , principalement l’article l (>r , qui dit expressément que le duc ou chef de la na-
(1) Comme par l’article 3, les chefs des tribus ne pouvaient jamais être exclus des conseils du monarque et du gouvernement de la nation. Article fondamental de l’institution des Magnats.
tion devra toujours être élu de la famille d’Arpad.
On peut enfin se convaincre que cet antique droit relatif à l’hérédité de la couronne est toujours en vigueur, malgré la sanction pragmatique, et qu’il est même reconnu par la dynastie des Habsbourg-Lorrains , puisqu’il est constamment rappelé en ces termes:
avec approbation, « quod præter ab antiquo deductam hæreditariam regiam successionem » (1).
Disons aussi que pas un droit public hongrois n’a osé jusqu’ici méconnaître ou mettre en doute ce droit.
Mais si la descendance féminine d’Arpad est déjà un titre, disons mieux, un droit au trône hongrois, comment prétendre que les descendants directs et masculins peuvent être exclus.
Est-ce qu’il existe une seule loi nationale qui les ait bannis du trône ?
Est-ce peut-être que le temps aurait prescrit leurs droits ?
En un mot, qu’est-ce qui appartient à ces descendants masculins et directs d’Arpad, et à quoi peuvent-ils prétendre légalement en Hongrie ?
Non, certes, aucune loi n’a frappé de pro-
(I) Corpus Juris Umujariae.
scription les descendants masculins du vénéré Arpad, et nous avons honte nous-même d’avoir posé cette question.
Disons aussi que les droits royaux ne prescrivent jamais, quand ils sont la base de la constitution, c’est-à-dire, des droits de la nation.
Les raisons pour lesquelles ces fils d’ Arpad n’ont pas fait valoir leurs droits, s’expliquent suffisamment par la position exceptionnelle dans laquelle ils se sont trouvés placés, par la violence des événements qui les ont privés de la couronne, et par l’isolement et la compression dont ils ont été victimes.
Redisons-le : en peu d’années André, fils d’Etienne Y, Thomassine Morosini, l’ intrépide veuve d’Etienne le posthume, Félix et Marc ses petits-fils, Ladislas IV, André III meurent frappés par le fer ou victimes du poison. Les plus énergiques patriotes ont éprouvé le même sort; Rome et Naples ont soudoyé les meurtriers; la révolte, suscitée par l’argent de l’étranger, laisse de jeunes enfants, placés sous la protection meurtrière de la maison d’Anjou, dans l’impuissance de se produire.
Charles est tout à la fois leur tuteur et leur geôlier pendant que son fils Charobert s’assure la possession de leur couronne ; une
seule femme dévouée. Aune, la sœur de Félix et de Marc, la fille d’André, eût pu faire entendre sa voix en faveur de ses neveux ; elle est enlevée et enfermée jusqu’à la mort dans un cloître qui garde sa tombe.
Pendant ce temps, la patrie se débat dans les angoisses de l’anarchie.
Comment plus tard les fils d’Arpad auraientils pu en appeler à la nation, alors qu’ils étaient sans appui, et que la patrie, sans cesse occupée, ainsi que je l’ai dit, à repousser les hordes turques , avait compris la nécessité d’agrandir ses forces par le protectorat d’une puissance étrangère? L’abnégation des descendants masculins d’Arpad fut une noble vertu patriotique.
Pendant qu’ils souffraient toutes les douleurs de l’isolement, des souverains étrangers se disputaient les splendeurs de la couronne de saint Etienne. Oh! n’en doutons pas, si à l’époque des grandes assemblées l’un de ces fils de Félix fût sorti de sa retraite et en eût appelé à la nation, la nation ne serait pas restée sourde à sa voix, car la Hongrie n’a jamais oublié qu’elle est redevable à Arpad et à ceux de son sang, de l’institution de la patrie, de sa religion , de ses lois , de ses mœurs et de ce qu’elle a eu d’indépendance.
Plus la patrie a souffert pour son indépendance, plus elle eût fait acte de justice, en
se conformant, dans une élection royale, au pacte fondamental et aux prescriptions légales d’après lesquelles la préférence est due aux plus proches descendants d’Arpad (1). Selon l’esprit de ces lois, les descendants directs masculins d’Arpad auraient toujours eu et ont toujours le premier droit sur le trône hongrois, d’autant plus que ces droits ne peuvent prescrire (2), les élections des rois hongrois demeurant fondées sur le droit de descendance d’Arpad; ainsi, parmi les Ja-
(1) U convient de rappeler que Sigismond ne put faire accepter sa dynastie, parce que les Anjou et les Jagellons étaient plus proches issus d’Arpad ; nous lisons dans la Chronique de Turoei que les partisans de la Maison d’Anjou appelèrent ces princes à régner sur eux, parce qu’ils restaient ainsi davantage dans l’esprit de la loi fondamentale.
(2) Cette appréciation ne petit être contestée, principalement en Hongrie, car nous lisons (Corpus Juris ): Triparlilum Juris Consuetud. prol. p. 1, tit. 79, que le droit possessions des prisonniers à l’étranger et des exilés, les descendants de ces prisonniers restant forcément à l’étranger, ne pouvait jamais prescrire.
