‹ Les drôleries médicalesChapitre 45 sur 133 · PAR LES FERMENTS ET LES MIASMES · texte numérisé non relu

PAR LES FERMENTS ET LES MIASMES

Exposée en vers par le Dupré, d’après les doctrines de F.-V. Raspail.

Quand j’ai peint la science en sa grande harmonie, Debout sous mes regards se dressait un génie,

Un sublime vieillard au front majestueux, Indépendant et fier, mais non présomptueux. Autrefois j’avais vu cette figure austère,

De l’homme sur ses traits jugé le caractère;

Et dans mon souvenir ils sont encor tracés,

Jamais ils ne se sont de mon cœur effacés.

En ce temps-là, j’étais élève en médecine.

Je puisais la science en la grande officine Q.ue l’on nomme Paris; lui, maître, professait En libre professeur : son nom retentissait Déjà chez les savants ; son verbe, clair, facile, Retenait enchaîné l’auditoire docile.

Mais l’homme tout entier fascinait l’auditeur,

Aux yeux apparaissant comme un révélateur Des secrets recélés au sein de la nature.

Il était imposant dans sa noble stature.

Tout reflétait enfin le savant inspiré.

Son visage était pâle et son œil azuré.

Ses cheveux étaient blonds et leurs boucles Hottuiiies, Tous ses traits dénonçaient ses ardeurs militantes,

Et droit était son corps et droit était son cœur;

Que de fois son regard fit courber son vainqueur I Et, sur son vaste front, son front de révolté.

Lisez science, honneur, justice et liberté.

Il était pauvre alors, parfois dans la détresse.

De science il vivait : elle était son ivresse.

Son cours était gratuit, et, sans subvention.

L’élève le payait par son attention;

Et c’est nous, jeunes gens, amis de la science.

Qu’il veut initier à son expérience.

11 avait découvert avec un instrument

Par lui-même inventé, fort simple assurément

Et surtout peu coûteux, avec un microscope.

Les savants, ce jour-là, tombèrent en syncope,

Il avait découvert que l’être organisé D’êtres bien plus petits n’est que le composé;

Si bien qu’au demeurant Samson et même Hercule Furent, à leur début, faits d’une vésicule.

Or, sans le microscope, on ne pourrait savoir Qu’il est maint animal que l’œil seul ne peut voir. Microbe inoffensif, utile ou délétère.

Né d’un ferment premier qui jamais ne s’altère;

Le délétère sort de la putridité.

Il sort de la misère et de l’impureté.

Il vit sous l’équateur, même au pôle antarctique.

En la terre, dans l’air, dans le monde aquatique;

Sur la plante il s’abat, s’abat sur l’animal.

Et sa grande œuvre à lui n’est que l’œuvre du mal. Mais, dit le professeur, l’homme a sa préférence. L’homme, à cet égard, craint peu la concurrence.

En essence il est un ; mais c’est à l’infini Qu’il se métamorphose, il a déjà fourni.

Guettant de l’être humain, tous les points vulnérables, Au grand œuvre du mal des essaims innombrables. D’espèces fourmillant et de variétés,

Où s’arrêteront-ils, ces êtres redoutés?

Q.uand, chaque jour, disait le grand naturaliste.

Des monstres avortons voit se grossir la liste.

Et tous il les reçoit, ce pauvre genre humain, Q.ii’ils viennent de nrennère ou de seconde main. Et tous ces monstres, tous ces monstres horribles Ensemencent chez vous b s maux les plus terribleSc Qui d’entre vous ue fut par le monstre infecté,

Ne perdit un ami par sa bave empesté?

L’organisme en entier est son champ de pâture,

Il plonge dans le sang, qui devient pourriture, Changeant d’aspect, aussi de nom il changera ; C’est le mal des marais, et c’est le choléra,

La peste, le typhus, la hèvre des Antilles, Pénétrant dans Marseille avec des pacotilles,

La morve du cheval transmise au cavalier,

La rage qui nous vient par le chien familier.

Le charbon gangréneux, né dans la bergerie;

Il est la putrescence et la dysenterie;

Et le chancre qui ronge et le croup effrayant,

Des serpents malfaiteurs, le venin foudroyant,

11 est la syphilis. De l’Ecole pratique,

Pour vous-mêmes ici, c’est le poison septique. Encore il nous cita d’autres affections,

Variole et vaccin, maintes éruptions.

Arrivent à leur tour ces bons échinocoques,

Q.ui sont par milliers renfermés dans des coques. Au sein de nos tissus le bandit, bien casé.

Se repaît de nos sucs, l’homme tombe épuisé.

Mais voici la trichine, avec la ladrerie.

Qui sévit sur le porc dont la chair est flétrie.

On exagéra trop l’énormité du mal.

Mangez sans peur la chair de ce noble animal! I Puis vient le cysticerque, un autre échinocoque. Lequel ayant grandi rompit un jour sa coque. Lorsqu’enfin le microbe a, sur notre intestin.

Élu son domicile et fixé son destin,

'' D’abord ratatiné, mais bientôt spiroïde.

Il devient oxyure ou ver lombricoïde.

Ou bien le tænia s’allongeant par anneaux;

C’est lui le plus cruel des vers intestinaux.

Sur tous sans contredit il a la préséance;

Le bothriocéphale en a la suppléance.

N’oublions pas la douve aux appétits gloutons,

Dont le foie est souvent farci chez les moutons. D’ailleurs muqueuse ou peau, le champ tégumentaire Est livré tout entier au ilôt parasitaire.

Tous ces bourreaux maudits de notre tégument N’en font ni plus ni moins qu’un bon gouvernement. La bête partout mord et partout aiguillonne,

Témoin l’acare qui, de sou dard, nous sillonne.

De la gale l’acare est le doux compagnon,

Il est prurit et feu. Quel est ce champignon ?

C’est la teigne, d’ailleurs peu fière en son allure. D’un sordide plâtras coiffant la chevelure.

Et la lèpre ! Les Dieux n’en sont pas les auteurs.

Elle est le détritus d’infimes destructeurs.

Chacun à présent sait les instincts de sa race.

Bien plus qu’un vibrion l’être humain est vorace,

Ils naquirent tous deux d’uii chétif corpuscule Qu’il trouva, lui premier, dans un grain de fécule. Dans la cellule ils ont même point de départ.

Ils doivent dans la vie avoir la même part.

Dr DuPRÉ.

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