‹ Les drôleries médicalesChapitre 41 sur 133 · LA FEMME ET LA VACHE MALADES · texte numérisé non relu

LA FEMME ET LA VACHE MALADES

Un rustre, sans se tourmenter,

Vit sa femme un jour s’aliter,

La pansant de discours pour toute médecine. Quelques liards de sirop, songez! quelle ruine!

Elle mourut, on l’enterra.

Je ne sais si le veuf pleura:

Que valaient ses regrets après le Libéral Qu’importait qu’il maudît sa fatale avarice?

Les larmes ne sont pas un coûteux sacrifice;

Et de la tête aux pieds se fût-il mis en deuil.

Le joli réconfort pour la femme au cercueil !

A quelque temps de là, le même homme eut sa vache Sur la litière ; l’animal Ne dort, ni ne boit, ni ne mâche,

Mais beugle à plein gosier pour expliquer son mal. Plus de lait! plus d’argent! Le maître se désole.

— « Qu’as-tu donc, lui dit-il, ma pauvre bestiole ?

(( Il est des médecins pour vous « Aussi bien qu’il en est pour nous ;

« Je querrai le vétérinaire,

« 11 m’apprendra ce qu’il faut faire,

« Il te préparera de bonnes potions,

(( Et, de nouveau, ma vache noire,

« Je te verrai manger et boire « Et reprendre avec moi tes occupations. »

Moyennant quinze écus, le médecin des bêtes Remit le ruminant sur pieds ;

Quinze vrais beaux écus, fraîchement monnayés. Luisants sur toutes leurs facettes !

— « Tant pis! tu les vaux bien, disait le paysan;

« Tu les regamieras avant la En de l’an.

« Et pour le même prix au marché, vendez-m’en,

« Oui, vendez-m’en de ces vachettes ! »

— « Hé ! hé ! le taquinaient les railleurs du hameau, « Sans te questionner, comment verses-tu l’eau

« Dans ton seau?

« Et pourquoi mieux soigner ta vache que ta femme? » — « Ah ! Et-il, moi je me comprends,

U Et votre étonnement m’étonne ;

« Les vaches coûtent trois cents Eancs,

« Tandis que, jarnidieu ! les femmes, on les donne ! »

Auguste Saulière.

(Histoires conjugales) (i).

Page 1