ENIGMES MÉDICALES
Sans contredit, les enfers m’ont fait naître Pour maltraiter du ciel les favoris.
Nul contre moi ne peut se rendre maître, Les plus vaillants par moi se sentent pris.
Aussi chacun me fuit comme une peste, Mais trop souvent j’attrape qui me Ait.
D’où l’on me sait, sans demander son reste, Avec grand’hdte on s’éloigne et sans bruit.
Le croirait-on? par mes fâcheuses armes J’anéantis la plus hère beauté ;
Et l’on ne peut par prières ni larmes En certain temps vaincre ma cruauté.
Pour toi, lecteur, qui me tiens en peinture. Vois si tu peux me connaître à ces traits. Si tu n’y peux pénétrer ma nature,
N’aspire pas à me voir de plus près.
Je suis un être im.aginaire ;
Je suis beaucoup et ne suis rien ;
L’un m’appelle un mal nécessaire,
Et l’autre m’appelle un vrai bien.
Qui m’a trop sans me satisfaire.
Se voit bientôt forcé de descendre au tombeau;
Et qui ne m’a point, au contraire,
Est privé d’un plaisir toujours vif et nouveau.
Qiie je règne avec i’abondance.
Jetais des sensuels les uniques plaisirs;
Mais quand je suis dans Tindigence, Des mortels je ne fais qu’irriter les désirs.
Je garde un trésor; pour qui? Je n’en sais rien; Mais enfin qui que ce puisse être,
Je ne jouirai de mon bien
Ojae lorsqu’un autre en sera maître.
Chez moi pour mes voisins je fais bouillir le pot;
A ce métier je me ruine;
Quelqu'un d’eux cependant m’avance son écot En travaillant pour la cuisine.
Entre eux est certaine voisine,
Chut! trop parler lui nuit; avec cette coquine On me confond assez souvent.
Je l’entretiens dès sa jeunesse,
De son sexe elle a la faiblesse;
Et quand elle fait mal, c’est à moi qu’on s’en prend
Quoique le maître à qui je suis Passe en grandeur toute puissance,
C’est toujours avec répugnance Que ceux qu’à me chercher leur malheur a réduits. Me font témoin de leur souffrance.
Ce qui devrait contribuer A rendre leur peine finie,
C’est qu’ils sont jour et nuit en grande compagnie. Que rarement on voit diminuer.
Mais ce n’est pas comme en certaines fêtes,
Où plus on est, et plus on rit.
Ceux pour qui j’ai des faveurs toujours prêtes, Auraient, s’ils étaient seuls, moins de trouble en l’esprit»
Par moi de grands secours s’obtiennent;
Et quoique le séjour ait de quoi dégoûter,
Et que plusieurs avec joie en reviennent,
Il en est beaucoup qui s’y tiennent Jusqu’à ce qu’on mette ordre à les faire emporter.
Je suis petite et rondelette,
De la forme la plus parfaite.
Mon père quelquefois, m’appelant un, trésor,
Souvent m’habille tout en or.
Pour me rendre où l’on me désire.
Il me faut traverser un palais précieux.
Et puis descendre en d’autres lieux Que leur obscurité m’empêche de décrire.
Là toutefois j’exerce mon empire,
Et c’est pour soulager les maux Du roi des animaux.
Le sexe m’aime et me veut mal.
L’homme par un dépit fatal.
Après avoir longtemps souhaité ma venue,
Déteste mon retour et me met toute nue ;
Mais de mon sort voyez l’effet:
On pense me défaire, et pourtant on me lait.
De mon pouvoir voici de grandes marques^ J’attaque sans être aperçu
Je suis également reçu
Par les sujets et les monarques. y
Comme je ne vois pas, j^ai besoin, en chemin,
D 'être guidé un bâton à la main,
Mais aussi j’ai ce privilège Qu ’ aussitôt que j’arrive on me présente un siège.
On a de moi très mauvais sentiment,
Et ce n’est pas sans fondement;
Car j’excite où je suis une guerre intestine.
Qui d’un bien toutefois est souvent l’origine.
Je détruis l’ennemi de son tempérament.
J’ai pour domaine une sombre province Dont on ne trouve l’air agréable, ni doux;
Mais je puis me vanter que l’on m’y traite en prince, Puisque l’on me sert à genoux.