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J’ose à présent d’une Nymphe timide Chanter la gloire et les nombreux bienfaits; Elle promène une eau tiède et limpide Dans un vallon d’un romantique accès.
Errant jadis dans >les lieux solitaires,
Elle vivait. sans culte et sans lionneurs,
Aucun Poëte, en visitant Plombières,
N’avait pour elle invoaué les neuf soeurs.
Et cependant ces Déesscs habiles A des ingrats et volages auteurs Ont inspiré des vers ours et faciles.
Sexe enchanteur, ô vous <^ui tous les ans Venez puiser à cette eau salutaire Un doux remède à vos soucis cuisans.
Je vous suivrai dans la jeune brin^ère,
Sur ces coteaux, dans ces vallons charmans. Où vou^allcz caressant rimmortelle Qui de son urne épanche les présens; Peut-être alors pourrai-je dans mes chants Dire des vers dignes de vous et d’elle!
L’homme, a-t-on dit, est un sot animal; Hélas! pourquoi par un destin fatal Est-il sujet à tant de maladies,
Catarrhes, toux, fièvres, hémiplégies, Engorgemens, rhumatismes, douleurs De toute espece et de toutes couleurs?
L’enfant déjà sur le sein de sa mère Verse des pleurs quoiqu’il ait son amour. Gémirait-il en vovant la lumière De tout le mal qu’il doit souffrir un jour? Ava lit douze ans on veut en faire un homme. Cahiers, compas, rudimens, parchemins,
Tout à la fois le rebute et l’assomme;
C’est un sujet qu’on forme pour les bains! Adolescent en projets il s’épuise;
L’amour le livre à de nouveaux penchans, Mais tous les maux que.rdge lui déguise Reparaitront aurès quelaucs instans.
Les passions assiègent sa jeunesse,
Changeant d’objet pour renaître sans cesse. L’ambition, sombre et cruel tyran,
L’ennui, le jeu, l’impitoyable e»^ie Qui dans son cceur pénètre plus avant.
Bientôt de l’homme ont fait une momie.
Plus de santé ; son débile cerveau Grossit encor ses maux et ses souffrances,
Son estomac ne vit que d’ordonnances, D’émulsions et de bouillons de veau.
Les Médecins sont toujours à sa porte...
C’est un malheur de vivre de la sorte ;
Mais le remède est à côté du mal.
Pour l’arracher à cet état fatal,
Voyez comment la provide Nature ;
Dans les vallons fit jaillir une eau pure, Peupla les monts de simples bienfaisans,
De vins exquis et de fruits succulens?
Mais c’était peu si sa main libérale Pour nos besoins n’eût créé l’eau thermale.
De l’eau susdite irai-je vous vanter Les bons effets et la vertu secrète? .
Ils sont connus, et je pourrais citer Maints impotens dont la cure est parfaite.
Si l’on osait plus long-tems en douter, Plombière aussi se lèverait en masse Pour attester sa puissance efficace.
De toutes parts quand les jeunes Zéphirs Vont caressant la féconde Cybèle,
Et que livrée à l’amour, aux plaisirs.
Elle renait plus brillante et plus belle,
Fuyant le monde et l’éclat d’un beau jour, Seul, l’homme en proie à la douleur cruelle Ne renaît point aux plaisirs, à l’amour.
Pour se soustraire au tourment qui l’obsède, Firmin a pris remède sur remède;
Son Médecin, l’âge heureux des Amours Sans rien tenir lui promettaient toujours.
Mais après tout, ses soins sont inutiles : Rassasié de promesses futiles S’il croit trouver quelque baume à ses maux. C’est dans les bains et l’usage des eaux.
Sans hésiter il a choisi Plombières.
Là donnant trêve aux remèdes vulgaires.
Et de sa cure occupé tout entier,
A l’eau thermale il ose se fier.
Pour obtenir tout le fruit qu’il espère,
Il faut qu’il garde un régime sévère,
^Que l’exercice assaisonne ses mets,
Qiie la gaité ne le quitte jamais.
Qu’il sache enfin choisir ses promenades,
Gravir les monts, fréquenter les Driades;
Et quant aux bains, s’il s’en rapporte net Au long traité du Docteur Martinet,
Il pourra voir que la Nature opère Sans Médecin et sans Apothicaire.
Dès que Phoëbus, s’arrachant au repos,
De l’Orient entr’ouvrait les rideaux,
Firmin déjà faisant ses exercices,
De l’eau des bains savourait les prémices.
Avec la foule auprès du Crucifix (i)
Il se rendait toujours à temps préfix Et s’abreuvait de ses eaux salutaires ;
Chaque malade en buvait à pleins verres.
D’un chêne antique ombragée autrefois L’eau de la croix s’échappait en silence,
On respectait sa noble indépendance.
Nymphe modeste et sensible à-la-fois,
A ses côtés habitait l’espérance.
Et la santé revenait à sa voix.
Depuis ce temps sur cette aimable rive On enchaîna la Nymphe fugitive;
Mais sa vertu n’a pas dégénéré.
Aux malheureux, à la douleur plaintive Elle offre encore un remède assuré.
-Près d’un Couvent où jadis l’opulence (2) Entretenait la pieuse ignorance Des sectateurs du bien'heureux François,
S’élève un bain d’où jaillit une eau claire Et qu’a construit le plus aimé des Rois.
Là vous voyez sous une règle austère,
(1) La fontaine du Crucifix est située sous les Arcades en face de la principale rue de Plombières.
(2) Le couvent des Capucins, construit en 1655, sous le pontificat d’Alexandre VII.
