RÉSUMÉ
Nous venons de résumer et de commenter toute la législation ot toute la jurisprudence relatives aux bibliothèques publiques. Nous avons signalé les lacunes et les défectuosités de celte législation ; nous avons montré les conflits qui pouvaient et devaient nécessairement se produire quelquefois à l’abri d’une législation vicieuse. Nous avons, enfin, en plusieurs endroits de notre travail, émis le vœu qu’une future loi réglemente dans toutes ses parties l’important service des bibliothèques communales, populaires et autres.
Il ne nous reste plus qu’à grouper successivement plusieurs vœux que nous recommandons à l’attention particulière des bibliothécaires et des municipalités.
1° Nous voudrions que les bâtiments affectés aux bibliothèques fussent complètement isolés et construits de telle sorte, que, en cas d’incendie, le feu ne puisse communiquer d’une salle à une autre salle.
>0 Nous voudrions que la salle principale fût spacieuse, et que, autour d’elle, convergeassent d’autres salles plus petites, correspondant, autant que possible, à chacune des grandes divisions de la science bibliographique.
3° Nous voudrions spécialement qu’une de ces petites salles fût réservée aux écrivains locaux ; une autre à l’exposition permanente des produits les plus remarquables de la xylographie, de la typographie, de la lithographie, du clichage, etc.
4« Nous voudrions aussi que la grande salle fût ornée des bustes en marbre, ou au moins des portraits peints ou gravés des célébrités et notabilités locales.
5° Nous voudrions aussi que les manuscrits et les objets les plus précieux de ces dépôts fussent renfermés dans des meubles construits de telle façon, qu’en cas de sinistre, on puisse en opérer facilement le sauvetage.
61 Nous voudrions, enfin, que, partout, le bibliothécaire logeât le plus près possible des livres dont la garde lui est confiée.
Nous trouvons dans la Correspondance de Napoléon Ier, sous la date du 6 février 1805, une lettre relative à la Bibliothèque impériale. Elle nous semble mériter d’être reproduite :
« Le Ministre de l’Intérieur est invité à veiller à ce que le fond spécial accordé à la Bibliothèque impériale pour l’an XIII soit employé à acheter tous les bons ouvrages français qui ont paru depuis 1785 et qui manquaient à la collection.
« Beaucoup d’autres ouvrages anciens ou modernes y manquent également, tandis qu’ils se trouvent dans les bibliothèques publiques de Paris et des départements. Il faudrait en faire dresser l’état, et les faire prendre dans ces établissements, auxquels on donnerait en échange les ouvages qu’ils n’ont pas, et dont la Bibliothèque a des doubles. Il doit résulter de cette opération, si elle est bien faite, que, lorsqu’on ne trouvera pas un livre à la Bibliothèque impériale, il sera certain que* cet ouvrage n’existe pas en France.
« Le déplacement des objets à tirer des autres bibliothèques pour l’exécution de cette mesure, ainsi que celui des livres à donner en échange, n’aura lieu que lors de l’établissement définitif de la Bibliothèque au Louvre. »
Si, par suite de la complète organisation administrative de la France, le vœu de l’Empereur n’est plus réalisable, au moins faut-il désirer que les conservateurs de nos grands dépôts littéraires s’inspirent de sa noble pensée, et s’efforcent de combler au plus
tôt les vides, souvent si regrettables, qui existent encore dans toutes les séries.
Le libraire François, parlant en 1863, dans son Chasseur bibliophile,, de livres que la ville de Valenciennes allait faire vendre aux enchères, s’exprimait ainsi :
« Nous désirons que cette mesure trouve des imitateurs et que les villes qui possèdent des doubles les fassent également vendre aux enchères publiques, le plus sûr moyen d’en retirer un parti avantageux.
« Formons aussi des vœux pour que le produit de ces ventes serve à d’autres acquisitions, et remplisse les lacunes regrettables que l’on remarque dans presque toutes les bibliothèques de province. N’est-il pas temps, d’ailleurs, que les villes sortent de leur engourdissement à l’égard des dépôts publics, et trouvent les moyens de donner à ces dépôts une nouvelle vie, plus en rapport avec les progrès des lumières, en y introduisant des ouvrages indispensables pour les besoins de beaucoup de localités ? — Nous ajouterons que cette méthode de vendre les doubles est, selon nous, la plus prompte et la plus lucrative, lorsqu’elle est faite avec discernement, et qu’elle est bien préférable aux échanges entre les bibliothèques de diverses villes, mesure qui entraîne des longueurs de tous genres, et dont le résultat ne satisfait personne.
