‹ Les drôleries médicalesChapitre 123 sur 133 · LA GAGEURE · texte numérisé non relu

LA GAGEURE

Gdnelle, homme plaisant et d’un mérite rare.

Etait au prince de Ferrare ,

Qui l’estimait infiniment :

En effet, il faisait mille bouffonneries,

Ét toutes ces plaisanteries Étaient pleines de sel et d’un grand agrément.

Un jour près d’un ruisseau, le prince assis à Tombre, Et sa cour avec lui, Gonelle étant du nombre,

On agita la question Quelle était la profession A Ferrare la plus commune.

— Celle des Médecins, dit Gonelle à l’instant.

— Tu rêves, dit le Prince, et je sais qu’à présent

Elle est moins commune qu’aucune ;

Ils sont tout au plus cinq ou six.

— La chose, dit Gonelle, est comme je la dis.

Votre Altesse peut bien m’en croire;

Mon humeur, comme on sait, n’est pas d’en faire Ce ne sont point contes frivoles. [accroire.

— Je le veux, dit le Prince, et gage cent pistoles.

Nous verrons qui les gagnera.

Deux jours après, Gonelle enveloppa sa face,

Et s’en vint dans la grande place.

En se plaignant du mal de dents :

Aussitôt quantité de gens Lui marquèrent la part qu’ils prenaient à sa peine. Chacun en même temps un remède enseignait;

Le remède et les noms lui-même il écrivait,

Dont il eut mainte page pleine.

Le Prince ayant passé par là,

Le vit en cet état, dont il lui témoigna Qu’il avait un chagrin extrême.

Et pour guérir son mal un remède enseigna,

Tous les seigneurs firent de même.

Gonelle, dès le lendemain,

S’en revint à la cour avec la liste en main.

Où le Prince était à la tête.

— Monseigneur, lui dit-il en la lui présentant,

Des Médecins d’ici j’ai fait exacte enquête,

Les voici par écrit en nombre compétant ;

On n’en trouvera point autant De tout autre métier, c’est une chose sûre :

Voilà ce que j’ai prétendu;

Partant, j’ai gagné la gageure.

De la liste, le Prince ayant fait la lecture,

Avoua qu’il avait perdu.

Baraton.

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