‹ Les Du CerceauChapitre 156 sur 230 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

certain nombre de documents, découverts en partie par lui-même et en partie par M. Ludovic Lalanne, qui donnent des détails fort intéressants et pour la plupart fort précis sur la construction du Pont- Neuf. On y voit figurer surtout un « Procès-verbal de la construction du Pont-Neuf », connu déjà de Jaillot 1 , mais dont on ne possédait pas le texte. C’est ce document important que M. Lalanne a retrouvé. Jaillot en avait tiré des renseignements qui contredisent sur plus d'un point ce qu’avaient dit Sauvai, Germain Brice, Piganiol de la Force et d’autres historiens de Paris.

M. de Lasteyrie a fait précéder ces documents d’un exposé qui résume les différentes circonstances auxquelles ces documents se rapportent et en expliquent la nature. Cette introduction nous a été d’un grand secours pour l'intelligence de ces pièces, mais nous devons confesser que, sur plusieurs points fondamentaux, nous n’avons pas reçu la même impression que M. de Lasteyrie, et par suite, nos conclusions diffèrent sensiblement de celles auxquelles notre savant confrère s’est vu amené. Nous demandons donc la permission de lui exposer ici le résultat auquel nous sommes arrivé de notre côté, après avoir étudié plusieurs fois et avec la plus grande attention les curieux documents qu’il nous offre dans son si utile travail. Nous avons restitué par la pensée chacune des séances auxquelles il nous est permis d’assister, et la description des travaux est parfois si précise que l’on en peut reconstruire, avec leurs mesures, les différentes parties, au point que plus d’une fois nous nous sommes cru transporté nousmème sur le chantier du Pont-Neuf, ou encore sur les bancs de l’École centrale, quand nous faisions nos études d’ingénieur.

Nous serions heureux si nous parvenions à ramener M. de Lasteyrie à son opinion primitive, qu’il n’abandonne pas sans un certain regret, nous semble-t-il, et qui était celle des contemporains des travaux : Brice, L’Estoile et même parfois de Sauvai.

Et d’abord une première observation. Les documents sont bien loin d’être complets, comme le remarque avec raison M. de Lasteyrie. (P. 4.) Le procès-verbal contenu dans le manuscrit de l'Institut ne va

1. Recherches sur Paris ; Quartier de la Cité, pages 184 et suivantes.

que de novembre 1577 au i5 octobre 1578. Puis, dans un document tel que celui du 5 juin 1578, M. de Lasteyrie fait observer avec non moins de raison qu'il y a, page 5 1 , une lacune du copiste, et il ajoute que le lecteur trouvera dans les pages qui suivent plusieurs passages ainsi défigurés par la négligence du copiste, par exemple pages 63, 41. Quant aux seuls quatre documents relatifs à la période qui s’étend de 1592 à 1602, il n'y avait pas la moindre raison, à cause de leur nature même, pour que Baptiste y figurât, même s'il avait été vivant. Or nous savons désormais qu’il mourut en 1590. Le 6 mai 1602, on discute au sujet de la navigation pendant que l’on fermera de maçonnerie les trois arcades qui resteront à la fin de cette année. (P. 93.) 1

Dans tous ces documents on distingue très nettement les dignités et fonctions attribuées soit à une commission, soit à une seule personne ou à des personnes solidaires les unes des autres. 11 est avant tout nécessaire de définir nettement le rôle qui incombait à chacune d'elles.

Il y a d'abord le Roy qui ordonne la construction du Pont et paye les travaux « avec les deniers de l'État » et qui, « désirant donner la charge à quelques personnes qui tiennent soigneusement la main à cette œuvre », nomme : les commissaires députés qui s'intitulent, lorsqu’il s’agit d’adjudications, « députez pour ordonner de la dépense du pont » ou commissaires députés par sa dite Majesté (p. 35) ». C’étaient de grands personnages ou des magistrats, aucun homme de l’art n’en faisait partie, aucun projet formulé, aucun modèle, aucun dessin ne pouvait être conçu ni inventé par cette commission 2 dont la charge était, entre autres, d’après les lettres patentes royales :

2° « D'appeler le controlleur de nos batimens et édifices ou autres gens cognoissans et expérimentez que adviserez ; »

3° « De bailler au rabais les ouvrages des dits ponts, ou faire marché

1. Voici les dates des documents publie's par M. de Lasteyrie :

1577. Novembre, 7, 10, 24. 1578. Février, 2 (?), 19, 23, 23, 24; mars, 3 (signature du document du 24 février), 16; avril, 7, 8, 16, 23, 29 ; mai, 3, 26, 28, 3i ; juin, 2, 3, 9, 5 et 1 2, 9, 18, 19, 20 ; juillet, 8, 14, 22, 28; août, 2, 4, 4, 5, i3 ; septembre, 10; octobre, 1 5 ; décembre, 4. 1579. Juillet, 17; novembre, 25. 1 585 . Août, 3o. 1592. Décembre, 22. 1601. Avril, 7; mai, 17. 1602. Mai, 3, 6. — Total, 9 pièces, contenant 46 documents.

2. L’expression de commission chargée de diriger l’exécution des travaux, appliquée à cette commission supérieure ou de surveillance, peut induire en erreur. Ce n’est pas elle qui fait les expertises, c’est devant elle qu’elles se font.

Page 1