EN
Du fond de cet antre pierreux.
Entre deux montagnes cornues.
Sous un ciel noir et pluvieux.
Où les tonnerres orageux
Sont portés sur d’épaisses nues;
Près d’un bain chaud, toujours crotté, Plein d’une eau qui fume et bouillonne, Où tout malade empaqueté Et tout hypocondre entêté Qui sur son mal toujours raisonne,
Se baigne, s’enfume et se donne La question pour la santé;
Où l’espoir ne quitte personne :
De cet antre où je vois venir D’impotentes sempiternelles.
Qui toutes pensent rajeunir;
Un petit nombre de pucelles.
Mais un beaucoup plus grand de celles Qui voudraient le redevenir ;
Où par le coche on nous amène De vieux citadins de Nanci,
Et des mokies de Commerci,
Avec l’attribut de Lorraine Que nous rapporterons d’ici.
De ces lieux où l’ennui foisonne J’ose encore écrire à Paris,
Malgré Phœbus qui m’abandonne J’invoque l’amour et les ris :
Ils connaissent peu ma personne:
Mais c’est à Fallu que j’écris.
Voltaire.