CHAPITRE IX
Termes avec celle de Vredeman de Vries, publiée par Gérard de Jode, — qui montre un courant parallèle à celui de Du Cerceau, mais bien inférieur comme goût, — ou à la suite fort extravagante de Maistre H ugues Sambin ', à Dijon.
Nous ne savons, il est vrai, dans quelle mesure l’invention de ces termes appartient à Du Cerceau, mais il est permis de croire que le groupement par trois lui appartient, et dans les deux cas où il a pris ses figures à Augustin Vénitien 2, l’une est interprétée avec intelligence, l’autre heureusement améliorée.
Du Cerceau ne possédait pas seulement à un haut degré le sentiment décoratif, il connaissait aussi à fond les principes de cet art. Si, en Italie, quelque Loggia, à décorer de grotesques à fresque, lui avait été confiée, nous sommes convaincu que, secondé par sa brillante fantaisie, il y eût admirablement réussi, rivalisant dignement de la sorte avec Jean d’Udine, dans sa dernière manière, avec les Pocetti et leurs contemporains.
A côté de cela, nous avons signalé certaines extravagances, certains manques de proportions, qui se rencontrent encore assez fréquemment dans tel de ses recueils de dessins. Mais nous croyons aussi que les explications que nous avons données à ces manifestations, incompréhensibles à première vue, doivent mettre leur auteur à l’abri d’un reproche éventuel de manque de goût.
S’il y a un reproche à adresser à Du Cerceau, le plus grave nous semblerait se trouver : d’abord dans les écarts dus en général à cette fantaisie à laquelle il abandonne parfois trop les rênes, puis dans une certaine superficialité, inséparable de la fougue même qui constitue l’un des traits saillants de son caractère. 11 semble n’avoir pas eu le temps de ressentir cette émotion profonde, ce sentiment exquis, qui, alliés aux dons de l’intelligence, produisent seuls les maîtres uniques.
Mais il y a ici encore, parfois, une autre cause d’infériorité.
1. Œuvre de la diversité des termes, dont on use en architecture, reduict en ordre par maistre Hugues Sambin, demeurant à Dijon. A Lyon, par Jean Durant. M.D.LXXII.
2. Ceci s’applique à la planche de Du Cerceau, où la ligure de gauche est un homme vu de profil, sortant d’une gaine en forme de tronc de palmier, qui a e'té gravé en 1 536 par Augustin Vénitien. (Bartsch, Soq.) Dans la ligure à droite, Du Cerceau a remplacé le gros tronc d’arbre par deux troncs dont l’entrelacement et les racines rappellent d’une façon ingénieuse l’attitude des pieds et des jambes de l’homme.
C'est ainsi que là où nous devons exiger avant tout du graveur la reproduction la plus fidèle du modèle et de son caractère, son individualité si marquée et sa fougue d’artiste le privaient de cet amour et de cette abnégation nécessaires pour l'interprétation véritable de l’art antique, et dans tout l'œuvre d’Androuet, on chercherait en vain des chapiteaux rendus avec cette calme beauté que l’on admire dans ceux gravés par Antonio Labacco, ou un monument antique reproduit avec le sérieux que mit Scamozzi en i58o à ses Thermes de Dioclétien, Æneas Vico dans l’amphithéâtre de Vérone. Des pièces telles que l’Arc de Constantin, édité en 1547 chez Lafreri, à Rome, sont moins spirituelles, moins artistiques, mais plus fidèles, plus dignes. En un mot, on rencontre un grand nombre d’estampes italiennes supérieures à bien des égards à celles de Du Cerceau1. Si, néanmoins, l'architecte aime toujours à revoir les œuvres de notre maître, cela tient à ce que, tout en étant passionné comme nul autre pour l’antique et pour l’Italie, il restait essentiellement français dans la manière libre, individuelle et indépendante de ses interprétations. Sous ce rapport aussi, il est non seulement l’un des types les plus marqués de la Renaissance française, mais il nous offre même des aperçus uniques.
Cette réserve faite, il faut toutefois concéder à Du Cerceau la faculté de savoir aussi reproduire, surtout là où il s’agit d’un genre plus mouvementé et de maîtres en quelque sorte contemporains, le caractère propre de l’artiste qui l’inspire. Non seulement, on distingue souvent, dans les statues, placées dans les niches des façades ou qui couronnent les entablements, les attitudes graves, les figures bien proportionnées qui distinguent les bons maîtres de l’Italie, mais aussi les manières plus recherchées des Rosso, des Cellini et des Jean Goujon. Parfois, sa fidélité d’interprétation est encore suffisante pour nous avoir permis de faire quelques découvertes importantes en ce qui concerne Bramante comme peintre de chevaux. Et, dans d’autres cas, c’est sur une œuvre vraiment capitale, la statue équestre de Léonard de \ inci pour le monument de François Sforza que, grâce à lui, nous recueillons des échos. Ils contribueront sans doute à mettre d’accord
1. Plusieurs de celles de Galestruzzi, d’après Polydoro entre autres.