LES PUBLICATIONS
Si on envisage les publications de Du Cerceau dans leur ensemble, nous croyons ne pas nous tromper en disant qu’elles forment un tout qui probablement dépasse tout ce qui a été alors tenté d’analogue en France, en Allemagne, dans les Pays-Bas ou en Angleterre. Nous ne parlons pas de l’Italie, où les séries de gravures étaient nombreuses, mais où les besoins d’un tel ensemble n’existaient pas de beaucoup près au même degré que dans les pays que nous venons de citer.
Si enfin nous considérons la plus importante de ces publications, ce recueil des Plus excellents bâtiments de France, l’on conviendra sans peine, croyons-nous, que nul autre pays ne peut offrir un monument aussi précieux et digne d’autant d’éloges. On ne sait vraiment qui l'on doit le plus admirer, Du Cerceau de l’avoir exécuté, ou les rois de France Henri II, François II et Charles IX, d’avoir eu l'intelligence de persévérer dans cette entreprise au-dessus de laquelle Catherine de Médicis, sans doute, veillait aussi avec son intelligence
Editions de 1 5 5 5 et i562
des choses de l'architecture, que Philibert de l'Orme place si haut. Que ne donnerait-on pas pour que l’Italie, elle aussi, eût eu ses volumes sur les Plus excellents bâtiments d'Italie! Avec les palais commencés et projetés à Rome de i5oo à i5‘20, quel recueil merveilleux n’y aurait-il pas là ! Et comme on sent bien à cette occasion combien est funeste aux arts l’absence du principe de l’hérédité chez les papes, où, à chaque nouvel avènement, une autre famille, une autre société monte sur le trône et y apporte ses intérêts si différents ! C’est en songeant à cette lacune navrante en Italie, que l’on se met à apprécier la valeur unique du célèbre recueil de Du Cerceau. N’eût-il pas fait davantage, il eût plus mérité de la postérité et des architectes de notre temps qu’en construisant lui-même quelques châteaux de plus.
C'est cette passion de Du Cerceau pour un art nouveau, devenu le sien, qui seule peut expliquer comment, dans les recueils si nombreux de dessins originaux, il pouvait retracer jusqu’à trois ou quatre fois la même composition avec le même soin et avec la même hâte, nous le concédons, toutefois sans négligence aucune. Mais il y a encore une autre explication à ce fait, que nous serions presque tenté d’appeler un phénomène. Cette passion pour l’architecture italienne était secondée à la fois par la connaissance profonde qu’il en avait et par une fantaisie sans cesse en mouvement et si riche, qu'elle transporte parfois Du Cerceau dans les domaines du rêve, où, depuis la construction du château de Chambord, il est vrai, tout semblait possible. Aussi ne reproduisait-il jamais identiquement le même arrangement des détails. Au fur et à mesure qu'il dessinait les différentes parties de l’une de ces répétitions d’une même donnée, son esprit voyait quelque nouvelle modification à y introduire.
Nul autre artiste peut-être de cette époque ne nous laisse étudier aussi complètement que Du Cerceau les inspirations puisées à leur source même. Grâce à ses nombreux recueils de dessins, nous avons pu, dans le chapitre IV, suivre l’inspiration, entrant italienne par les yeux, ressortant française au bout de sa plume.
Toute la Renaissance est là. Et c’est ce qui se passait alors à l’égard de l'Italie dans tous les pays de l’Europe, comme pendant les