‹ Les Du CerceauChapitre 140 sur 230 · FIG. I I 4 . — CABINET · texte numérisé non relu

FIG. I I 4 . — CABINET

Tiré de la suite des Meubles de Eu Cerceau.

xme et xive siècles cela s’était passé dans un sens opposé, et pour l’architecture du moins, à l’égard de la France.

Si l’on veut apprécier à sa juste valeur l’importance de la résolution prise par Du Cerceau de faire connaître dans sa patrie toutes les formes de l'architecture antique 1 et de la Renaissance en Italie, distinction que l’on ne faisait guère à cette époque, il faut considérer : i° que, en i53q, lorsque Du Cerceau se mit à graver et à répandre ses détails d’ordres au trait, Serlio lui-même n’avait encore rien publié en Italie; ce fut en i53y seulement que parut, à Venise, son livre IV par lequel il commença son célèbre ouvrage. En 1540 vint son livre III. Il importe de rappeler combien ces travaux de Serlio étaient estimés en France, et à ce propos nous avons cru utile de reproduire ici en note2 les appréciations de deux hommes aussi illustres que Philibert de l’Orme et Jean Goujon. Par la manière dont ces deux maîtres,

1. Dans son étude toute récente et si intéressante sur le meuble en France (Galette des Beaux- Arts, 1 885, novembre, page 368, n” 2), M. Edmond Bonnaffé combat l’idée que le mot antique à cette époque s’applique au grec ou au romain. Quelques-uns des exemples qu’il cite semblent prouver en effet que ce sens n’est pas absolument exclusif. Chez Du Cerceau, toutefois, dans plus de cent cas où on le trouve mis sous ses dessins, c’est toujours le style gréco-romain ou italien qu’il désigne par le mot antique.

2. Le premier tome de l’Architecture de Philibert de l’Orme. Paris, 1 5Cy, page eo3.

Voici comment s’exprime Philibert de l’Orme en parlant du Colisée : « Il me semble qu’il n’est de besoing nous en donner autre desseing ou histoire : veu que messire Sébastian Serlio l’a faict imprimer en son liure, ainsi qu’un chacun le peult uoir avec plusieurs autres belles antiquitez : estant le tout en très bon ordre. C’est luy qui a donné le premier aux François, par ses liures et desseings la cognoissance des édifices antiques et de plusieurs fort belles inuentions estant home de bien, ainsi que ie l’ay cogneu , et de fort bonne ame, pour auoir publié et donné de bon cueur ce qu’il auoit mesuré, veu et retiré des antiquitez : si les mesures sont par tout vrayes et légitimés, ie m’en rapporte à ceux qui en sont bons iuges pour les avoir veues sur les lieux. »

Voici maintenant ce qu’écrit Jean Goujon dans son discours à la fin du Vitruve traduit par Jan Martin (Paris, 1547) :

« Et encores pour ce iourdhuy auons nous en ce Royaume de France vn messire Sébastian Serlio, lequel a assez diligemment escrit et figuré beaucoup de choses selon les règles de Vitruve, et a esté le commencement de mettre de teles doctrines en lumière au Royaume : Toutes-fois i’en congnois plusieurs autres qui sont capables de ce faire, neantmoins ilz ne s’en sont encore mis en peine : et pourtant ne sont dignes de petite louenge. Entre ceulx la ce peut compter le seigneur de Clagny Parisien, si faict aussi maistre Philibert de l’Orme. »

« ...Et côbien que pour le présent ie ne m’amuse a en nommer d’avâtage, si est ce que ie le pourroye bien faire... » Plus loin il dit que l’homme privé de géométrie et de perspective ne saurait comprendre le texte de Vitruve .

« Mais pour ce qu’un iour fut communiquée à messire Sébastian Serlio une figure que i’en avoie faicte, et qu’il trouua que elle estoit bien selon la reigle de l’autheur, si ne se peut-il tenir de dire que le vaisseau de la balance ne deuoit estre tiré d’vn seul poinct à cause qu’il seroit trop rond, et ne se monstreroit pas assez doulx, cela me feit accorder à son dire... »

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