« C’est là encore un vœu que nous émettons de tout cœur. »
Nous ajoutons même que nous voudrions que ces ventes ne puissent avoir lieu qu’à Paris, seul et unique bazar du bric-à-brae pour les livres et pour les curiosités de tous genres.
Un jour , le 1er août 1862 , à la séance publique annuelle de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le très-savant M. Alfred Maury, rapporteur de la Commission des Antiquités de la France , dut faire ce navrant exposé :
« Le concours de cette année et celui des années précédentes nous montrent que les érudits de nos départements participent dans une mesure fort inégale au mouvement général des études hislo-
riques. On a depuis un quart de siècle singulièrement accéléré les moyens de locomotion, mais la science semble ne pas avoir profité de ce progrès. Les découvertes de l’archéologie ne se propagent que lentement. Bon nombre d’années s’écouleront encore avant que les principes de la méthode scientifique, que l’habitude de ne traiter un sujet qu’après en avoir reconnu toutes les avenues, soient entrés dans la circulation universelle, avant que les travaux des maîtres s’imposent aussitôt qu’ils se produisent. »
Et il ajoutait :
« On réussit souvent à bien connaître une ville ou une époque dans laquelle on se cantonne ; mais, faute d’avoir embrassé dans ses études ce qui se rencontre dans le pays voisin, à l’âge antérieur, on se laisse entraîner à des généralisations hasardées; on se méprend sur les styles; on s’égare dans l’appréciation des causes. — Quand on jette les yeux sur les citations placées au bas des pages de tant de livres et de manuscrits, on s’aperçoit que les auteurs ne sont pas familiarisés avec les autorités qu’ils invoquent ; qu’ils en ignorent les meilleures éditions ou n’en n’ont pas toujours consulté les originaux. »
Cette insuffisance notoire des ouvrages historiques et littéraires entrepris et exécutés en province tient à une cause unique : à l’ignorance où sont beaucoup d’écrivains, qu’il a déjà été publié, soit en France, soit à l’Étranger, des travaux analogues, et souvent supérieurs aux leurs. Des connaissances bibliographiques étendues sont donc indispensables à qui veut savoir bien et beaucoup. — « Connaître ses auteurs, n’est- ce point, en effet, le secret de toute science ? D’où nous concluons à la nécessité de créer des cours sérieux de bibliographie.
Projet de Règlement d’une Bibliothèque communale.
On lit dans la préface du Dictionnaire des Formules , de M. Paul Dupont :
« La rédaction des actes les plus simples en apparence demande souvent beaucoup de temps et de travail aux administrateurs, même les plus expérimentés, parce qu’il faut consulter préalablement la législation qui s’y rapporte et remplir les nombreuses formalités qu’elle a prescrites. »
Cette observation est très-exacte. Nous avons même constaté que presque tous les règlements des bibliothèques communales sont incomplets, informes, ou renferment des dispositions contraires aux lois. Nous avouons aussi ne pas en avoir rencontré un seul qui fût satisfaisant. Les projets de règlement donnés par « la Société Franklin , » et par les savants rédacteurs du « Dictionnaire des Formules, » sont également défectueux. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, ce dernier modèle attribue au Comité le droit de nomination du bibliothécaire, droit qui n’appartient qu’au Maire.
La Société Franklin, de son côté, propose d’établir une amende de 5 à 10 centimes par semaine de retard contre tout lecteur qui n’aurait pas rapporté son livre à l’expiration du délai fixé, et cette clause a été insérée dans plusieurs règlements. Mais, outre que cette pénalité me paraît peu convenable, je ne vois pas de quelle façon l’on pourrait contraindre un lecteur, dont l’abonnement n’est
point expiré, à payer une amende. Qu’on lui rappelle, itérativement s’il le faut, qu’il a dépassé le délai de rentrée du livre -, qu’on le lui envoie chercher, si le livre est demandé ; qu’à l’expiration de l’abonnement on refuse de le lui renouveler, s’il est habituellement négligent , je le comprends , mais je ne ‘crois pas qu’un comité puisse décemment infliger des amendes pour ces sortes de choses, et légalement les faire recouvrer.
En présence de ces inexactitudes, nous avons emprunté aux nombreux documents que nous avions réunis les dispositions qui nous ont paru devoir être les plus nécessaires à introduire dans un règlement général. Du tout , nous avons fait un ensemble , qui , longtemps élaboré, est devenu le projet que nous soumettons ici humblement aux intéressés. Nous avons eu déjà la satisfaction de voir ce projet adopté en entier par plusieurs administrations municipales.