‹ Les drôleries médicalesChapitre 90 sur 133 · HUITIESME CHANT · texte numérisé non relu

HUITIESME CHANT

Des Fruits.

Prens garde que les fruits d’autonne Ne fassent tort à ta personne :

Il est vray que tu les as lus,

Déjà ces deux vers cy-dessus.

Mais sçais-tu pas bien qu’à l’eschole, Quand des enfans la troupe foie,

N’a pas bien appris les leçons,

On les recommence ; passons.

Grands sont les dons de la cerise.

Qui causent que bien on la prise :

Premièrement de l’estomach Elle chasse le micquemac; Secondement sans cimeterre.

Des reins elle tire la pierre.

Non pas elle, mais son noyau,

Qui pour ce n’use de boyau ;

Ce n’est encor luy, mais l’amande.

Qui hors des reins la pierre mande; Elle fera que meilleur sang Par les veines ira glissant.

La prune à rafraischir est bonne,

Aussi pour lâcher la personne.

En notre cour est un poirier.

Justement auprès d’un noyer.

Mais parlons devant de la poire.

Tu n’en mangeras point sans boire, Car poire mangée sans vin Est quasi pire que venin.

Si poires du venin étoient.

Tous les poiriers maudits seroient; Mais poire qui crue est poison,

Cuite sert de contrepoison :

Poire crue l’estomach grève,

La même cuite le relève;

Après la poire, boire il faut,

Et après U pomme, va tôt.

Afin qu’en l’ordre tu ne pèche, Dedans le vin mange la pêche;

Avec le raisin mets la noix Et n’en mange pas jusqu’à trois.

Le raisin cuit nuit à la rate,

Et sert au poulmon qu’il dilate.

Est utile au foie et aux reins N’en mangeant ny peau ny pépin.

Qui a soif, la mûre il appete,

La mûre recrée la luete.

Et le gosier pareillement.

Si notre Eschole' point ne ment.

Manger la figue est chose saine A qui a mal à la poitraine.

Poitrine dire se devoir.

Mais faire rire on te vouloir.

Car je crois sans te voir, beau sire.

Que n’aimes mieux pleurer que rire; Démocrite aussi plus te plaît Que cet Héraclite benaît.

Qui toûjours pleuroit sa misère.

Et toûjours imitoit le braire D’un asne qui ressent le fais De quelque charge de entrais.

Parlons maintenant de la figue :

Du ventre elle lâche la digue.

Crue ou cuite il n’importe pas.

Elle purge fort bien par bas ;

Elle nourrit bien et engraisse,

Et guérit mainte bosse épaisse.

Glandes, écrouelles, tumeurs S’en vont plus vite que fruits meurs.

Mettant dessus figue bouillie :

Même, et ce n’est point menterie.

Elle tire les os du corps,

S’il sont rompus, et les met hors, Pouri^eu qu’au pavot on la joigne; S’elle guérissoit de la teigne,

De peine elle me tireroit,

Car la rime bonne seroit;

Et peut-être qu’à l’avanture,

Elle est utile à cette cure.

Mais pour à la neffle passer,

Qui fait abondamment pisser,

Elle resserre fort le ventre.

Elle n’est pas bonne pour chantre :

La neffle dure au goût vaut mieux.

Non à santé, car ce sont deux.

Poivre noir est prompt à dissoudre Flegmes, comme un moulin à moudre:

Il hâte la digestion.

Le bl^nc à l’estomach est bon,

Aux toux et douleurs est utile.

Il détourne aussi de la bile Le paroxysme véhément Que frisson l’on nomme autrement.

L’usage fréquent du gingembre Ne nuit point au mois de décembre.

Car il eschauffe, et maux anciens Il guérit mieux que physiciens;

Le dégoût des viandes il ôte.

Quand cause froide en est la faute.

Page 1