Comme jadis dans un vieux Monastère, Goutteux, perclus, boiteux, et cætera.
Baigner ensemble à qui sc guérira.
A leur régime, à leur teint pâle et blême,
A leur langueur, à leurs os décharnés.
Il semblerait qu’un éternel carême Condamne à l’eau tous ces infortunés.
Bien différens, dans leur maigreur extrême,
De ces mortels surchargés d’embonpoint.
Qui mangent bien et ne se baignent point.
Il est pourtant des maux imaginaires Logés, nourris dans des cerveaux fêlés.
Que l’eau des bains n’a pas désopilés Et qui toujours assiégeront Plombières.
Du grand bassin tout éloigne l’ennui (i).
C’est ce bassin qu’on préfère aujourd’hui.
La gent malade y. descend et s’y plonge;
Que fait-on seul au fond d’une halloiige?
On n’y dit point de chansons, de bons mots ;
On est moins bien, moins joyeux, moins dispos. On n’y voit pas la nayade captive Y caresser une beauté craintive;
On n’y voit rien : seulement quelquefois Une soubrette infidèle à Diane,
En vous lorgnant vous verse la tisane Et vous distrait par son joli minois.
D’autres enfin en dépit de la vogue.
Épouvantés du plaisir et du bruit,
Seuls et pensifs en un sombre réduit Sont occupés d’un Roman, d’une Eglogue Plus que du soin de baigner avec fruit.
Lorsque le bain aidé de la nature Atteint le mal et dans leur source impure A des humeurs produit la coction.
Joignez au bain la douche et la boisson.
L’étuve aussi peut compléter la cure.
Buvez : surtout étudiez les eaux ;
(i) Voir la chanson V Appel au lassin, qui vient apres cette pièce de vers.
Uune à sa source est plus fraîche et plus vive, ^ L’autre plus chaude et par là plus active, Fournit au sang des principes nouveaux; Chacune enfin est bonne à d’autres maux :
La douche encore opère des miracles;
Douchés ; bientôt cesseront les obstacles Qui s’opposaient à la fonte du mal.
Entre quatre ais l’eau captive et gênée Par son poids seul dans sa chute entraînée, Traverse à l’aise un tube de métal,
Et pénétrant la fibre cutanée,
En rend le jeu plus libre et plus égal.
A volonté dirigeant la colonne,
Le patient attaque avec chaleur La maladie; elle pâlit, frissonne.
Puis se soumet à la loi du vainqueur.
Si la cruelle est par trop aguerrie.
Ou si le mal à vous nuire acharné Prend à vos yeux un air de pharmacie, Prescrivez-lui quelques gros de séné.
Mais avant tout connaissez bien la cause De la douleur qui tant vous fait soutlrir; Réfléchissez au remède, à sa dose.
Et puis enfin seul n’allez pas mourir.
Les Médecins sont bons à quelque chose!
J’en connais un musqué, poudré, frisé,
Un peu pédant et cherch?nt fort à plaire,
Le cœur, dit-on, est chez lui mal placé.
C’est un défaut qui n’est pas volontaire.
A ses talens donnant jadis essor,
On en eût fait un habile architecte.
Mais Médecin sa science est suspecte.
Et sa conduite est plus suspecte encor. Choisissez mieux l’em.pirique Escuiape Qui doit chez vous ramener la santé ;
Et dussiez-vous dans l’infernale trape Par son savoir être bientôt jeté,
Qu’il trouve en vous de la docilité !
S’il vous prescrit au sortir de la cuve La promenade ou la douche, ou l’étuve,
— lôy —
Il a sans doute observé vos besoins,
Et vous devez apprécier ses soins.
Il vous dira : — « C’est pour des maux rebelles « Q u’on doit user de moyens violens,
« Si pour venir le mal trouve des ailes,
« Pour s’en aller il se traîne à pas lents.
« Voyez combien l’étuve est nécessaire « Pour provoquer d’abondantes sueurs;
« N’en craignez pas un effet délétère,
« Les meilleurs bains sont les bains de vapeurs. « Redoutez-vous, pour amollir la fibre.
« Le thé, le lit, les poudres de Dower?
« Dans les humeurs, pour garder l’équilibre,
« Plus d’un malade affronterait VEnfer (i). »
Non, cet enfer que la Mythologie .
Nous a dépeint sous des traits odieux,
Comme un moyen inventé par les Dieux Pour tourmenter le méchant et l’impie;
Mais un enfer où l’on peut par degrés Guérir les maux les plus invétérés;
Où nul objet ne cause d’épouvante;
Où la vapeur d’une eau claire et bouillante S’insinuant dans les pores ouverts.
Purge la peau d’engorgeniens divers.
Là ne sont point de hideuses furies.
De noir Cerbère et de sales harpies,
De fouets vengeurs, de breuvages amers ;
Mais tous les ans quelques Nymphes jolies Pour ranimer certains membres perclus.
Vont dans ces lieux offrir leurs charmes nuds. Examinez, voyez tout par vous-même.
Puisque l’Etuve est un remède extrême,
N’y descendez qu’avec précaution.
Ne faites rien sans modération.
Tout est au mieux si le bien-être augmente;
Si la douleur devient plus véhémente.
Cessez le bain, la douche, la boisson.
Puis en repos terminez la saison.
(i) La plus chaude étuve de Plombières.
oar i;on itct V’homme qui s’inquiète Double sou rual^ le rend plus sérieux,
La mort approche et le Curé s’apprête, Toujours charmant, toujours officieux.
Fallût.