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CHAPITRE IX

nous paraît aussi essentiellement française que la composition et les formes du Triomphe de l’empereur Maximilien, par exemple, sont franchement allemandes. Dans un autre genre, les Victoires décorant l'arc de triomphe (fig. 22) nous paraissent empreintes d'un charme analogue à celui que l’on rencontre dans les figures de Jean Goujon, le plus français, ou peut-être serait-il plus juste de dire, le plus gaulois des artistes de cette époque.

La gravure, au fond, n'était pas un métier pour Du Cerceau, c'était simplement le langage le plus propre à exprimer ses sentiments, sinon

FIG. IOtJ. — COUR DE L’ANCIEN CHATEAU DE CHANTILLY. Tirée des Plus excellents bâtiments de France.

toujours artistiques, du moins architectoniques, ou les impressions si vives que lui causaient les œuvres des autres. C'est ainsi que j'explique comment celles des Grotesques gravées par Du Cerceau d'après Æneas Vico réunissent les qualités requises pour ce genre de décoration, à un degré sensiblement supérieur à celui des originaux mêmes. L’un était un simple graveur, l'autre un artiste qui gravait, et qui faisait une ardente propagande pour l’art italien par lequel il avait été si entièrement captivé.

Nous sommes persuadé que, si l’on faisait un choix des meilleures productions de Du Cerceau, après avoir éliminé de son œuvre si

considérable toutes les planches dues aux graveurs employés dans son « officine », on réunirait un ensemble très remarquable.

Et puisque la gravure à beau-forte, tant en Allemagne qu’en Italie, était aussi délaissée à cette époque que le constate M. Henri Delaborde, il nous semble, à la suite du passage par nous cité, que l’esprit avec lequel la maniait Androuet constitue un mérite signalé de plus.

Nous nous demandons s’il est vraiment nécessaire d’attendre la venue du Lorrain Callot pour voir en lui le véritable créateur de ce genre en France, et si ce rôle ne peut pas être revendiqué pour Du Cerceau. Ne devrait-il pas l’être du moins dans le domaine de la gravure d’architecture et d’ornements? Nous nous demandons, en outre, s’il existe à cette époque, dans un autre pays, un maître offrant un ensemble aussi considérable et de cette valeur? Les expressions que le vicomte Delaborde emploie pour caractériser les mérites de Callot s’appliquent, croyons-nous, si bien à Du Cerceau, qui d’ailleurs n’avait pas les vulgarités du Lorrain, que nous ne pouvons résister au désir de les reproduire :

« La pointe acquit sous sa main une légèreté et une hardiesse que ne présageaient pas les essais antérieurs, essais à la fois rudes et lâchés.

Elle imita l’allure vive et rapide du crayon . la rigueur de la plume,

sinon celle du burin, dans le dessin des contours; en un mot, en donnant à ses planches l’aspect de la correction, sans leur ôter l’apparence d’improvisation qui convient aux oeuvres de cette espèce, Callot détermina les caractères et les conditions spéciales de la gravure à l’eau-forte. » Mais l’analogie ne s’arrête pas ici. M. Delaborde ajoute : « Grâce à lui (Callot), l'art français attira pour la première fois l'attention des Italiens », et nous pourrions dire : grâce à Du Cerceau, la gravure française attire pour la première fois l’attention des Allemands et des Italiens quand Virgile Solis, après avoir exercé quelque influence sur Du Cerceau1, reproduit sa série des Fragments antiques, copiés, il est vrai, par Du Cerceau d’après Léonard Thiry, — et que le médiocre Crecchi copie les Vues d’optique.

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