‹ Les drôleries médicalesChapitre 88 sur 133 · SIXIESME CHANT · texte numérisé non relu

SIXIESME CHANT

Des Herbes et Légumes.

Les pois sont-ils bons, ma commère?

Ne vous mettez pas en colère.

Je sçay bien pour qui je vous prens, Vous ne vendez pas des liarens Non plus que des pois, mais de grâce, Dites-moy sans rider la face.

Les pois servent-ils aux poulmons?

— Ils sont bons, ils ne sont pas bons.

— Je croy que vous êtes fâchée.

— Non, je ne suis pas courroucée.

Te dis la pure vérité,

Jamais je n’ai dit fausseté.

— Mais comment cela peut-il être?

— Or écoutez donc, mon doux maître.

Prêtez l’oreille seulement,

Et vous pourrez sçavoir comment.

Si vous mangez les pois sans cosse Vous n’aurez la pance trop grosse, Mais si les pois passez ne sont La bedaine ils vous enfleront Et vous rempliront l’hypocondre.

Comme une poule prête à pondre.

La fève n’est bonne aux gouteux.

Tous les légumes sont venteux ;

Leur jus ou celuy des herbages,

Est fort bon pour faire potages.

Nos docteurs disent que le vin Fait avec buglosse est divin Pour chasser la mélancholie Et qu’il fait faire chère lie.

La bourrache est de gaye humeur Et dit ; je resjouis le cœur,

Je suis meilleure que l’hysope Pour ceux qui tombent en syncope.

La mauve le ventre amollit Et ne vaut rien pour un chienlit; Ains est bonne à celuy ou celle Qui ne peut aller à la selle.

Et sert aussi quand vous n’aurez Mesdames, ce que vous sçavez.

La rave est bonne à la poitrine Autant qu’aucune autre racine;

A une autre chose elle sert,

C’est qu’elle fait fort bien pisser Provoquant copieuse urine,

Et cause aux dents quelque ruine.

Si le navet n’est assez cuit.

Alors à l’estomach il nuit.

Le bouillon de choux est contraire A ce que la substance opère.

Le premier le ventre amollit Et la seconde l’endurcit;

Mais qui les deux ensemble mâche Avoir pourra le ventre lâche.

Le cerfueil mis sur un cancer Avec miel le fera cesser ;

Si tu le mets dans ton breuvage (J’entends du vi^i, non du potage) Le mal de côté guérira.

Et de vomir t’empêchera;

Te servira de médecine.

Si tu le mets sur ta poitrine.

Si devant que monter sur mer Tu prends un peu de vin amer.

Je veux dire du vin d’absinthe,- De vomir tu n’auras la quinte.

L’absinthe conforte les ners,

Est bon aussi contre les vers Chasse poux, puces et punaises.

Qui sont contraires à nos aises; Avec fiel de bœuf enduit De l’oreille il ôte le bruit.

L’auroesne purge la poitrine.

Et même tue la vermine.

Le vulgaire inepte et badaut Ne sçait ce que scabieuse vaut;

Elle conforte la poitrine.

Quand froide vieillesse la mine ; Poulmons sont par elle adoucis.

Et maux de côté racourcis,

A vray dire, Teau de scabieuse Est d’une vertu merveilleuse :

Estant bue avecque du vin Elle garde de tout venin.

Parlons maintenant de l’éclaire,

On dit que les yeux elle éclaire,

Et l’hirondelle (à ce que dit Pline, un auteur sans contredit)

Avec cette herbe rend la vue A ses petits qui l’ont perdue;

Je n’assure pas qu’il soit vray.

Mais Pline, auteur, dont cas je fay.

Dans la vingt-cinquiesme parcelle De son Histoire naturelle,

Ainsi l’écrit, est-ce un abus?

Je crois qu’il l’a dit et rien plus.

L’hysope est bonne aux flegmatiques.

Avec miel aide aux pulmoniques,

Du visage ôte la pâleur Et luy donne bonne couleur.

Je dis que la menthe est menteuse.

Si lente elle est et paresseuse A tuer les vers dans le corps,

Et les chasser vite dehors.

Les effets dn fenoüil sont quatre.

Sans rien adjoûter ny rabattre.

Car il nettoye l’estomach,

Mieux que ne fait pas le tabac;

Puis il fait la vue subtille.

Et rend à bien pisser habile; il chasse aussi les vents du cû ; Révérence ; Mais que veux-tu?

Ne sçais-tu pas bien qu’à l’escole On parle de tout sans bricole?

