FIG. IO7. — CHATEAU DE VALLERY
Tiré des Plus excellents bâtiments de France.
Il faut, d'une part, considérer l’état de la gravure en France ainsi que sa tendance à l’époque où il a vécu, et, de l’autre, rechercher ce qui, dans ses œuvres, peut encore constituer un mérite aujourd'hui.
Pour résumer l’état de la gravure en France à l’époque où Du Cerceau commença à cultiver cet art , nous nous voyons obligé d’avoir recours à des lumières étrangères, et nous sommes heureux de les trouver chez un juge dont la compétence est placée au-dessus de toute contestation possible.
Voici ce qu’écrit à ce sujet M. le vicomte Henri Delaborde 1 : « Les
1. La Gravure, précis élémentaire de ses origines , de ses procédés et de son histoire, par le vicomte H. Delaborde; Paris, Quantin, page 1 5g.
Français n’avaient pu se distinguer de bonne heure dans l'art de la gravure parce qu’il n’en était pas de leur pays comme de T Italie, de l’Allemagne et des Pays-Bas, où la peinture florissait depuis longtemps... En dehors des verriers anonymes de nos cathédrales, des miniaturistes qui avaient précédé ou suivi Jean Fouquet, et de ces dessinateurs de crayons dont la manière a un charme si particulier et une originalité si délicate, nous ne pouvons, à vrai dire, nous glorifier d’aucun maître peintre antérieur à Jean Cousin. Comment la gravure aurait-elle grandi au moment où la peinture naissait à peine ?
« Dès le commencement du xvie siècle, il est vrai, et même un peu auparavant, la gravure en bois est pratiquée en France avec une certaine habileté. Les Danses macabres, traités de morale si fort en vogue à cette époque, les livres d’ Heures ornés, d’autres recueils encore imprimés avec fleurons et figures, à Paris ou à Lyon, permettent déjà de pressentir les prochains chefs-d’œuvre que feront paraître en ce genre Geofroy Tory, Jean Cousin lui-même et divers dessinateurs ou graveurs en bois appartenant au règne de François Ier ou à celui de Henri II ; mais la gravure au burin ou à l’eau-forte, telle qu’elle est pratiquée alors par des orfèvres comme Jean Duvet et Etienne Delaune, par des peintres de l’école de Fontainebleau comme René Boy vin et Geoffroy Dumonstier, la gravure n’est encore qu’un moyen de populariser les imitations à outrance de la manière italienne. Les estampes de Nicolas Beatrizet, qui d’ailleurs avait été à Rome l’élève d’Agostino Musi, celles d’un graveur lorrain dont le nom a été italianisé, Niccolo délia Casa, semblent avoir pour objet unique d’ériger en doctrine l’esprit de contrefaçon et d'imposer aux graveurs français cette religion négative à laquelle nos peintres s’étaient si malheureusement laissé convertir sous l’influence des Italiens appelés par François Ier.
« Pendant tout le xvie siècle et au commencement du siècle suivant, l’école française de gravure n’avait donc ni méthode ni tendances qui lui fussent propres; et pourtant, la mode s’en mêlant, chacun se mit à manier le burin ou la pointe. A partir du règne de Henri II jusqu’à celui de Louis XIII, qui ne grava pas en France? Des orfèvres comme Pierre à oeiriot, des peintres comme Claude Corneille et Jean de Gour-
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mont, des architectes comme Du Cerceau, des gentilshommes, des femmes même — Georgette de Montmay entre autres... tout le monde prétendit creuser tant bien que mal le bois ou le cuivre. Encore une fois, les estampes de cette époque ne sont pour la plupart que des œuvres d’emprunt, des copies tantôt maigres, tantôt emphatiques, des modèles venus de l’étranger. Ce n’est qu'après une longue période de servitude que les graveurs français commencent à se soustraire au joug de l’art italien pour se créer une manière et constituer enfin une école, etc. »
Si nous tentions maintenant d’appliquer spécialement à l'œuvre gravé de Jacques Androuet Du Cerceau le jugement, si juste dans son ensemble, du vicomte Delaborde, nous croirions commettre une injustice assez grande, car il nous semble qu’il y a chez lui mieux que tout cela. Nous ne parlons, cela va sans dire, que de la partie de son œuvre concernant l’Architecture, partie qui, par sa nature même, n’entrait guère dans le cadre que M. Delaborde voulait apprécier.
N'y a-t-il pas une certaine originalité dans le système de hachures employé pour modeler ses édifices, et dans les détails de tous genres qu’il reproduit? Ne rencontre-t-on pas presque constamment un sentiment très personnel dans l'interprétation de beaucoup de ses gravures? Elles ont, croyons-nous, une physionomie particulière qui les fait reconnaître facilement entre toutes celles de ses contemporains en Europe. Il y a surtout dans les estampes des Plus excellents bâtiments de France un nombre assez considérable de planches, celles qui sont gravées avant l’année i5yo surtout, alors que Du Cerceau était encore dans toute la vigueur de son talent, et qui allient un caractère d’ensemble uniquement français à beaucoup de finesse et de charme dans les personnages qui circulent d’une façon si animée autour de plusieurs de ces estampes et dans les bâtiments qui y sont représentés. Nous citerons la grande salle du château de Montargis, les châteaux de Chambord et de Madrid, où ils ont l’air de sortir vivants, et à l'instant même, du Louvre de Henri II. Ce sont les mêmes que l’on voit réduits dans notre figure io3, gravée avant 1569. Et quant à celle-ci, elle