SUR UN MAL D’OREILLE
Bobo cuisant vous tient donc par l’oreille, Belle Ninon, et vous met en souci;
Vous vous plaignez : mais sur chose pareille Permettez-moi de dire, Dieu merci!
Bien méritez ce petit bobo-ci.
Tant qu’aux propos de mon amour fidelle Prêtiez l’oreille, aucun bobo jamais N’dsa flétrir une oreille si belle :
Fidélité conserve les attraits.
Mais cette Oreille autrefois si rebelle. Toujours fermée aux volages amours.
Ne sais comment s’est ouverte aux discours D’Amant nouveau parlant d’amour nouvelle. Or, tels propos ouïs, quoiqu’à demi,
D’un qui n’est pas notre loyal ami.
Sont venimeux, et plus malins que peste
Soufflent partout un dangereux poison. Voulez-vous donc d’un bobo si funeste,
Par mes avis, obtenir guérison?
Fermez l’Oreille à pareilles sornettes.
Et comptez fort que sous telles fleurettes Gît un serpent qui pique en trahison.
Ne tardez pas d’user de ma recette';
Votre bobo disparaitra soudain ;
On verra fuir Amour volage et vain.
Il vous en cuit pour être un peu coquette.
Or, vous tendrons, jeunesse dont le cœur Par l’inconstance aisément se réveille.
Qui pour l’appât d’une nouvelle ardeur,
Trop maltraitez votre vrai serviteur.
Croyez qu’autant vous en pend à l’Oreille!
(Tiré des amusements du cœur et de V esprit, ')