‹ Les drôleries médicalesChapitre 106 sur 133 · AVIS AUX MAL MARIÉES · texte numérisé non relu

AVIS AUX MAL MARIÉES

Si monsieur est empêché, que madame récite avec lui la petite oraison qui suit :

Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant et de la bienheureuse vierge Marie miraculeusement fécondée par l’opération du Saint-Esprit, verbe Dieu et chair, nous implorons votre miséricorde afin que vous nous délivriez de tout empêchement et maléfice du démon, et nous donniez faculté d’engendrer, concevoir et nourrir des enfants pour la vie éternelle.

Au nom du, Père, et du Fils, et du Saint -Esprit, Ainsi soit-il.

On continuera ainsi;

Montrez-vous, richesse de Jacob; communiqueznous la vertu d’Abraham et de Sara sa chaste épouse, et nous vous conduirons Isaac sur la montagne. Amen.

Dire cette prière matin et soir.

Et l’auteur de l’ordonnance ajoute une prescription qui, dans le cas, pourrait sembler une mauvaise plaisanterie :

S’abstenir du devoir conjugal pendant cinquante

jours.

Le paradis fait d’ailleurs aussi concurrence à Alfort : Si votre cheval a la colique, inutile de courir chez le vétérinaire : touchez de la main

le ventre du quadrupède; dans cette position, invoquez saint Georges, patron des cavaliers, et saint Éloi qui, parai i-il^ ferrait les chevaux du grand roi Dagobert.

Nous savons, par Tallemant des Réaux, que le cardinal de Richelieu souifrait des hémorroïdes. Saint Fiacre avait la réputation pour la guérison de ce mal ; de la ville de Meaux on fit, en grande pompe, apporter les reliques du saint « pour la guérison du cul de M. le cardinal de (c Richelieu » , dit irrévérencieusement le titre d’une petite pièce imprimée en 1643. La visite inutile du saint à l’Éminence est décrite comme suit :

Armand dedans son lit reçoit cette ambassade,

Et, la face tournée, offre son cul malade,

Surpassant la fierté des princes ottomans,

Qui présentent leurs dos à leurs cliers courtisans. L’orateur (i), étonné de cette pourriture.

Atteste ciel et terre et toute la nature.

Dit que l’on fait grand tort à la vertu du saint.

Du voyage inutile et du travail se plaint;

Qu’il est vrai qu’un teigneux, un galeux, un podagre. Sont objets du pouvoir de monsieur saint Fiacre,

Mais qu’il ne guérit pas un phantôme sans corps.

Que sa vertu ne peut ressusciter les morts.

Qu’il ne peut pas ôter le butin à la terre,

Ni sauver ce méchant, plus digne du tonnerre;

Que ce cul est déjà le partage des vers,

Et que l’ame d’Armand est le prix des enfers.

(i) Le doyen de Meaux, qui accompagnait les reliques.

Ainsi, tous murmurans, députés et reliques,

Crient qu’on les a pris pour de vrais empiriques ; Qu’on les a a fait venir pour soulager un mal Dont le ciel, juste auteur, punit ce cardinal, etc.

Inutile d’ajouter que cette pièce, d’ailleurs inepte, parut après la mort de Richelieu.

Voiture, atteint du même mal que Richelieu, avait sagement laissé saint Fiacre à Meaux, et s’était adressé au chirurgien J.-J. Juif; celui-ci, qui n’avait pu guérir le ministre, réussit mieux sur le derrière du poète. Voiture fut un malade reconnaissant et remercia gaîment l’opérateur :

J’ai reçu deux coups de ciseau

Dans un lieu bien loin du museau, Landerirette.

Je m’en porte mieux. Dieu merci,

Landeriri.

Dr WiTKOWSKi. {Le Praticien.')

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