‹ Les drôleries médicalesChapitre 112 sur 133 · LA PUCELLE · texte numérisé non relu

LA PUCELLE

Bientôt après la première chaleur De ces transports où son âme est en proie, 11 voulut voir si celle qu’on envoie Vient de la part du diable ou du Seigneur. Ce qu’il doit croire, et si ce grand prodige Est en effet, ou miracle ou prestige.

Donc, se tournant vers la hère beauté Le roi lui dit d’un ton de majesté

Qui confondrait tout autre fille qu’elle :

« Jeanne, écoutez : Jeanne, êtes-vous pucelle? » Jeanne lui dit : « O grand sire, ordonnez Que médecins, lunettes sur le nez.

Matrones, clercs, pédants, apothicaires.

Viennent sondei ces féminins mystères;

Et, si quelqu’un se connaît à cela.

Qu’il trousse Jeanne, et qu’il regarde là. »

A sa réponse et sage et mesurée.

Le roi vit bien qu’elle était inspirée.

« Or sus, dit-il, si vous en savez tant.

Fille de bien, dites-moi dans l’instant Ce que j’ai fait cette nuit à ma belle ;

Mais parlez net. — Rien du tout, » lui dit-elle.

Le roi surpris, soudain s’agenouilla.

Cria tout haut : « Miracle 1 » et se signa. Incontinent la cohorte fourrée.

Bonnet en tête, Hippocrate à la main.

Vint observer le pur et noble sein De l’amazone à leurs regards livrée :

On la met nue et monsieur le doyen,

Ayant le tout considéré très bien.

Dessus, dessous, expédie à la belle En parchemin un brevet de pucelle.

Voltaire.

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