CHAPITRE X
à ceux qui les voudront entreprendre » ; ces derniers constituent la troisième nature de personnes qui interviennent, les entrepreneurs ;
4° Les lettres patentes disent ensuite : « Commettre par vous, si besoing est, personnes que trouverez à propos pour avoir l'oeil, soing et regard à la structure et bastiments d'iceux ponts et des matériaux qui y seront employés ». Ce sont les commissaires de contrôle et d’expertise qui constituent une sorte de comité d'exécution et dont on demande l’avis.
C'est parmi eux que figure une fois, le 2 juin 1578, Jean Bruslard qui, le lendemain, sous le nom illustre de Jean Ballant, se fait attendre trois heures et ne vient pas. (Pages 66 et 68.) Sa place au milieu des experts nous montre qu'on ne peut songer un instant à lui comme architecte du pont, car on ne peut être à la fois juge et partie. Elle nous prouve aussi que si le rédacteur de ces documents pouvait défigurer de la sorte un nom aussi illustre et faire aussi de Médéric de Donon à la fois un contrôleur et un architecte (p. 78), il ne faut pas trop se hâter de tirer une conclusion défavorable contre Baptiste Du Cerceau, si le 29 avril 1278 il le nomme parmi les personnes présentes pêle-mêle avec les maçons qui semblaient vouloir devenir adjudicateurs (p. 42), qualité incompatible avec la situation respective de toutes les parties intéressées et qui, pour Baptiste, était celle d'architecte du Roy, comme ledit écrivain le désigne six jours auparavant. (P. 40.)
C’est cette commission d’expertise, de contrôle qui, le 24 février 1578, communique son proces-verbal et advis au sieur de Clagny qui sur ce a pareillement donné son advis comme il en suit. (P. 3q.)
L’expression : « pareillement donné son advis », en ce cas exclut suffisamment l’idée d’en faire l’auteur du mémoire accompagné sans doute du projet soumis à leur délibération. Mais la réponse de 1 illustre Lescot est bien plus catégorique encore ! La voici :
« Qu’il faut premièrement le plan au juste, qui en a esté fait par mesure, par lequel on verra la quantité de pilles et arches tirées d’un angle droit ou selon le cours de l’eau, et les largeurs d’icelles arches et espoisseurs à l’équipolent.
(( Et, avant que pouvoir dire comment se planteront lesdites pilles,
voir quel fond se trouvera .
« Quant à la forme desdites pilles, il est d'avis, etc. »
Il ressort de la réponse de Pierre Lescot, qui, cette même année, devait terminer sa carrière terrestre, qu’il ne s’était point occupé jusque-là du Pont-Neuf et que, si l’on désire avoir son avis, il faut commencer par lui communiquer des données précises.
5° Il y a enfin « l’architecte dudict pont », comme il est appelé deux fois, page 77, où sont décrits tous les ouvrages qui lui incombent; nous citerons seulement : « Tous lesquelz ouvrages cy devant déclarez seront faitz bien et deument, comme il appartient, au dit d’ouvriers et gens à ce cognoissans, et comme en tel cas est requis, tant maçonnerye, tailles, qualitez, calibres et eschantillons de pierre contenus et déclarez en ce présent devis, des façons et ordonnances qui seront baillées par l’architecte dudit pont. »
Or, si sur dix-huit fois que le mot architecte figure dans ces documents, nous ne le voyons appliqué qu’à trois personnes, savoir : une fois à Jean Bullant, une fois à Pierre Lescot, dans des fonctions qui les excluent absolument de la possibilité d'être les architectes dudit pont, — et treize fois à Baptiste Du Cerceau, et toujours dans des conditions qui correspondent parfaitement aux fonctions de l’architecte du pont, nous ne voyons vraiment pas quels scrupules on doit encore avoir à l’admettre comme tel, même alors que nous ne saurions absolument rien d’autre sur l’histoire de la construction de ce pont. Or, M. de Lasteyrie nous dit lui-même que : l’opinion généralement admise fait honneur de ce monument à Baptiste Du Cerceau. Cette opinion, dit-il, est justifiée par le témoignage d’un contemporain ordinairement bien informé. L’Estoile a attribué en effet « l’ordonnance du Pont-Neuf au jeune Du Cerceau h » Sauvai dit : « Du Cerceau en fit le modèle dont il eut 5o écus aussi bien que la conduite de l’ouvrage2. » Germain Brice et Piganiol de la Force, à ce qu’il paraît, en disent autant. Il semble que l’on ne peut rien désirer de plus, et pour notre part