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APPRÉCIATION DU ROLE DE DU CERCEAU

Chez Du Cerceau, c’était, croyons-nous, plutôt la passion que l’amour de son art qui l’animait, et cette passion résidait plus dans son esprit que dans son cœur.

En Italie, il eût pu devenir un Antonio da Sangallo, un Sansovino, un Vignole, peut-être même égaler Palladio, mais jamais un Bramante, dont pourtant, mieux que personne, il connaissait les formules. En France, il eût pu rivaliser avec tous ses contemporains, sauf un seul dont j’ignore le nom. (S’appelle-t-il Jean Bullant ou Jean Goujon? Je n’en sais rien, mais dans la chapelle d’Écouen j’ai vu de lui certaines boiseries que l’on ne saurait oublier, car leur auteur possédait cette qualité suprême de l’art, celle de transformer la matière inerte et d’en faire vivre les moindres molécules, de lui donner un corps, des proportions, une chair et un modelé qui transportent, mais que la parole fort heureusement est impuissante à décrire.)

Avec cette faculté mystérieuse commence le tout grand art et se dresse la dernière cime que Du Cerceau n’aurait su gravir ; c’est le pas, que le goût le plus exquis, toutes les connaissances et tous les

dons de l’intelligence réunis, ne peuvent franchir seuls. C’est le domaine du génie. Mais c’est aussi l’unique barrière que notre étude croit devoir poser à l’égard de ce vaillant artiste.

Et bien que la plupart des édifices que l’on est en droit de lui attribuer aient disparu du sol, nous n'hésitons pas à reconnaître en lui l‘un des plus grands architectes de son temps en France. Mais son œuvre dessiné et gravé, qui nous reste, lui assigne encore une autre place tout à fait à part, en Europe même, comparable, il nous semble, uniquement à celle de Giorgio Vasari. Celui-ci nous raconte l’histoire des artistes de sa patrie, avec des écrits, trop souvent hélas, imparfaits. Du Cerceau, lui, nous raconte l’histoire de son temps, dont il nous révèle l’esprit, d’une façon plus pénétrante parfois, en nous faisant lire dans ses œuvres dessinées.

Du Cerceau s’était, en effet, pénétré à un tel degré des formes et du langage architectonique de la dernière manière de Bramante, qu’il les secouait en quelque sorte de sa manche, qu’elles se présentaient au bout de sa plume, en même temps que le trait du croquis le plus rapide. Il n’a pu acquérir cette connaissance que par des documents originaux de Bramante aujourd’hui perdus, ou par le contact prolongé avec l’un de ses élèves, tels que Peruzzi, Antonio da Sangallo ou Sansovino. Nous ne revendiquons pas pour ces combinaisons le mérite d’être toujours irréprochables au point de vue du goût et des proportions. C’est surtout aux compositions dans le genre des vues d’optique, ou aux restitutions d’édifices plus ou moins prétendus antiques, qu’il pouvait appliquer ses formules bramantesques. Mais il est juste, par contre, de faire remarquer que, dans les cas plus pratiques, il savait être aussi Français que n’importe lequel de ses contemporains : il était de l’époque ,de François Ier d’abord, dans son orfèvrerie, dans ses lucarnes et dans nombre d’autres combinaisons ; de l’époque de Henri II ensuite, puis, dans une série de ces compositions, dépassant peut-être le style de son temps, il contribuait à préparer certaines dispositions de l’époque de Henri IV et de celle de Fouis XIII.

Pour apprécier au juste la valeur de Du Cerceau, il y a encore d’autres rapprochements à faire, celui par exemple de sa suite des

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