UNE CONSULTATION IMPROVISÉE
Le docteur C... avait: à déjeuner un de ses bons amis qu’il ne voyait que rarement.
Au dessert, un violent coup de sonnette se fait entendre. On venait prier le docteur de se rendre, au plus tôt, chez une de ses clientes, Mme B..., rentière, atteinte depuis plusieurs mois d’un nervosisme excessif. Nos deux amis prirent, sans se presser, leur café, savourèrent un excellent cigare et enfin sortirent de compagnie.
Arrivés à la porte de la malade, le docteur poussa son compagnon dans l’antichambre et l’introduisit, malgré ses protestations, auprès de sa cliente; puis le présenta comme un célèbre spécialiste étranger, auquel il exposa, dans tous ses détails, les nombreux symptômes ressentis par la malade, et il l’invita à venir conférer quelques instants dans le salon. Il n’y fut, comme bien on pense, nullement question de médecine, mais il fallut entendre les récriminations du docteur improvisé qui, jusque-là, avait gardé
un silence prudent. Celui-ci se refusait à continuer ce rôle ridicule et cherchait à s’esquiver; mais il fut de nouveau entraîné vers la malade par son audacieux ami qui exposa de vive voix les prescriptions de son éminent confrère.
Quelques semaines après cette aventure, madame B... vint remercier son médecin des heureux effets de la nouvelle médication et voulut régler ses honoraires. Dès qu’elle eut la note entre les mains, elle s’aperçut que la consultation n’était pas mentionnée et elle en fit aussitôt la remarque.
— C’est juste, dit l’homme de l’art qui avait oublié sa mauvaise plaisanterie, vous me donnerez deux cents francs.
— Les voilà, docteur; mais permettez -moi de vous faire observer que c’est un peu cher... Votre confrère n’a pas dit un seul mot.
— Ah ! madame, s’il avait ouvert la bouche, ce serait cinq cents francs î