LES PROGRÈS DE LA CHIRURGIE
A propos de l’incision stomacale du pauvre garçon qui avait avalé une cuiller, et des progrès de la chirurgie, Pierre Véron nous fait assister au tableau enchanteur d’une consultation aux abords de l’an 2000
— Docteur, je viens vous consulter pour un malaise.
— Quel genre de malaise?
— Docteur, j’ai une douleur aiguë qui me prend là, au côté droit.
— Ah! est-ce ici?
-- Ici et plus haut. Plus bas aussi.
— Cela manque de précision... Toussez-vous?
— Quelquefois.
— Digérez-vous bien ?
— Pas toujours.
— C’est peut-être le foie. A moins que ce ne soit le poumon... A moins que ce ne soit... Du reste, il est bien inutile de perdre notre temps â chercher; nous allons bien voir. Couchez-vous là-dessus, que je vous ouvre.
— Que vous m’ouvriez !
— Naturellement. Comment voulez-vous que je me renseigne sans cela? En auscultant ou en. percutant, comme ces pauvres ânes du dernier siècle? Ah! ils en ont entassé des bévues, les unes sur les autres, alors qu’il est si simple de voir par ses yeux ! Allons, étendez-vous 1 Nous allons commencer par le foie.
— Mais, docteur.
— Vous ne sentirez rien, et vous suivrez toujours les phases de l’opération, grâce à notre nouveau procédé d’insensibilisation locale. Tenez, regardez. Une, deux... le voilà, votre foie. Vous voyez bien, il n’a rien du tout. Nous allons le recaser.
— Mais comment tiendra-t-il ?
— Il nous suffit de rejoindre les deux côtés de l’incision avec cette nouvelle composition qu’on appelle le « ciment humain ».
He *