Nous trouvons enlin dans le même ouvrage, l rr partie, lit. 48, p. 5, ces mots sacramentels dans les successions et partages entre consanguins et condivisionales : pre-
SCRIPTIO ISUMQUAM ADMITTITÜR.
— -iÜ —
gelions , Vladislas I er faisait valoir ce droit après un demi-siècle et Vladislas II après un siècle et demi.
Dans ces diverses circonstances, la nation ignora donc l’existence des descendants directs et masculins d’Arpad, quand elle reconnut les droits des descendants en ligne féminine ; elle crut cette dynastie éteinte jusqu’à l’époque ou parut, dans le siècle passé, une brochure qui révélait l’existence de la lignée masculine d’Arpad vivant en Dauphiné (France) sous le nom de Crouy-Chanel.
L’ineffaçable vénération qui n’avait pas cessé d’exister dans le cœur de la nation pour la dynastie d’Arpad, éclata par l’émotion que causa la brochure de Koppi, tout incomplètes que fussent ses recherches.
Depuis lors, le pays a eu à exprimer ses sentiments, et un premier témoignage de souvenirs a été donné à cette illustre famille, disons mieux, à cette famille vraiment nationale.
En 1844, M. le comte Henri de Crouy- Chanel, frère puîné du chef d’armes actuel de la famille, le prince Auguste, saisit la Diète de Hongrie d’une demande de reconnaissance de ses droits à l’indigénat, en sa qualité de descendant des anciens rois de Hongrie.
Cette demande, portée d’abord aux divers comitats, et plus tard déférée aux députés, fut accueillie par eux, dans la séance du 27 octobre 1844, et ils décidèrent à V unanimité moins deux voix , que l’indigénat devait être accordé à M. de Crouy-Chanel ; le comitat de Coniorn avait même pris sa décision en ces ternies : « Non-seulement il faut accorder « l’indigénat , mais encore le droit d’avoir
voix à la Diète et place parmi les nobles « magnats hongrois, si ses titres prouvent « authentiquement sa royale origine » ; cette royale origine ne fut point attaquée dans la séance du 27 octobre 1844, lorsque la Chambre des Députés se prononça à l’unanimité' moins deux voix.
Les comitats et la Diète rendirent ainsi, par ces décisions, à la famille sa nationalité et affirmèrent la reconnaissance de sa descendance.
C’est qu’aujourd’hui cette descendance est établie par des pièces probantes incontestables (1) et appuyée de la reconnaissance de plusieurs souverains, qui donnent au chef d’armes de la famille le titre de prince de
(t) Voir pour les pièces probantes l’ouvrage intitulé : Les Fils d’Arpad , par Germàin-Sàrrut , ancien représentant
veraine (2), qu 1 c0 , nrmes de Hongrie,
T OTr ,!Æo»S des lan <h s
et par la vêneraDie Mnlte QU i accorde
françaises de 1 ovà . ' on t adressé
aux membres de la femUle ^ du m ,
la demande a S. • n ^ es bulles nénistè re et de dévotion
cessâmes à 1 effet de p héréditaire
de l’ordre, selon ÿw ■*«* . pt enfin
comme descendan s Joseph lui-même (4) par l’empereur Françoisjosepn ^ ^ fami u e
qui, en autorisant deux " Malte, s’ex-
^« ta r!SSi*l 8-U* PRÉBO-
e TUf“ E la nation, rendue à son
(1) Diverses Bulles ^ is °\v ml’cUi" in extenso crets de Napoléon 1 et de Lou.s XMH,
dans les Fils d’Arpai. de )a Cou r de Paris
(2) Voir même ouvrage, A
et de la Cour de Cation. üflcalWe9 .
(3) Voir meme ouvrage. ^ l ives du 9« régi*
(4) Voir même ouvrage et les Al «•“' ment de Lanciers impérial et royal, n 4i».
indépendance et à sa liberté, est appelée à pourvoir à la vacance du trône, qui donc aura droit à la première candidature, si ce ne sont les descendants en ligne directe et masculine de St. Etienne, LES FILS 1VARPAD?
Au moment où je mettais ce travail sous presse, j’ai reçu de M. Germain Sarrut, Fauteur de l’étude historique : Les fils d‘Arpad, une lettre déjà publiée par le journal de Turin les Nationalités. M. G. Sarrut se plaint énergiquement des platitudes et infamies répandues contre les descendants d’Arpad par de malheureux écrivains, forbans du monde littéraire, dont la plume est trempée dans les boues de la calomnie, et résume en un travail historique des plus rapides comme aussi des plus lucides les titres de ces princes. Je ne
PRIÉTÉ PATRIMONIALE ET HÉRÉDITAIRE, et Ce
à l’exclusion de tous autres.
« Qu’attendre du travail d’un homme qui est ainsi pris, dès les premiers mots, en flagrant délit de mensonge par insinuation ou d’ignorance, et d’ignorance volontaire?
« Il faut espérer que dans son prochain article M. Botza se montrera traducteur fidèle des actes qu’il voudra bien citer en faveur de son système; jusqu’à présent il nous paraît plus fort en argutie qu’en histoire, laquelle ne clément pas ce qu’il nomme les Visions du Dante qui sont parfaitement d’accord avec l’histoire rimée, mais très-vraiment historique, d’Horneck et les termes de la fondation pieuse de Marguerite de Sicile que je recommande aux méditations sérieuses de M. Botza. »