Le pouliot pris dans du vin,

Rend le mélancholique sain;

Il guérit aussi vieille goûte Où chimistes ne voyent goûte.

La rue est herbe de renom,

Et noble en dépit de son nom :

Le chassieux usant de la rue,

Verra clair marchant par la rue;

Elle cause un contraire effet En l’homme qu’elle rend plus froid.

Et en la femme qu’elle échauffe,

Plus que ne l’est un four qui chauffe.

La rue rend ingénieux.

Chaste aussi, mais malicieux ;

La mettant cuite en quelque place.

Toutes les puces elle chasse,

Et qui dans son lit en mettra.

Toute vermine en chassera.

Pourquoi iaut-il que l’homme meure, Puisqu’en son jardin à toute heure Il a de la sauge planté?

Dieu contl e la mort n’a planté Aucune herbe dessus la terre Pour garder l’homme de la guerre,

Et des lacs que mort a tendu A son chétif individu.

Sauge pourtant les nerfs conforte, ' Rend la main qui tremble plus forte, A la fièvre donne congé :

Si j’ay bien le latin changé Sauge, lavande et prime-vere.

Redonne la santé première Aux malades du mal Saint-Pris, Quand avec cresson ils sont pris, - Y joignant de la tanaisie.

Dont j’ay mangé par fantaisie.

Sauge sauve de plusieurs maux.

Aussi s’accordent ces deux mots.

Le cresson retient la perruque Du sommet jusques à la nuque;

Si vous en frottez les cheveux

Ils en viendront plus forts et mieux;

Des dents il appaise la lage,

Guérit dartres et feu volage.

Q.u’est-ce qu’Enula campana?

C’est herbe qui d’autre nom n’a; Demandez-le à un arboriste,

A un drogueur, à un chymiste,

Et s’il vous dit quelqu’autre mot, je payeray pinte et fagot.

Tant y a qu’Enule-campane,

Est fort bonne dans la ptisane,

Rend foye, rate, et le cœur sain.

Même elle sert de médecin A ceux qui ont quelque rupture,

Si avec rue on fait la cure.

Les médecins ne sont d’accord Avec les oignons et la mort.

Four la mort, je le crois bien, passe; Mais des oignons, que je trépasse,

Si j’en devine le pourquoy ;

Si tu le sçais donc, dis-le-moy :

Preste-moy seulement l’oreille.

Et je l’empliray de merveille.

Le bon Galien dit que l’oignon Aux colériques n’est pas bon.

Mais il croit mieux qu’un hérétique, Q.u’il aide fort au flegmatique.

Asclepius dit que le vin A l’estomach n’est pas plus sain,

Et qu’il donne teint au visage.

Pareil à cil d’un jeune page.

Si qu’homme laid rend aussi beau Que l’est un jeune jouvenceau.

Si par hazard le poil vous tombe Avant qu’estre mis dans la tombe.

L’oignon pilé vous le rendra.

Ou l’eschole menty aura.

Si quelque jeune mariée Désire avoir bien-tôt lignée,

Ou si pour enfant tendrelet,

Nourrice avoir veut force lait,

Qu’elles mangent entr’autre herbage Force poreaux dans leur poîcge;

Avec poreaux vous retiendrez Le sang qui coule par le nez,

L’y mettant avec bon vinaigre.

Ce qui rend un malade maigre,

C’est quand il ne dort aisément.

L’ortie appaise son tourment,

Empesche aussi qu’il ne vomisse Mieux que ne feroit la réglisse;

Sa graine jointe avec le miel Des coliques chasse le fiel;

Elle guérit toux envieillie.

Et du poulmon chasse la lie.

Qui le rend froid et langoureux,

Le fait devenir vigoureux;

L’enflure du ventre elle abaisse.

Fait même que la goûte cesse.

Siler, autrement séséli,

A souvent la vue embelly,

Quoy qu’il soit amer à la bouche.

Pourtant au cœur bien fort il touche,

Des vers chassant l’infection,

11 aide à la digestion.

Manger épinars est utile,

A bouche gâtée de bile

Aussi bien qu’à l’estomach chaud,

A qui l’appétit point ne faut.

L’eau de saux dans l’oreille mise Les vers tue, et les exorcise.

Son écorce guérit les doux.

Cuite en vinaigre ôte les loux,

Les cors, les poireaux, les verrues;

Mais ses fleurs, quand en eau sont bues, Appaisent l’inflammation Qui pousse à génération,

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Et desseiche si bien la femme.

Que n’a besoin de sage-femme.

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