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L’ÉTHER

Jamais victoire ou cataclysme N’éveilla plus d’émotion En France, dans le journalisme, Que cette étrange assertion :

U Grâce à l’éther dont il s’enivre.

L’homme ne craint plus la douleur;

Dès que par ce fluide il est ivre,

Tout est plaisir, tout est bonheur.

« Cette vapeur si fugitive Lui transmet sa légèreté;

Il se croit en locomotive^

En aérostat transporté.

« Il voit, il entend de la terre

Les cris, les pleurs, les chants joyeux;

Dans la foule, il est solitaire;

Son âme en extase est aux deux.

« Dans son fantastique voyage, Respectez son isolement;

Si vous l’en sortez, il enrage Et ne vous répond qu’aigrement.

« Insensible à toute blessure.

De l’œil il suit sans clignement La dent qui fait une morsure A ses membres sans mouvement.

« Il laisse pénétrer d’un glaive La lame brillante au soleil,

Sans se plaindre aux chairs qu’il soulève Et sans sortir de ce sommeil.

« Ce sommeil paisible de l’ange Se termine p'ar un souris;

Il sourit au miel sans mélange.

Par sa lèvre au révefl surpris. »

Au bruit de cette découverte,

L’art de se guérir est en émoi ;

Tout médecin, la bouche ouverte,

Fait l’expérience sur soi.

Bientôt la vapeur qu’il aspire Lui crée un ravissant séjour;

Il est roi d’un nouvel empire Où tout est fleur, parfum, amour.

D’un charbon embrasé qu’il touche.

Il n’a point senti la chaleur;

L’air doucement sort de sa bouche.

Son doigt se brûle sans douleur.

L’expérience est concluante.

Le doute doit être écarté ;

Cette conquête est éclatante Pour la souffrante humanité.

Déjà partout la dent s’arrache Pendant le sommeil du client;

En se réveillant il la crache.

Et surpris, s’écrie en riant :

« Ah ! par ma foi I c’est un miracle Qiii n’a jamais eu son pareil.

L’acier a vaincu tout obstacle A mon insu, dans mon sommeil.

« L’éther vient tenir la promesse Du mesmérisme confondu.

Et bafouer dans sa détresse Le magnétiseur éperdu. »

Ne croyez pas que sa puissance S’arrête à ce simple bienfait;

Dans tous les hôpitaux de France, Par cent voix son éloge est fait.

On hésite d’abord à croire Ce qu’un jongleur fort éhonté Voulut, sans respect pour l’histoire, Y glisser comme vérité :

— iS4 —

« Que, par un habile artifice.

On puisse amputer un blessé, y

Sans qu’il sente le sacrifice, I

Qu’il a compris, qu’il a fixé. »

Jusqu’ici c’était jonglerie,

On en glosait avec raison.

Plus désormais de raillerie :

Le jour s’est fait à l’horizon.

Sans secret partout on opère,

Au milieu d’un concours nombreux;

Sans tour de main et sans compère L’éther sait répondre à nos vœux.

Il abolit dans tout notre être Le tact, la sensibilité;

Un bras est un rameau... de hêtre Qui sans frémir est débité.

De cette insensible matière Le cerveau ne reçoit plus rien ;

L’esprit, sans soupçon de la terre,

Fait son vo}'age aérien.

Il est plein d’une poésie.

Hélas! ignorée ici-bas;

Nageant dans des mers d’ambroisie,

Il ne voit que joyeux ébats.

Ainsi, quelquefois comme un songe Se réalise un très haut fait.

Qui, longtemps, ne fut qu’un mensonge Que, sans pudeur, l’homme exploitait.

A bas! à bas le magnétisme 1 A l’éther seul la royauté!

Des débris du charlatanisme.

Un socle au flacon enchanté!

A. Guérin.

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