LA SAUGE ET LE THÉ
On m’a conté qu’autrefois, Au cap de Bonne-Espérance,
Un baril de thé chinois 1
Qu’on expédiait en France,
Où l’on estime tant chez les gens délicats, >
Son parfum,' qui du goût flatte, excite l’organe ;
Fut jeté, par hasard, au bureau de la douane.
Près d’un ballot de sauge, herbe de nos climats Dont à la Chine on fait grand cas.
Or, tandis qu’on pèse et qu’on jauge,
Que commis et marchands discutent les valeurs^
Le thé, s’adressant à la sauge.
Lui dit dans la langue des fleurs :
« Où vas-tu, d’où viens-tu, voisine?
— Je viens de France et vais en Chine.
On me méprise en mon pays ;
Mais, là-bas, on connaît mon prix.
Délice des gourmets et chère à la science.
J’inspire au Chinois la gaieté.
Et, s’il est languissant, je lui rends la santé.
— Bon voyage, donc ; bonne chance.
Lui répondit le thé, qui, crû dans le jardin D’un docte et sage mandarin.
En avait conservé, sous sa feuille flétrie,
Un parfum de philosophie.
Moi, je vais en Europe; il est assez plaisant Que l’un et l’autre ainsi nous changions de patrie.
Ainsi va le monde à présent :
Tout ce qui vient de loin d’abord semble un prodige ; On l’admire, on l’accueille avec empressement.
On le prône avec engouement,
Tandis qu’on dédaigne, on néglige Ce qui vient du pays natal. »
Ce thé, pour un Chinois, ne raisonnait pas mal I »
Yriarte.
BON MOT DE CARLE VERNET Le jour même où l’on sut à Paris la mort du
maréchal Laiines, qui avait eu la cuisse emportée, Désaugiers rencontrant Vernet, lui dit : « Allons, un calembour sur Lannes, et je donne l’exemple; s’il n’était pas mort de sa blessure, il n’aurait plus porté qu’un bas. — Monsieur, reprit Carie, j’ai souvent joué sur les mots de la langue française, jamais sur les maux de la France. »