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LES IRRÉGULIERS DE LA MÉDECINE

AU XVIie SIÈCLE.

« Hélas! combien void-on fourmiller d’empiriques et charlatans en nostre France... Combien J a-t-il de religieuses : combien de femmes qui font mesîier ordinaire, de garder les malades : combien de vieilles édentées, ridées, bavardes, bigottes, porte-chandelles, porte-cappes, se meslent effrontément de la médecine, conjurent les fiebvres, exorcisent les chancres et hémorroïdes, charment la tigne, soufflent le feu volage, remettent ia poictrine, et mille autres resveries et superstitions, capables de faire rire le plus grand mysantrope et cynique refroigné de ces vieils philosophes ; combien de femmes impudiques et débauchées, combien de regratières et maguignonnes d’amours, coratières de lubricités, darioliettes, chaufecires, lesquelles après avoir consommé le printemps de leur aage et la chaleur de leur esté à faire des pèlerinages en Cypre, pour offrir des sacrifices à la Paphienne, dont les cérémonies ne sont autres qu’embrassades amoureuses et copulations voluptueuses, assaisonnées des postures de l’Aretin pour leur donner plus de pointe ; leur automne en maquerellage et corraterie amoureuse, ne sachant puis après de quel mesiier se mesler durant l’hyver

de leur vieillesse, cherchent enfin leur dernier recours à l'exercice de la médecine, et se meslent à toutes fins de visiter les malades, (prescrire remèdes, ordonner purgations, préparer breuvages, potions, électuaires et compositions violentes aux femmes et filles, qu’eux-mesmes auront peut-estre débauchées et mises au mestier pour les faire avorter et avaler leur fruict avant terme, pour couvrir par cette ruse diabolique leur tripotage amoureux et impudicité desréglée. Ils se servent d'ordinaire d'un grand nombre d’onguens, huiles, eaux distillées, ards, cataplasmes, compositions, embrocations, baings et fomentations , pour maintenir leurs chalandes en leur beau teinct, amoindrir le sein, dérider le ventre, rebondir le moiiilcnlis veneris, estrécir quilboquet ou l’enfer d’Alibec, restraindre les nymphes, raffermir les aislerons ou caruncules par trop relaschées : et bref les remettre en leur premier pucelage.

Rendant leur cas aussi petit Qu’il estoit la première nuict.

Se persuadant tant elles sont présomptueuses et esgarées de leur sens qu’il n’y a médecin au monde plus docte et expérimenté qu’elles.

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