‹ Les drôleries médicalesChapitre 107 sur 133 · LETTRE D’UNE SAGE-FEMME · texte numérisé non relu

LETTRE D’UNE SAGE-FEMME

Ch. Nisard cite, dans son Histoire des Livres populaires (tome II, ch. Il), certains morceaux d’éloquence épistolaire extraits d’un livre intitulé: Le Secrétaire, guide et conseiller des amants, etc.; Paris, Librairie des Villes et des Campagnes, sans date. Il a tiré de cette publication nauséabonde e chef-d’œuvre suivant ;

Réponse d une sage-femme à la déclaration d*un carabin qui désire entrer avec elle en communauté d^intérêts. i

Monsieur,

Vous avez connu mon dernier (i), puisque vous étiez son ami le plus intime. Il a dû vous initier à mon caractère ainsi qu’à toutes mes habitudes ; peut-être même vous a-t-il révélé mes secrets les plus intimes. Ainsi, vous n’ignorez pas que je fus mère avant de le connaître et que je le suis encore (?). Il vous aura dit sans doute que V usage de la maison est que ma progéniture donne le nom de papa à la personne qui cohabite avec moi. Ainsi, si cette position vous convientj nous vivrons ensemble, et quand vous serez reçu docteur, vous aurez naturellement pour votre clientèle de malades la famille des personnes qui se seraient confiées à mon ministère pour leur délivrance.

Puisque vous voulez bien joindre vos lumières aux miennes, nous serons d’autant plus assurés de réussir que votre prédécesseur me jugeait bien supérieure aux autres matrones, et que, si le ministère avait accueilli sa demande, il s’était fourré dans la tête de me faire recevoir docteur. Notre association aura cette triple base : V intérêt, la science, V amour. J’espère que nous ferons de bonnes affaires, et que vous reconnaîtrez bientôt que je ne vous suis pas moins dévouée que je ne l’ai été au précédent, qui ne m’aurait jamais quittée, s’il n’était devenu amoureux fou de la fille d’un pharmacien. J e suis assez bien meublée pour recevoir des pensionnaires, et vous poitrre:^ votis assurer par vous-même qu’en se mariant, il n’a pu rencontrer un meilleur lit que lemien.

J’ai l’honneur de vous saluer.

Jamais, dit M. Ch. Nisard, cynisme n’eut moins d’obscurité et plus de rondeur.

(ij Sous-entendu amant.

Cette lettre est suivie à' observations qui ont aussi leur mérite.

Observations. La sage-femme s’attachera à reproduire très exactement l’orthographe du modèle ci*dessus; elle n’a que ce moyen pour prouver l’excellence de ses études. Si elle a besoin d’introduire quelques notes de sa façon, elle y prendra plus garde que pour écrire la note de sa blanchisseuse.

L’amant obligé de la sage-femme est ordinairement une espèce de nigaud, qui croit ne faire auprès d’elle que son stage de docteur; mais elle saura si bien l’engluer qu’il pourvoira à sa substisance et à ses petites économies jusqu’à la fin de ses jours.

Toute cohabitation de docteur avec une matrone devient pour lui un brevet de capacité. La sage-femme est la compagne naturelle de l’étudiant de vingtième année, qui n’a plus à craindre aucune espèce de déconsidération. Elle convient également à l’imbécile et au viveur blasé. Pour le premier, elle est une sangsue passée à l’état chronique; pour le second, elle est une commère à expédients, un trésor d’immoralités. La sage-femme est de coutume ignorante, présomptueuse, bavarde, intrigante, crapuleuse, impie, matérialiste, libre dans ses propos et dans ses gestes; c’est l’ombre de la science devenue grossière et seulement obscène; elle n’est ni un homme, ni une femme. Les senti-

ments, elle ne les connaît pas ; elle n’a pins que

des sens et du dévergondage calculé Il n’est

pire créature, lorsqu’elle a vieilli au milieu de ses fœtus, de ses squelettes, de ses spéculum, et des ossements de toute espèce, amoncelés dans son domicile par plusieurs générations d’étudiants.

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