UNE ORDONNANCE DE TRONCHIN
— Toujours un trait contre les médecins.
En santé, nous disons : ce sont des assassins,
Des charlatans, et cent fois pis encore:
Qu’un mal léger menace nos destins.
Ce sont des dieux, on les adore.
Savez-vous, mon ami, l’histoire de Tronchin?
— N’était-ce pas un fameux médecin?
— Précisément ; or, voici cette histoire,
Elle est très authentique, et vous pouvez m’en croire : Un riche commerçant périssait de langueur.
On appelle Tronchin. Aussitôt le docteur (Des vrais docteurs le modèle et le type)
Du mal, avec grand soin, recherche le principe,
Se recueille un moment, puis écrit un billet,
Qu’en s’en allant, au malade il remet:
Il avait deviné l’état de ses affaires
Dès les premiers instants;
Et c’était un mandat de deux cent mille francs Tiré sur un de ses notaires.
Le médecin avec un tel secours Sauve du commerçant et l’honneur et les jours, Le rend à sa famille, à l’État, à la vie :
Voilà pourtant ceux que l’on calomnie!
La Guerre des Médecins,
Poème par un Malade.