L’ADMINISTRATION
Q.UE l’eUROPE nous ENVIE
Un des honorables médecins de Dourdan fut chargé, il y a quelques mois, sur commission rogatoire, de visiter deux nourrissons placés chez une femme domiciliée à Breuillet. Cette femme était accusée de contravention à la loi du 23 décembre 1874.
Le docteur se rendit au lieu indiqué, et loucha 7 francs 50 centimes pour ce déplacement de 3 myriamètres. Notre confrère avait empoché ses 7 francs 50 avec la conviction du devoir accompli et n’y pensait plus. Ah 1 bien oui, il ne savait pas, le malheureux, ce qui l’attendait.
Un ou deux mois après, un employé du ministère s’aperçut, en feuilletant ses paperasses pour occuper son temps, que la localité en question n’est qu’à 1 5 kilomètres de Dourdan ; on avait donc payé le docteur sur le pied de 3 myriamètres, tandis qu’il n’y avait en réalité que 2 m\riamètres 1/2; on lui avait versé 7 francs 50, au lieu de 6 francs 25 (article 92 du décret de 1811).
Grands dieux ! quel malheur pour notre pays! lui faire perdre i franc 25 centimes ! Vite, un pli ministériel au chef du parquet de Versailles, qui expédie à son tour un second pli au procureur de la République de Rambouillet, lequel en expédie un troisième au juge de paix de Dourdan, qui, à son tour, mande en toute hâte le docteur.
Celui-ci arrive sans se douter du malheur qui l’attend, et bientôt il apprend avec stupeur que la France lui réclame 25 sous perçus en trop pour les 6 lieues et demie qu’il a parcourues dans le but d’être utile à deux petits êtres abandonnés.
Ce serait d’un haut comique si ce n’était pas si triste, et si l’existence de malheureux enfants n’était pas en jeu.
E. Barré. (U Hygiène pratique.')