CHANSON - PARADE
Je suis Gilles, garçofi zapothicaire chezM. Fleurant, qui demeure là, zau coin vis-à-vis un cul de sac. On vint l’autre jour me demander un crystère pour Mademoiselle Zirzabelle; moi qui ai des vues propres sur cette demoiselle, j’apprête mon affaire; je cours, je monte au sixième; j’arrive sur le derrière, et je dis : Me v'IL
Air : En revenant de Nivelles.
Salut, mam’selle Zirzabelle;
J’vous apporte un p’tit lav'ment;
Ça vous r’fra Ttempérament.
Allons, tournez-vous, mam’selle.
Elle me répond avec dédain :
Fi! Monsieur, pas tant d’raideur:
Car zamais Zapothicaire Ne verra c’que par pudeur Z’ ne fais voir qu’à ma sèr’ mère.
— C’ que vous m’ dites là n’prouve rien; Vous mentiez, drès étant p’tite,
Drès étant p’tite.
Et puis d’ailleurs, mam’selle, c’est pour vot’ bien ce qu’on en fait : vous avez une inflammation du bas -ventre : il faut laver ça. Mam’selle, rgardez, j’ai l’ai dressé exprès pour vous. Allons, prenez, prenez.
Ça vous f’ra du bien tout d’suite,
Ça vous f’ra du bien.
— Zil est par trop vrai qu’ça m’brûle;
Qu’zai besoin d’rafraîchissans.
— D’vous coucher à contre-sens D’vez-vous donc zavoir scrupule ?
— Puisqu’il l’faut, aÿons, me v’ià ;
Mais, Zilles, surtout pas d’ niche;
Z’n’puis l’voir comm’ j’suis là.
C’est vraiment ça qui' me r’fiche.
— Tout c’qu’on f ra s’ra pour vot’bien ;
J’ sis tout prêt, r’troussez-vous vite, R’troussez-vous vite.
Pas tant de façons. Encore cette demi-aune de toile. Oh! quel beau visage, s’il avaitzun
nez ! Cependant, zil a de l’enflure. Il faut zopérer un dégagement. Avalez-moi ça, mam’seile, avalez-moi ça.
Ça vous f ra du bien tout d’suite,
Ça vous f ra du bien.
Polisson, qu’allez-vous m’faire?
Un lav’ment ne s’met pas là.
— A la cour, aujourd’hui, v’ià Comme les dam’s prenn’t un crystère.
' — En c’cas, au zenre de la cour Zil est juste que j’me conforme.
Dieu ! faudrait la bouche d’un four.
Tant l’instrument est énorme !
— C’est trop d’honneur, mais l’moyen S’rait de vous faire la bouch’ moins p’tite,
La bouch’ moins p’tite.
Allons, mam’selle, élargissez les voies, et tandis que je pousse, donnez un coup de main. Si ça passe vous êtes sauvée.
Ça vous f’ra du bien tout d’suite,
Ça vous fra du bien.
— Que vot’ s’ringle m’ paraît douce.
Mais z’redout l’s accidens.
— Jusqu’au fond v’ià que j’suis d’dans ;
N’ craignez rien; va comme j’te pousse;
N’ vous tortillez pas si fort.
Ça dérangerait mon affaire...
V’ià qu’ça part. AhI sans*m’faire tort,
C’que j’vous donne n’est pas d’I’eau claire.
— Tu m’inond’, oh I sacré chien 1 T’as poussé l’machin trop vite,
L’machin trop vite.
Oh ! mon ser Zilles, ze n’y étais pas encore.
— io6. —
Cependant ça m’a fait zun peu d’effet. Pour que ma guérison soit complète, redouble la dose, mon ser Zilles, redouble la dose.
Ça me fra du bien tout d’suite,
Ça me Fra du bien.
j’ia guéris, Ton peut bien Tcroire,
Avec sept ou huit lav’ments :
A celle-là qui dit que j’mens,
Que ma s’ringle prouve c’t’histoire.
Mettez la main sur vos yeux,
Puis entre vos doigts, Mesdames,
R’luquez bien rmachin curieux Qui rend la santé zaux femmes :
La vôtre n’ vaut-elle rien !
Profitez d’mon grand mérite.
D’mon grand mérite.
Voyez, mesdames, décidez-vous; faites comme mam’selle Zirzabelle. Qui est-ce qu’en veut? huit, dix, douze 1 ne boudez pas contre vot’ventre. J’suis tout prêt.
Ça vous fra du bien tout d’suite.
Ça vous fra du bien.
P. -J. DE Béranger.